Stephane Etinga
7 Novembre 2009
interview
Kinshasa — Le titre et les fonctions du Grand chef Mwant Yav sont à la fois légendaires et actuels. Quels sont les privilèges liés à cette dignité ?
Comme on le dit, nul n'est prophète chez soi. Mwant Yav en Afrique est un grand dignitaire. Il est très respecté partout et très adulé par ses sujets qui peuplent trois grands et riches pays d'Afrique, à savoir, la République démocratique du Congo, l'Angola et la Zambie. La RDC où se trouve pourtant son siège ne semble prêter aucune attention à sa situation de grand gardien des vestiges d'un des grands empires d'Afrique. Cette mauvaise considération n'est pas particulière à Mwant Yav, puisque tous les dignitaires de son rang se trouvent dans la même situation, c'est-à-dire pratiquement oubliés et abandonnés. Et pourtant, bien encadrés et dotés de moyens appropriés, tous ces dignitaires peuvent participer efficacement à la pacification totale du pays, ainsi qu'à son développement économique et social. Qu'on le veuille ou non, ils sont dans ce pays les seuls à être écoutés par la majorité des Congolais et à jouir d'une véritable légitimité. La plupart des guerres que nous connaissons sont facilitées par le délaissement du pouvoir coutumier. Car cet abandon laisse un vide dans lequel n'hésite pas de s'engouffrer les seigneurs de guerres pour faire leur loi. Si l'administration coloniale a pu amener ce pays à un certain développement supérieur en cette période à celui de l'Afrique du Sud et de la Corée, c'est parce qu'elle s'est surtout fondée dans son action, sur les dignitaires coutumiers. Or, à ce moment-là, tous les dignitaires coutumiers étaient presque tous illettrés. Observez aujourd'hui, la qualité scientifique de la plupart d'entre eux. A titre d'exemple, le ministre de la Santé publique du gouvernement central qui est l'un d'entre eux, démérite-t-il dans ses fonctions ? Il faut penser donc à la création d'un ministère spécifique, à défaut un grand corps de l'Etat qui aura pour tâche de repenser toutes les conditions de collaboration pour le développement du pays avec le pouvoir coutumier.
En tant que député provincial du Katanga, quels sont les problèmes de votre circonscription électorale de Musumba et leur solutions éventuelles ?
Chez moi comme partout ailleurs en RDC, le peuple croupit dans la misère noire. Tout est difficile. Lorsque nous exhortons la population à cultiver, elle le fait effectivement. Mais, en fin de compte elle finit par abandonner cette activité par ce qu'elle n'y gagne rien. En effet, faute de routes, personne ne vient acheter la production agricole qui pourrit dans les greniers. Il est grand temps que les gouvernants puissent se préoccuper un peu du peuple, s'ils souhaitent que celui-ci leur renouvelle sa confiance. Sur le plan provincial, je vois que le gouverneur fait de son mieux afin de rendre le Katanga vivable. Mais il se bute au problème sérieux de manque de moyens. Il a tout fait pour maximiser les recettes de l'Etat au niveau de l'OFIDA et de la DGI. Mais en retour, il ne reçoit pas grand-chose par rapports aux efforts fournis, que ce soit dans le cadre de la rétention à la source de 40 % de recettes à caractère national ou de la rétrocession dans le sens où l'entendent les autorités du gouvernement central. Nous le soutenons.
Vous figurez parmi les rois et empereurs africains appelés à un sommet à Tripoli, en Libye, par le président de l'Union africaine. Que dites-vous de la démarche de ce dernier visant la création des Etats-Unis d'Afrique ?
C'est une démarche noble et positive. Beaucoup d'ethnies et plus particulièrement la mienne, sont éparpillées dans plusieurs pays. Avec cette démarche, une occasion sera donnée à ces ethnies afin de se retrouver grâce notamment à la libre circulation des personnes et des biens que l'Unité africaine va nécessairement introduire. D'aucuns estiment qu'il est prématuré d'envisager cette unité. Personnellement, je ne suis pas de cet avis, puisque je me demande en quoi elle est prématurée. Aujourd'hui, l'Europe parle dans beaucoup de cas d'une même et seule voix. Pourquoi, en Afrique, nous ne le ferions pas ? Il y a bien entendu, des préalables, mais ceux-ci ne sont pas des ponts insurmontables si la volonté politique va dans le sens de l'unité africaine. En nous inspirant des difficultés qu'a connues l'Union européenne, nous pouvons avancer lentement et sûrement.
Que pensez-vous de l'accueil qui vous a été réservé en Zambie où vous avez effectué dernièrement une visite royale?
Oui, c'est vraiment inoubliable. J'ai été accueilli comme un chef d'Etat, et les présents que j'ai reçus sont à la hauteur de la grande considération qu'a le Mwant Yav là-bas. Les journalistes qui ont eu l'occasion de faire partie de ma délégation ont ramené des images fantastiques qui ont été diffusées par presque toutes les chaînes du Katanga et par la RTNC à Kinshasa. Cette visite a donc démontré que l'Unité africaine est possible, parce que ce sera l'unité des peuples. Mais je préfère rester humble, parce que j'ai été éduqué ainsi.
L'heure est à l'intégration économique régionale. Quel rôle Mwant Yav peut-il jouer en faveur du rapprochement entre la RDC, l'Angola et la Zambie ?
Ici en RDC, on utilise la diplomatie officielle organisée autour des ministres, des fonctionnaires et autres ambassadeurs. Ailleurs, on tient aussi compte d'autres éléments qui peuvent amener le pays à gagner, notamment la diplomatie parallèle. C'est ainsi par exemple qu'en France, on a pu utiliser Mme Sarkozy pour obtenir la libération de certaines personnes qui étaient détenues en Libye. Personnellement, je ne verrai aucun inconvénient si je peux être d'une quelconque utilité à mon pays, dans le cadre des raffermissements des relations avec l'Angola et la Zambie.
Mwant Yav de son vrai nom Jean Tshombe. Avocat au Barreau de Lubumbashi et député provincial
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