Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Benoît Moundélé-Ngollo - Le miroir de la société humaine

Alphonse MBUYAMBA KANKOLONGO

7 Novembre 2009


Kinshasa — Le nouveau livre de Benoît Moundélé-Ngollo, qui a pour titre « Lettres ouvertes ou mEa maxima culpa » (Brazzaville, Les Editions Hemar, 2009. Préface de Théophile Obenga et la postface de T. Lukusa Menda, 135p.), comporte douze textes de longueur variable. Comme dans ses trois précédentes publications, ces textes ont cependant en commun leur forme versifiée. Sont-ils pour autant des poèmes, se demande le lecteur ? Il s'agit plutôt de ce qu'on appellerait la prose poétique.

De tout temps et dans n'importe quel lieu, on le sait, la littérature a toujours été le baromètre de la société. A ce titre, elle est surtout le dévoilement de la réalité dans ces maux, les antivaleurs de cette dernière. L'écrivain français, Albert Camus, n'a-t-il pas raison lorsqu'il considère que la littérature est un « monde imaginaire créé pour la correction de ce monde ». Contrairement à une certaine opinion fort répandue, -s'il en était encore besoin-, Benoît Moundélé-Ngollo nous convainc que la littérature n'est pas seulement une pure fiction, un jeu puéril ou une invention inopérante ; au contraire, elle demeure une source inépuisable de la sagesse humaine.

De ce qui précède alors, que nous donne à lire et/ou à voir cet auteur dans son ouvrage ? A la manière de La Bruyère au17ème siècle, Benoît Moundélé-Ngollo place devant son lecteur un vaste tableau qui présente divers fruits et comportements de la société humaine à travers les siècles : moeurs, joies, peines et misères des peuples. « L'intention fondamentale de l'auteur est de corriger les hommes tout en critiquant leurs défauts ».

L'écrivain, qu'on le veuille ou non, est conditionné d'abord par son milieu naturel, qui l'a vu naître, grandir et mourir. Ainsi, souvent il part du particulier pour atteindre l'universel. Il n'en est pas autrement de Benoît Moundélé-Ngollo. En effet, ce dernier s'inspire de prime abord de la société congolaise, la sienne, qu'il connaît dans les moindres détails.

S'explique alors l'évocation récurrente aux personnalités politiques, religieuses de son pays (le président Fulbert Youlou, Alphonse Massamba-Débat, Marien Ngouabi, Cardinal Emile Biayenda), etc.

Il ne s'arrête nullement aux personnages devenus historiques, mais il rappelle aussi certains événements douloureux et malheureux qui ont jalonné l'histoire de son pays : ces assassinats politiques, les coups d'Etat, les guerres civiles, etc. Bien des personnes de classe moyenne ou de basse classe -comme on aime le dire coouramment-, mortes dans la plupart des cas de façon anonyme, s'inscrivent aussi la mémoire individuelle de l'auteur.

Ce sont, entre autres, des êtres chers qu'il a aimés et affectionnés, amis, membres de famille ou autres. Dans cet ordre d'idées, il déclare par exemple : « Je dédie ce livre, en définitive, A la mémoire de toutes les victimes innocentes Ainsi qu'à celle de tous les héros méconnus Dont le sacrifice est souvent oublié » (p.19). Mais, son milieu référentiel n'est pas seulement la République populaire du Congo, c'est aussi l'ailleurs come le souligne ce passage : « Pour écrire ce texte, je me suis inspiré D'une communication de près de vingt pages Etayée de nombreux exemples historiques -Dont- A/ « La guerre des mondes » (p.23)

De plus, Benoît Moundélé-Ngollo fait montre d'une culture vaste. Il recourt, par moments, à certaines vérités universellement consacrées. C'est, par exemple, des maximes comme : « Il n'y a pas de fumée sans feu » (p.27) ; « Ventre affamé n'a point d'oreille » (p.45) ; « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » (p.55) ; etc.

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Ecrit - comme ses précédents livres- dans une langue simple (et non simpliste), claire et précise ; par moments teintée d'humour, Lettres ouvertes ou mea maxima culpa - à l'instar de Un peu de tout, « apparaît en définitive comme un vaste miroir où le lecteur est appelé à se regarder pour mieux mesurer sa part de responsabilité dans la conduite du monde ». (Commentaire des Editions Hemar sur Un peu de tout). Au total, Benoît Moundélé-Ngollo est un fin observateur de la société humaine dans sa globalité sur laquelle il porte un regard des plus critiques. Il est resté égal à lui-même : un contre tous !

QUI EST-IL ?

Général des Forces armées congolaises depuis de nombreuses années, il est actuellement préfet (l'équivalent de gouverneur en RD Congo) de la ville autonome de Brazzaville. Il est déjà auteur, à ce jour, d'autres textes que sont « Du coq à l'âne » (2002), «Un peu de tout » (2005) et « A bâtons rompus » (2008).

PROFESSEUR ALPHONSE MBUYAMBA KANKOLONGO Critique littéraire

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