Freddy Monsa Iyaka Duku
7 Novembre 2009
Kinshasa — L'avenir de la presse africaine est en train de se jouer à Lagos, deuxième ville nigériane. Deux jours durant, du 5 au 6 novembre, s'est tenu le IIème Forum des leaders des médias d'Afrique. A'invitation du journal This Day, un des plus importants organes de presse du continent, et en collaboration avec la Banque mondiale, une centaine de journalistes, opérateurs des médias venus de tous les coins du monde, se sont retrouvés dans le somptueux Fédéral Palace Hôtel de Lagos pour s'appesantir sur l'avenir de la presse en Afrique. Cette rencontre succède à celle qui a eu lieu à Dakar, au Sénégal, l'année dernière, c'est-à-dire les 3 et 4 novembre 2008.
Le Forum de Lagos reflète l'engagement continu des leaders des médias de mener une réflexion critique et de chercher à s'accorder sur les problèmes auxquels l'industrie des médias en Afrique est confrontée ainsi que sur ses perspectives. Aussi, les travaux de Lagos ont-ils porté sur l'avenir de la pratique du journalisme en Afrique à une ère d'émergence de nouveaux médias, l'évolution des médias et les possibilités de financement des entreprises médiatiques, rapport entre le médias et le programme global de gouvernance en Afrique en débattant notamment sur les mérites et les démérites des médias en tant que quatrième pouvoir.
Type de presse et défis
Les participants ont essayé d'abord de s'appesantir sur quel type de presse en Afrique. Ils ont échangé ensuite sur ce qu'il faut livrer à la population, au lecteur. D'où la question de savoir que faire. Faut-il livrer au public ce qu'il faut, donner ce qu'il attend ou ce qu'il veut ? La tendance au cours des débats a été celle de livrer au public ce qu'il faut. Mais comment le faire face à cette attaque de plus en plus agressive, face à cette concurrence des médias étrangers ? Nombreux ont reconnu qu'il faut payer le prix qu'il faut. D'où deux camps se sont affrontés. Le premier est partisan de ce journalisme qui conserve les anciennes vertus. C'est-à-dire, ne pas se séparer de sa plume pour descendre sur le terrain, et l'autre de tirer les bénéfices de nouvelles technologies de l'information avec l'entrée du net, du journal en ligne mais qui empêche à de nombreux journalistes de ne plus descendre sur le terrain en se contentant des messages SMS. Un débat intéressant qui met en accent particulier sur le professionnalisme.
Quant à la liberté de la presse, le danger qui menace le professionnalisme, les participants ont reconnu l'implication des régimes politiques, notamment les rapports avec les dirigeants au pouvoir qui posent un réel problème. Ensuite, il y a ce danger à la menace de la profession avec cette floraison des titres de journaux ou organes de presse. Il y a cette intrusion, cette submersion des professionnels par les hommes d'affaires parce qu'ils ont compris la force de la presse. Aussi, engagent-ils n'importe qui, avec des salaires dérisoires, mettant à mort les vrais professionnels des médias.
Financement des entreprises de presse
Partie intéressante de ce forum. Il y a eu d'un côté les financiers, disons les banquiers, et de l'autre des opérateurs des médias. L'échange fructueux visait à dégager des orientations pour évaluer des possibilités de financer oui ou non les entreprises de presse. Ce financement devrait-il porter atteinte à la profession, à sa dignité et à la responsabilité du journaliste de bien jouer son rôle dans le processus intégral de développement de chaque pays, partant de l'Afrique ?
Des suggestions ont été faites pour que la Banque mondiale propose, avec le concours des gouvernements et des groupes de financement des emprunts à long terme pour que les opérateurs de presse puissent avoir accès au crédit. Les banquiers ont clairement relevé que les entreprises de presse doivent se considérer comme toute entreprise et faire preuve d'un esprit d'entreprenariat.
La dernière journée des travaux devrait être consacrée à l'examen et à l'adoption d'une Charte de médias. Ceci dit, la question est celle de savoir si les opérateurs des médias en Afrique ont décide de donner une nouvelle impulsion à la presse africaine. Y a-t-il une réelle prise de conscience de la force de la presse ou des inquiétudes sur la profession ? Réponses à ces interrogations dans nos prochaines éditions.
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