Malick Ciss
7 Novembre 2009
Accusée d'avoir jeté son bébé vivant dans une fosse septique, Sokhna Fall a été incapable d'expliquer son geste. Elle a été condamnée à cinq ans de travaux forcés pour infanticide.
Difficile de comprendre pourquoi Sokhna Fall a jeté son nouveau-né dans la fosse septique, le soir du 1er décembre 2005. Elle même a été incapable d'expliquer à la cour d'Assises de Dakar les motivations de son geste. C'est à peine si on l'entendait s'exprimer à la barre, passant le plus clair du temps à se ronger les ongles. Rongée aussi par le remord jusqu'à se couvrir d'un voile empêchant le public de découvrir son visage ? Et pleurant lorsque son sort se discute.
Aux questions qu'on lui pose, elle répond presque aussitôt par « dara » (rien, en langue wolof). Il lui fallait pourtant bien un motif. Avait-elle préparé son coup, elle qui avait soigneusement dissimulé sa grossesse jusqu'à son accouchement ? Sokhna, déjà mère d'une fille, s'était donnée à Abdoulaye Dème, un chauffeur et de leur idylle, résulta une grossesse. Le chauffeur, dit-elle, avait reconnu la paternité et la soutenait même financièrement. Mais elle n'avait pipé mot de son état à sa grande soeur chez qui elle vit à Thiaroye, encore moins à sa famille établie à Koungheul.
Le 1er décembre, elle fut sujette à des douleurs abdominales et s'isola dans les toilettes où elle mit au monde un bébé, sans aucune assistance. Les habits tachés de sang, elle préféra mettre le bébé dans un seau, sans couper le cordon ombilical et jeter le tout dans la fosse septique. Interpellée plus tard par sa grande soeur sur ses saignements qui continuaient, elle rétorqua qu'elle avait des douleurs abdominales. Par prudence, Sokhna Fall fut conduite à la maternité de Thiaroye ensuite à l'hôpital « Roi Baudouin » où le médecin constata que sa patiente avait accouché récemment. Mais Sokhna refusa de coopérer, niant toute grossesse et soutenant devant sa soeur qu'il s'agissait du sang de ses règles. Elle fut conduite au commissariat. Où était bien passé le bébé ?
Deux jours plus tard, alors qu'elle nettoyait les toilettes, la grande soeur constata des traces de sang sur le couvercle de la fosse septique. Lorsqu'elle le souleva, elle tomba sur l'horreur : un corps de nouveau-né flottant sur les eaux infectes. Les enquêteurs, alertés, constatèrent qu'il s'agissait du corps d'un enfant de sexe masculin, chevelu. Arrêtée après cette découverte, Sokhna soutenait qu'elle avait avorté en saignant.
Devant le juge d'instruction, elle reconnut avoir donné naissance au terme d'une grossesse de neuf mois. Seulement, Sokhna soutient qu'elle ignorait si l'enfant était vivant ou mort-né. « Je ne savais pas s'il était vivant »
A la barre, l'accusée d'infanticide, avare en déclarations, s'est arc-boutée sur sa prétendue ignorance des raisons de son geste. Lorsque le président lui a demandé pourquoi elle avait fait cela, elle répond laconiquement : « pour rien ».
« L'enfant n'a pas crié, je l'ai jeté dans la fosse, c'était un garçon, s'il était en vie, je ne l'aurais pas jeté », ajoute-t-elle. L'Avocat général Antoine Diome lui fait remarquer : « vous dîtes que vous vouliez garder l'enfant et que vous ne comprenez pas votre acte. On ne garde pas un enfant qui n'est pas vivant ». Et l'accusé de se dédire : « j'ignorais qu'il serait vivant, je ne savais même pas s'il était vivant ou mort » ? Pourtant, elle souhaitait bien fêter la naissance de son enfant, elle qui économisait déjà pour le baptême. L'Avocat général lui a rappelé cela, tout comme il a démontré que le nouveau-né était bien en vie à la naissance.
Dans son réquisitoire, Antoine Diome cite le certificat de genre de mort établi par le médecin Vitorino Mendes de l'hôpital Le Dantec. Il fait état de corps en décomposition avancée, rendant impossible une autopsie, enfant né à terme, poids 3,5 kg, 52 cm. Le médecin conclut que l'enfant a respiré à la naissance, il se fonde sur une analyse des poumons attestant si le bébé est sorti vivant ou déjà mort.
Rappelant les aveux de l'accusée, le fait qu'elle ait dissimulé sa grossesse et qu'elle se soit abstenue de toute visite prénatale, Antoine Diome en a conclu à une volonté de l'accusée de mettre un terme à la vie de l'enfant, donc de commettre un infanticide. Pour la répression, il a demandé 15 ans de travaux forcés. Devant l'évidence, l'avocat de la défense, Me Baboucar Kane, ne pouvait qu'essayer de limiter les dégâts.
Sa cliente, « victime de l'hypocrisie de la société », issue de famille modeste, n'a jamais eu une vie rose. Sur la préméditation, se demande-t-il, « comment peut-on préméditer la mort d'une personne qui n'existe pas encore ? ». Me Kane a sollicité la clémence et l'indulgence de la cour. Sokhna Fall a été déclarée coupable d'infanticide et condamnée à cinq ans de travaux forcés. En détention préventive depuis le 12 décembre 2005, il lui reste à purger un an encore.
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