Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Regard sur la circulation routière à Kinshasa

Me Pathy JOSEPH L

7 Novembre 2009


Kinshasa — L'Etat est le régulateur des comportements des citoyens dans toute société organisée, il veille au respect des équilibres entre les uns et les autres .Et la loi sert alors d'instrument important à sa disposition dans l'accomplissement de cette fonction. Il n'est donc un domaine d'activités du citoyen qui échapperait à l'emprise de la loi ; plus celle-ci est manifeste, moins l'arbitraire triomphe.

La circulation routière constitue un secteur de la vie nationale aussi capital que ne le pense le commun de mortels car la route ne pardonne pas à ses usagers la moindre gaffe qui parait le plus souvent très fatale. Le législateur l'ayant compris ,il a doté le pays de tout un code de la route dont la quintessence s'évapore malheureusement, chaque jour, au gré des humeurs et des usagers de la route,entendez « chauffeurs», et des agents de l'ordre commis à la surveillance routière, et même de simples passants.

Suivant la loi, nul ne peut conduire un véhicule ou un autre engin à moteur sur la chaussée, s'il ne l'a été autorisé préalablement par la structure étatique habilitée: le ministère de Transports et Communication, mieux la commission nationale de prévention routière Cette pertinente disposition de la loi parait si dogmatique qu'il faut tout simplement y croire, sans trop réfléchir.

En fait d'autorisation, c'est de la délivrance du permis de conduire qu'il s'agit. A la question de savoir, s'il existe un permis de conduire, oui il en existe plusieurs qui diffèrent en tout : mode de délivrance, modèle. . . Autant aucune structure ne peut renseigner sur le nombre exact de permis délivrés par province, autant il y a à ce jour des chauffeurs que des permis. Ici, nous sommes tenté de saluer l'initiative de l'actuel ministre de Transports, tendant à lancer des permis bio-métriques.

Sans vouloir se faire commentateur du code, celui-ci prévoit de garde-fous en la matière à la suite de la forte sensibilité et de la délicatesse de l'exercice « du volant ».

«La bonne gouvernance tient impérativement compte de la sécurité du citoyen, celle-ci passe aussi par une bonne politique de prévoyance routière, n'est-ce pas ? Quid de tout cela au Congo ? Comme la plupart des structures de l'Etat, la Commission nationale de prévoyance routière, mieux connue du public sous le vocable «bureau de délivrance des permis de conduite», est abandonnée à son triste sort au point de servir carrément de «ligablo » à ceux qui s'y disent «agents de l'Etat ».

Comment peut-il en être autrement, lorsque la quête des demandeurs des permis préoccupe tant ces derniers au point de justifier carrément leur présence au service; il suffit d'y passer pour voir comment est organisé l'accueil. La délivrance dudit document n'est à ce jour assortie d'aucune conditionnalité réelle, sinon le déboursement de l'argent dont le taux ou le montant diffère d'une personne à une autre, mais il varie entre 35 et 70 Us La conscience patriotique ne raisonne même dans le mental, sinon l'on se serait vite imaginé les dégâts dans le tissu sociétal d'une telle entreprise de la mort ! Et la tolérance zéro est loin de s'y inviter, personne en tout cas ne semble la redouter.

Cette faiblesse de l'Administration contrarie fâcheusement avec une prétendue rigueur de la police de circulation routière, les agents de l'ordre récupèrent à leur guise le laxisme de l'Etat qui fait de n'importe qui chauffeur, pour sauter sur la moindre occasion de manquement : établissement ou constat sévère de faute ou infraction (pénale), plutôt que de contravention à la loi spéciale de circulation routière.

Tenez, l'on peut facilement perdre toute une journée dans un commissariat pour une bien simple contravention routière. Un médecin venait de rater une intervention chirurgicale ad temporem pour n'avoir pas placé sa ceinture de sécurité, parce qu'il lui était demandé illico tempore une amende de plus de 25.000 francs qu'il n'avait pas sur place. Et le sort de ce compatriote malade ne disait rien à ses bourreaux de circonstance ! Pauvre pays, quand l'échelle de valeurs est renversée pour obéir à la sagesse du ventre affamé.

Oui, le civisme républicain exige de chaque citoyen la soumission et le respect à toute autorité établie, mais il y a lieu de repenser ce système d'amendes, source de recettes sûres de l'Etat, par souci de civiliser davantage nos moeurs publiques. En tout état de cause, ce n'est pas tous les jours que l'on se promène avec de suppléments en poche.

Puisque le pays s'est engagé résolument sur la voie de la normalité, sur fond de tolérance zéro, il est impérieux de réinstaurer la délivrance de convocation pour passer payer les amendes éventuelles dans un laps de temps qui tienne compte du pouvoir d'achat du citoyen. Et il y a lieu aussi de proscrire toute forme d'arbitraire en matière de fixation de taux d'amendes : est-ce par arrêté ou un acte de l'autorité provinciale ? Le public doit le savoir d'avance,pour contourner la ruse des agents véreux...

D'ailleurs, nulle part, on exige des contrevenants des espèces sur place pour libérer les véhicules, alors que le transport en commun n'en constitue point un véritable casse-tête comme dans notre pays. A une certaine catégorie de compatriotes prendre le transport en commun demeure tout un mystère. Pourquoi s'acharne-t-on contre les véhicules ? C'est une forme de pression, m'a-t-on dit, pour obtenir vite le résultat, mais quel résultat? Tolérance zéro !

Revenons-en à la police de roulage. Au Congo, le mal a toujours été l'autre pas soi-même. Si imparfaite soit-elle, ces policiers donnent très souvent à la nation le meilleur d'eux-mêmes, à ne considérer que l'étendue de leur ouvrage ; sous un soleil moins clément, ils défont des embouteillages, veillent aux mouvements des adolescents, font éviter des accidents rien que par patriotisme. Mais à coté de tout cela, il y a lieu de reconnaître que certains en font un peu trop.

En effet, le mardi 03 novembre, un « roulage » s'était permis de conduire seul, au grand dam du conducteur, à qui on avait demandé de descendre avec les documents de bord, un minibus 508 personnel des Ets Diankenda Viny (chambres froides),avec plus ou moins 45 cartons (périssables), au niveau de BIA sur Poids lourds jusqu'à leur poste du pont Matete, pour «surchargement » (allez-y comprendre quelque chose); et pire, au niveau de son bureau, aucun supérieur n'a reproché à l'agent son comportement de se substituer au chauffeur, alors que ce dernier était en ordre, ni ne s'est préoccupé de la nature périssable des vivres frais destinés à la consommation de la forte population de l'Est de la ville...

Personne ne s'est gêné de demander au pauvre chauffeur une amende de 80 Usd avant de libérer le véhicule, quel chantage ! Immobiliser un véhicule de vivres frais, en ordre avec ses documents de bord, de 16h15 à 19h, grâce à l'intervention d'un inspecteur principal qui avait instruit au phone le commandant détachement pour retenir rien que les documents contre une convocation et libérer le véhicule, en raison surtout de sa cargaison.

Est-ce que la raison rationnelle ne retentit plus dans le comportement de nos hommes en uniforme pendant l'exercice de leur service au peuple ? Pire, une Canadienne de souche congolaise, en séjour familial à Kin, n'arrive pas à expliquer que pour une faute prétendument faute de roulage, dans un carrefour, que tous les agents viennent se fourmiller autour du véhicule au point même de bousculer les paisibles citoyens à bord, en ouvrant d'autorité les portières du véhicule de tous cotés pour y entrer par force, et laissant ainsi libre leur poste pendant tout le temps qu'ils imposent un dialogue-monologue à leur «proie». Et dire qu'elle ne s'imaginait être seule spectatrice ou victime de la scène qui ternit davantage l'image de marque de la RDC, «eloko makasi (sic)» et que ses enfants paniqués lui ont juré de ne plus l'accompagner dans cette «jungle» du Congo!

S'il faut encourager les efforts du gouvernement à moderniser la police de roulage, allusion faite à l'acquisition notamment d'«alcooltest », mais ne serait-il pas souhaitable que l'on suive avec rigueur les faits et gestes de nos agents, dits qualifiés, sur le terrain, en mettant un accent plus que particulier sur l'état d'éveil d'un chacun dans l'exercice de cette noble fonction régalienne ?

Oui, la nation n'est pas en mesure de leur offrir quotidiennement de sachets d'eau dite pure. Et serons-nous aussi tenté de savoir la quantité de fuel que disponibilise le gouvernement pour permettre aux motards de s'acquitter dignement de leur tache de service public, sous le régime de la tolérance zéro ainsi institué partout ! Serait-ce coupable d'affirmer qu'ils se prennent, en la matière, en charge ? Mais peut-on vraiment soutenir que ceci explique cela, dès lors qu'il y en a qui se distinguent malgré tout ?

Il y a un autre aspect non de moindre à évoquer : le contrôle technique des véhicules.

En effet, l'état défectueux de nos véhicules est à la base de plusieurs accidents ; le contrôleur technique est aussi congolais comme tous les autres, il donne le quitus sans se soucier de ses conséquences, pourvu qu'il empoche quelque chose. Autrement, comment des véhicules de long courrier peuvent n'avoir de bonne lumière, de bons freins, de signalisations, et sortir de la capitale avec des compatriotes entassés comme des singes et ce, nonobstant les postes de la police y érigés ? Et les accidents survenant ne nous instruisent toujours pas, comme nous envoyons les nôtres tout droit à la mort avec cette conscience tranquille d'innocents.

En conclusion, la route est cet espace qui nous voit tous défiler, chacun à son tour ; elle ne nous demande pas plus que de prendre conscience de ce qu'elle n'est pas notre compatriote, elle est universelle et répond de cette universalité. A cet effet, nous devons lui apporter notre attention soutenue pour mieux la rendre non seulement agréable mais douce. Le code de la route mérite à ce jour une ré visitation.

Notre souci a toujours été d'anéantir au mieux toutes les anti-valeurs qui ralentiraient le décollage réel du Congo. La tolérance zéro constitue pour nous une révolution morale par et pour tous, malheureusement certains compatriotes malins dans les affaires se cachent derrière ce credo pour étaler en la face de la Nation leur incivisme et leur barbarie irrépublicaine. C'est donc une prise de conscience collective de sortir du mal dans toutes ses formes pour faire asseoir le bien entre et parmi nous.

A ce titre, que personne ne se lasse de mettre les inciviques mal à l'aise jusqu'à leurs derniers retranchements. C'est à ce seul prix que nous donnerons un vrai sens à notre éloquent hymne national.

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