Par Charles Sanga
8 Novembre 2009
D'une part: Laurent Dona Fologo: 70 ans. Ministre dans plusieurs gouvernements de Félix Houphouët-Boigny, et ancien Secrétaire général de l'ancien parti unique, le PDCI. Bernard Dadié, 96 ans: écrivain, ancien ministre d'Houphouët, actuelle tête pensante du conglomérat de partis politiques et d'organisations de la société civile pour Gbagbo. Auteur de Climbié et l'Homme de tous les continents, il est devenu méconnaissable du fait de ses penchants xénophobes et extrémistes. Mais aussi, Danielle Boni, Ahoua Nguetta, Edmond Bouazo Zégbéhi, N'Zi Paul David, N'Dri Apollinaire...
D'autre part : Dr Malick Coulibaly, lui aussi obscur militant du PDCI, jamais élu. Tout juste une nomination en tant que membre du Grand Conseil. Charles Blé Goudé, ancien étudiant dont le passage à l'Université d'Abidjan ne lui a valu que l'obtention d'une licence dans des conditions de fraude dénoncées par le conseil de l'institution. Son extrémisme lui vaut aujourd'hui d'être sous sanction du Conseil de sécurité des Nations unies. Géneviève Bro Grébé, ex-militante du PDCI qui a trouvé avec Simone Gbagbo, l'alliance nécessaire à la défense de thèses extrémistes comme celle qui disait que l'épouse du candidat à la présidence de la république doit être «ivoirienne de teint noir ». Tous ces noms figurent parmi la nomenklatura établie par Laurent Gbagbo, pour son équipe de campagne électorale. Des hommes et femmes qui ont en commun d'être aussi bien les inspirateurs que les hommes forts du système.
Or, il y a sept ans, en 2000, Pascal Affi Nguessan, alors Directeur de campagne de Gbagbo, avait bâti une équipe de cadres dont le parcours politique se confondait à celui du candidat. Le paradoxe est donc frappant. Après avoir géré l'Etat pendant plus de cent mois, l'on croyait la refondation, capable de présenter à la Côte d'Ivoire ses propres produits, intellectuellement au point et susceptibles de porter un projet politique. Curieusement, Gbagbo a fait le vide autour de lui. Et débauche à coups de milliards des cadres dans d'autres partis. Le candidat rejette, par-dessus tout, le FPI et endosse désormais la tunique d'une candidature du peuple, portée par une « majorité présidentielle ». Volonté d'ouverture ? La réponse n'est pas si simple.
Conscient qu'il est de la mauvaise réputation dont jouit son régime et ses hommes au sein de la population, le leader des refondateurs ne veut pas risquer de laisser son sort aux mains de gens qui peuvent le faire couler. Ce n'est donc pas pour leur faire plaisir que Gbagbo s'est accommodé de certains judas et has-been du PDCI, du RDR et de l'UDPCI. Il a recruté des personnalités, pratiquement à la fin de leur carrière politique. A l'ère d'Internet, du téléphone 3G, de la voiture électronique, du numérique, des NTIC, de Barack Obama, de Nicolas Sarkozy, Gbagbo n'a pas trouvé mieux que d'aller dépoussiérer des reliques du microcosme politique, qui conjuguent leur avenir au passé, ne comprenant pas grand-chose du monde tel qu'il se construit aujourd'hui. Laurent Gbagbo lui-même, recevant certains de ses proches, en juillet dernier à Mama, s'est laissé aller à la confidence. «Si j'envoie ces gens comme ça (parlant des cadres du FPI, ndlr) devant les populations, c'est que je ne veux pas me faire réélire». L'opération lui coûte beaucoup d'argent. Car, l'argent est le seul lien pour le candidat et ces soutiens. Il n'y a ni programme politique ni projet économique ou social, qui les lie. Cette pratique est un recul de nature à nourrir une grave suspicion dans l'esprit des populations. En effet, elles sont de plus en plus portées à croire que la politique est synonyme de mensonge. Et pourtant, elle est par essence un art noble, au service du bien commun.
Cette décision puise son sens dans le fait que le patron de la refondation a perdu toute confiance en son entourage. Mais elle n'est pas pour plaire à tous. Surtout aux gardiens du temple bleu. Dans tous les cas, Gbagbo met en garde, comme pour faire chanter ceux parmi ses refondateurs qui ne seraient pas d'accord avec son attelage de campagne : «Si moi je ne suis pas élu, vos fortunes vous les perdrez. Vos fortunes sont protégées parce que je suis au pouvoir. Vous êtes tous devenus riches, arrogants, je ne vous reconnais plus. Quand on créait le FPI, nous n'avions pas pour objectif ce que vous faites. C'est pour tout ça que je procède par alliances parce que le FPI tout seul n'est rien». Sans doute le candidat songeait-il à obvier les espoirs déçus par ces ralliements. L'opinion publique toujours enfarinée en oublierait de s'exaspérer pour s'étourdir de la cascade des annonces. Peine perdue. L'argent peut corrompre des individus mais ne peut jamais cicatriser les souffrances du peuple, encore moins éteindre la flamme qui s'éveille en lui depuis des mois pour le changement dans le pays.
Mais avant, Gbagbo devrait néanmoins s'interroger sur la façon dont est perçue son action après neuf au Pouvoir. Les plus fortes critiques portent exactement sur les thèmes qui avaient légitimé son élection contestée, parce que calamiteuse. L'Ecole est toujours bloquée, l'espoir pour les paysans de vendre le café et le cacao à 3000 le kilo est déçu. La lutte contre le chômage n'a jamais été engagée. Mieux, l'inexpérience de ses hommes sur les questions de gestion et de développement, la persistance de certaines pratiques du parti unique tant décriées, l'écart entre les promesses électorales et les actes ainsi qu'une certaine léthargie dans les solutions à apporter aux problèmes urgents font croire, de plus en plus, que le pays risque de retomber dans les pièges du passé et ainsi d'hypothéquer de nouveau l'avenir de la démocratie.
Neuf années pour rien ? Gbagbo semble pris à rebours sur les certitudes qui ont fondé son contrat avec le pays. Il est surtout victime de sa constance à « manger » et à laisser « manger » sans contrôle. L'exemple du discours sur la jeunesse, tenu le samedi 31 octobre à Yopougon, brassant rien et tout à la fois, traduit le mode de gestion de la refondation. Cette façon de tourner à vide caricature bien plus qu'une façon de gouverner. Elle donne la nausée
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 Le Patriote. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.