Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Thiès - Meurtre, non assistance à personne en danger et non dénonciation de crime : L'avocat général requiert 20 ans de travaux forcés contre les six pêcheurs

Sidy Dieng

8 Novembre 2009


Le verdict dans l'affaire de meurtre sur la personne d'Abdou Fatah Diakhaté survenu en pleine mer, ne sera connu que mercredi prochain, comme en a décidé hier la Cour d'assises de Thiès. Mais les six pêcheurs impliqués risquent 20 ans de travaux forcés ?

Diègane Sarr demeurant à Bayakh, Abdou Seck à Mballing, Ibrahima Seck à Mballing, Abdou Seck à Khassim, Mansour Seck à Fessène et Ibrahima Seck domicilié à Mballing, tous des pêcheurs, comparaissaient hier devant la Cour d'assises de Thiès pour répondre des crimes de meurtre, non-assistance à personne en danger et non-dénonciation de crime. Les faits qui leur sont reprochés remontent au 18 juillet 2003, quand Abibou Sylla a saisi la brigade de Mbour d'une plainte pour le meurtre survenu en haute mer de son neveu Abdou Fatah Diakhaté. Dans sa plainte, Abibou Sylla fait état d'une rumeur circulant dans le village à propos du décès de son neveu mort non pas par noyade, mais plutôt après une altercation avec Diégane Sarr qui l'aurait poussé à l'eau. Une rumeur qui a commencé à semer le doute sur les circonstances réelles du décès de son neveu. Ce doute est, selon lui, d'autant persistant que la victime l'avait, la veille, non seulement informé de sa brouille avec le susnommé, mais aussi de sa volonté de quitter cette embarcation. S'y ajoute que le plaignant dit ne pas comprendre ce qui aurait poussé la victime à décider d'aller se baigner en haute mer et tout habillé à un endroit réputé très dangereux. Le plus surprenant étant, selon lui, l'indifférence affichée par l'équipage qui, de retour sur la terre ferme, a procédé tranquillement à la vente de la capture comme si de rien n'était.

La plainte mettra la puce à l'oreille des gendarmes qui ne tarderont pas à ouvrir une enquête. Au cours de l'enquête, aussi bien Diégane Sarr, Ibrahima Seck, Abdou Seck, Mansour Seck qu'Ibrahima Sène soutiendront que la victime, profitant d'une pause de l'équipage qui avait jeté l'ancre, avait décidé d'aller rejoindre Abdou Seck dans l'eau pour une partie de baignade. C'est alors, poursuivent-ils, qu'il sera pris dans les flots d'une mer particulièrement agitée ce jour-là. Les secours entrepris pour le sauver ont été vains, puisque le moteur de la pirogue s'est éteint.

Seul le nommé Modou Ndiafatte donnera une version différente de celle de ces compagnons. Face aux gendarmes enquêteurs, il soutiendra qu'une dispute avait opposé, ce jour-là, Diégane Sarr à Abdou Fatah à propos du 'Ndiaba' (biscuits trempés dans du lait sucré) que ce dernier avait mangé sans son autorisation. C'est au cours de cette dispute que Diégane avait, selon lui, poussé Fatah par surprise à l'eau. Au cours de leur déplacement à Mballing, les enquêteurs ont aussi recueilli diverses informations de pêcheurs concernant ce vendredi du drame. Des informations qui décrivent toutes le lieu du drame comme une zone infectée de requins dans laquelle aucun pêcheur avisé ne se serait risqué à prendre un bain. Toutes informations qui ont conduit à l'inculpation de Diégane Sarr pour le délit de meurtre et les autres pour non-assistance à personne en danger et non-dénonciation de crime.

Ces mêmes versions reviendront pendant l'instruction. Et celle de Ndiafatte sera confortée par le fait que la victime a été découverte tout habillée, contrairement à la version des autres membres de l'équipe qui ont soutenu que la victime s'est déshabillée pour aller prendre son bain. Une incohérence de taille qui force à admettre la version servie par Modou Ndiafatte.

Hier, l'avocat général a fondé son réquisitoire sur la constance des faits pour dire que compte tenu des éléments révélés et faisant état de zone dangereuse, de mer agitée, de l'inaptitude de nager de la victime, Diègane ne pouvait pas ignorer qu'en poussant son adversaire à l'eau, il le condamnait à la mort. Aussi en déduira-t-il une volonté manifeste de donner la mort. Quid des autres membres de l'équipage qui se réfugient derrière un moteur qui s'est éteint au moment des secours. Il se demandera pourquoi le capitaine a pu laisser un des membres de son équipe se baigner dans une zone aussi dangereuse. Par conséquent, il demandera à la cour de les condamner à 20 ans de travaux forcés.

Quant à la défense assurée par Mes Alioune Sène et Omar Faty, elle prendra le contre-pied de l'avocat général. Pour elle, aucun élément du dossier ne peut permettre à la cour d'entrer en voie de condamnation. Surtout qu'en demandant que l'accusé principal soit aussi poursuivi pour le délit de non-assistance à personne en danger, il reconnaît qu'il n'est pas sûr de la culpabilité de leur client. Par conséquent, elle demandera l'acquittement pur et simple de ses clients. Après avoir écouté des différentes parties, la cour a décidé de mettre l'affaire en délibéré jusqu'au mercredi 11 novembre.

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