Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: Livre - Publication de « Dicionario Escolar Afro-Brasileiro », dictionnaire scolaire afro-brésilien

Kinshasa — Ce précieux support pédagogique vient d'être publié par le chercheur brésilien Nei Lopes, aux éditions Selo Negro, basées à Sao Paulo, l'influente métropole de la République fédérale du Brésil, sous le titre « Dicionario Escolar Afro-Brasileiro ».

Scellé en 174 pages, sous un format bien pratique, ce glossaire contient plus de 2.000 références se reportant à l'évolution historique, aux cristallisations anthropologiques, aux avancées sociales et à la lutte politique des melano-brésiliens. Afin de souligner l'importance de ce répertoire, l'auteur Nei Lopes rappelle, dans son introduction, que le Brésil est le plus grand pays de l'Amérique du Sud du point de vue de son extension géographique. Associée à la grande fièvre mercantiliste provoquée par la recherche de mines et la culture de la précieuse canne à sucre, cette réalité a fait de cet espace un important pôle d'installation forcée de la main-d'oeuvre noire.

Selon lui, l'on n'y a installé, tout au début du XVIème jusqu'au milieu du XIXème siècle, plus de cinq millions de travailleurs captifs. Ceux-ci ont embarqué, entre autres points, sous influence portugaise, sur les côtes de l'Afrique occidentale, orientale et australe, à partir de Sao Tome, « le bagne des Congos et des Ngolas », « Loango, Cabinda, Sao Paulo de Loanda, Benguela et du littoral mozambicain ». C'est ainsi qu'entre 1701 et 1810, près de soixante-huit pour cent des entrées d'esclaves dans l'infinie colonie lusitanienne de l'Amérique du Sud provenaient des entrepôts aménagés sur le littoral de l'actuelle Angola. Ce sont ces sources de ravitaillement qui ont cristallisé le concept de vagues migratoires coercitives bantu vers le Nouveau Monde.

UNIVERS BIBASIQUE

Et, toute cette trame se reflète, naturellement, dans le profil du répertoire que propose Nei Lopes. Une configuration qui dégage, par ordre alphabétique, tout l'univers bibasique afro-brésilien. Notamment, l'on peut citer les explications sur les lieux d'embarquement d'esclaves, les noms et surnoms de grandes figures historiques, de personnalités politiques et culturelles, les désignations sur les divers instruments d'immobilisation, d'humiliation, de correction et de torture, les différentes formes et processus de lutte, les initiatives d'adoption par repentance d'enfants noirs, les principales expressions religieuses et artistiques, les supports organologiques et les recettes culinaires. L'on y trouve aussi, des éclaircissements sur de dizaines d'ethnonymes et toponymes, les désignations des noirs brésiliens ayant regagné l'Afrikiya, les pratiques de nouvelles formes d'esclavage, les options esthétiques, les choix vestimentaires, etc.

L' on perçoit, dans le recueil, de centaines de connexions bantu par des commentaires tels que ceux sur le site de chargement d'Ambriz, principal port d'exportation de Congos, Ngolas, Matambas, Mundongos et Cassanjes vers le Brésil, dans les années 1830, celles de l'animalisante traite clandestine, les ethnonymes Monjolo ou Anjico, Ambundo ou Bundo, Rebolo, Bailundo, Benguela ou Banguela, Cunhema, Mocambique, Munhambanas, Macua, Quilumana et Quiloa ; il y a aussi les chefs rebelles de Palmares du XVIIème siècle, Andalaquituxe et ceux de la fameuse Baixa Fluminense, Joaquim Congo, Joao Mofumbe et Jose Benguela et enfin, le territoire libre d'Angola-Janga, nom africain du Quilombo de Palmares. Le mythique Andalaquituxe avait pris ses quartiers sur la colline de Cafuxi, à 180 km au nord-est de la capitale d'Alagoas.

Les jonctions avec les civilisations de l'Afrique centrale, orientale et australe sont également perceptibles dans les graves dépressions, souvent, suicidaires dont souffraient les africains opprimés dans le Nouveau Monde. Nei Lopes retient, à cet effet, dans son ensemble lexical, le terme banzo.

SYNONYMIE

Les élèves et étudiants brésiliens trouveront, aussi, dans le « Dictionnaire » des données sur le fameux parler semi-créolisé de Cafundo, aujourd'hui encore en usage, dans la communauté résiduelle d'un ancien Quilombo, situé dans l'Etat de Sao Paulo. L'on a certifié que cet idiome résulte, en première analyse, du bloc bantu, constitué du Kikongo, du Kimbundu et de l'Umbundu. Les étudiants brésiliens vont également s'informer sur le persistant et multi-significatif terme Kalunga, dans sa déclinaison de noir ou dans sa synonymie Camundongo, dans son acceptation ethnonymique à Goiás ou dans celle désignant le parler à base bantu dans la région du Triangle minier et du Haut Paranaíba, mais aussi dans celle intégrant le cortège de maracatu ou simplement dans sa considération étymologique comme infini lié à la mer, au ciel et à la mort. Les jeunes lecteurs vont apprendre que le terme Cambinda, en plus de son utilisation comme ethnonyme, désigne également les cultes d'origine africaine de Maranhao, pratiques essentiellement en usage dans la région de Codo. Il définit, aussi, les maracatus de la côtière Pernambouc.

Il est à retenir que le successeur du chef du célèbre mouvement insurrectionnel de Palmares, à la fin du XVIIème siècle, s'appelait Camuanga, originaire probablement de la région de deux fleuves, adjacent la grande ville aux esclaves, Sao Paulo de Loanda, l'Icolo et le Bengo. Trois des Quilombos de cette zone de rupture avaient pour dénominations, Quissama, Quiluanje et Engana-Colomim. D'autres dirigeants insurgés furent Curuncango, -qui mena une révolte, au XVII eme siècle, dans l'Etat de Rio de Janeiro- et Zundu, à Campo Grande, dans l'Etat de Minais Gerais, mort au combat en 1757.

La forte présence des captifs Ngolas est attestée avec la prévisible insertion de la martyre à la résistance à la tyrannie esclavagiste, Constancia de Angola, qui vécut dans la région de Cricare, dans l'Etat de Espirito Santo et celle, dans cette même zone, de Zacimba Gaba (1675 - 1710), originaire de Cabinda, meneuse Quilombola à Sao Mateus.

CHTHONIEN

Dans cette région, on a aussi confirmé la pratique d'une ancienne fête populaire, le cucumbi ou ticumbi, retraite prénuptiale, aujourd'hui encore pratiquée dans l'aire Loango, à Cabinda et dans les zones avoisinantes des deux Congo et du Gabon. A Bahia, cette cucumbi, certifiée depuis 1757, est aussi désignée par maculele. L'on note dans le «Dictionnaire», l'important fait révélateur de l'invariable volonté de réappropriation de la culture africaine au Brésil, que plusieurs artistes afro-brésiliens ont adopté des surnoms venus de la contre côte. C'est ainsi que le violoniste et compositeur carioca Ernesto Joaquim Maria dos Santos se fait appeler Donga, dans le sens bantu « de mobilisateur de foule ».

Nei Lopes, auteur des réputés dictionnaires bantu du Brésil et de «Bantos, males e identidade negra», a eu l'intelligence d'inclure dans son oeuvre les noms des chercheurs qui se sont distingués dans les études afro-brésiliennes. C'est le cas de l'historien de Bahia, Edison Carneiro, auteur, en 1937, du classique «Negros Bantu ».

La jeunesse brésilienne consigne, aussi, dans les dizaines de styles chants, rythmes et chorégraphies d'origine africaine, le lundu -qui a influencé le fado portugais-, les vissungo, work-songs, et le jongo, danse d'essence religieuse, originaire, selon le terminologue, de la région de Benguela. Les jeunes Brésiliens vont par ailleurs remarquer les traitements, absolument, inhumains infliges aux captifs africains, avec des termes tels libambo, d'origine bantu désignant le chthonien collier.

Homme de culture, particulièrement prolifique, Nei Lopes, chercheur muni d'une grande sensibilité didactique, a concrétisé, seul, par la grande contribution que constitue le « Dicionario Escolar Afro-Brasileiro », la volonté du gouvernement brésilien d'inscrire l'histoire et la culture africaine et afro-brésilienne dans les programmes scolaires de son pays. Le bantuiste carioca a, une fois de plus, pris de vitesse, par cette oeuvre, les « Académiciens », et consolidé son énorme prestige auprès des instituteurs et professeurs de la deuxième puissance Noire du Monde.

(Source : Simao Souindoula, vice-président du Comite Scientifique International du projet de l'UNESCO « La Route de l'Esclave »).


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