Pape Ndiaye
8 Novembre 2009
La Cour d'assises de Dakar a condamné hier à 5 ans de travaux forcés la dame Sokhna Fall pour avoir jeté dans une fosse septique son bébé de sexe masculin. Reconnue coupable du crime d'infanticide, elle devra encore rester une année en prison, car ayant déjà purgé 4 ans en préventive.
Sokhna Fall a été condamnée hier par la Cour d'assises de Dakar à 5 ans de travaux forcés. Elle est reconnue coupable d'infanticide par assassinat pour avoir jeté son bébé dans une fosse septique, le 1er décembre 2005. En détention préventive depuis 4 ans (elle a été placée sous mandat de dépôt le 12 décembre 2005), elle va encore rester un an en prison avant de recouvrer la liberté.
L'enquête de personnalité présente cette fille de militaire retraité âgée de 29 ans et domiciliée au quartier Oumar Pouye de Thiaroye comme une femme capricieuse et caractérielle. Elle est commerçante de profession, célibataire et mère d'un enfant qui vit actuellement à Kaolack, hormis le défunt. Ses études ont été suspendues en classe de Cm2. Mais la vie carcérale a été bénéfique pour elle puisqu'elle lui a permis de s'initier à la lecture du Coran et de respecter les cinq prières quotidiennes.
Qu'est ce qui s'est réellement passé ? Le 1er décembre 2004, l'accusée se plaignant de douleurs abdominales, sa soeur Rama Fall la conduit dans une structure sanitaire. Le médecin qui la consulte, fait état d'un accouchement récent qui est à l'origine de ces douleurs. Quatre jours plus tard, Rama Fall découvre un corps flottant dans la fosse septique de la maisonnée. Elle informe aussitôt les limiers qui, sur les lieux, repêchent le corps sans vie d'un nouveau-né de sexe masculin, chevelu et ne présentant aucune blessure. Et le certificat de genre de mort précise que l'enfant est né à terme avec un poids de 3 kg et a respiré à la naissance. Par conséquent, sa mort résulte de son séjour dans la fosse septique. C'est sur ces entrefaites que Sokhna Fall sera arrêtée et déférée.
Hier à la barre, elle a reconnu les faits sans ambages. Elle soutient être l'auteur de la mort de son nouveau-né qu'elle a jeté dans la fosse septique se trouvant à l'intérieur de leur domicile. Et de décrire les circonstances dans lesquelles elle a commis son forfait. Interrogée sur les motifs de son acte criminel et pourquoi elle ne l'a pas gardé comme ce fut le cas pour son premier enfant, Sokhna Fall ne répond pas aux questions du juge. Elle s'est seulement contentée de dire : 'Rien ne m'a poussé à le faire. Cela m'a fait mal et je regrette profondément mon acte'. Néanmoins, elle soutient être tombée enceinte des oeuvres d'un certain Ablaye Dem, chauffeur de taxi de son état. Mieux, elle révèlera que ce dernier a reconnu la paternité de son enfant.
Dans son réquisitoire, l'avocat général est d'abord revenu sur les notions de meurtre, d'assassinat, d'homicide volontaire et d'infanticide, avant de procéder au déroulement des faits tels qu'ils résultent de la procédure. Il s'est appesanti sur le certificat de genre de mort qui fait état d'un enfant ayant respiré à sa naissance, avant de préciser que le corps en décomposition avancée a rendu l'autopsie impraticable. Il est d'avis que les propres aveux de l'accusée sont de nature à asseoir sa culpabilité. Et de conclure qu'il s'agit d'infanticide commis par assassinat d'un nouveau né, avant de requérir 15 ans de travaux forcés à l'encontre de l'accusée.
Mais pour l'avocat de cette dernière, Me Boubacar Kane, le parquetier a tout faux : il s'agit d'un meurtre simple et non d'infanticide par assassinat. Pour lui, il y a absence de préméditation dans l'acte commis par Sokhna Fall qu'il présente comme une dame qui 'n'avait pas les moyens de faire recours aux méthodes contraceptives pour éviter la grossesse. Elle n'a pas, non plus, voulu procéder à un avortement clandestin. La vie n'a jamais été rose pour elle qui est issue d'une famille modeste'. Et, s'adressant aux juges, il leur rappellera qu'ils ont le devoir de dire le droit, mais pas l'obligation de punir, avant d'implorer leur clémence et leur indulgence vis-à-vis de sa cliente. Une complainte entendue par la Cour qui a condamné Sokhna Fall à 5 ans de travaux forcés au lieu des 15 ans requis par l'avocat général.
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