Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Mohamed El Kettani, PDG du groupe Attijariwafa Bank - « La crise est porteuse de danger mais c'est une belle opportunité pour nous Africain... »

Bakary Dabo

7 Novembre 2009


Dans la période actuelle mondiale de crise économique, beaucoup d'observateurs pensent qu'il est inimaginable d'ignorer la place de l'Afrique dans ce contexte. C'est le même avis qu'épouse le Président Directeur général du Groupe Attijariwafa bank. M. Mohamed El Kettani a fait part de sa vision sur l'après crise à l'ouverture du troisième édition du market challenge que le groupe de banque marocain qu'il dirige a ouvert depuis hier, vendredi 6 novembre à Dakar.

« Je crois que la crise est une opportunité pour nous. Elle est porteuse de danger mais c'est une belle opportunité pour nous Africain pour asseoir et conforter la coopération sud sud ». Ce postulat est du Président Directeur Général d'Attijariwafa bank qui procédé hier, vendredi 6 novembre à Dakar, à l'ouverture du troisième Market Challenge que le groupe bancaire marocain tient pour la première fois en dehors du royaume chérifien.

Selon M. M. Mohamed El Kettani, le monde a été caractérisé durant les 18 derniers mois par e cumul de plusieurs phénomènes importants avec cette crise planétaire. « Le plus important c'est qu'on a assisté à une baisse sensible de la production industrielle mondiale, à une contraction significative du commerce mondial, un effondrement des flux des capitaux privés ». Et pourtant un continent comme le notre, a t'il poursuivi, « l'Afrique que ce soit au niveau des investissements directs qu'au niveau des transferts de nos sà "urs et de nos frères qui évoluent en dehors de notre continent ».

Sur cette même lancée, M. Kettani a souligné que l'économie mondiale est également caractérisée par l'évaporation de 40% du Pib mondial au niveau de la capitalisation boursière. « On parle d'une perte de 24 mille milliards de dollars », a t'il précisé.

Pour lui, « c'est la conjugaison de ces différents éléments fait que l'impact sur notre continent n'a pas été immédiat mais il a été différé. Ce qui est touché aujourd'hui, c'est la sphère économique. On était pas connecté aux marchés des capitaux internationaux de manière intime. Et aussi une perte très significative d'actifs bancaires de plus 3000 milliards de dollars en quelques mois qui se sont évaporés ».

A son avis, « cet impact différé sur notre continent se caractérise des canaux de transmission que sont nos exportations, les flux touristiques, les flux des transferts de l'immigration touchée de plein fouet par le chômage, les investissements directs étrangers sur le continent africain et des financements internationaux tant au niveau de la disponibilité du capital que du coût du capital ».

Il pense ainsi que « dans cette ambiance générale qui a bouleversé toutes les cartographies géostratégiques, politiques, économico-financières, un nouveau monde est en train de se profiler. Un nouveau monde est en train de naitre. Donc le monde va changer de visage ».

Des ruptures fondamentales pour un nouvel ordre mondial

Devant cet état de fait, le Président directeur général d'Attijariwafa bank a ainsi partagé ce qu'il qualifie de « ruptures fondamentales qui doivent interpeller opérateurs économiques, intervenants sur les marchés ». Selon lui, « quelques soient les filières d'activités, il faut que dans nos réflexions stratégiques en moyen et long terme qu'on puisse intégrer ces éléments de ruptures ».

Comme éléments de rupture, M. Kettani estime qu' « on peut citer que le centre du monde n'est plus aux États unis. Ce n'est plus un monde unipolaire ». Pour lui, « les principes qui disaient que les marchés laisser faire, laisser aller, ils vont s'autoréguler d'eux même. Ça a été démontré que la folie touche les marchés, ça peut aboutir au chao planétaire ». Il pense que l'irrationnelle fera son entrée de plein pied dans les nouveaux paradigmes appartenant à la rationalité « parce que c'est des modèles mathématiques ultra rationnels répondant à la logique conventionnelle humain qui étaient à la base de ce désastre au départ ». Dans la construction de nouveaux paradigmes, le manageur général du Groupe Attijariwafa bank souligne qu'il y'aura aussi le retour en force du « law coast » qui va toucher tous les secteurs d'activité. A cela s'ajoute « un rééquilibrage entre la sphère économique et la sphère financière ».

Sur cette même dynamique, M. Kettani indique' est l'imbrication des États, des banques centrales et des initiât ives privés. « Il y'a beaucoup plus d'implication, de régulation, de supervision. Les États nations reprennent le deçu et on le constate à travers les forum internationaux où l'engagement politique de tous les pays aujourd'hui est extrêmement fort pour neutraliser la crise et surtout ne pas retomber dans les pièges d'une autres crise systémique ».

A cela, il a ajouté le renforcement du pouvoir des actionnaires au détriment des managements qui ont beaucoup contribué au désastre qui a été comptabilisé à l'échelon mondial. Vient s'ajouter la refondation des systèmes comptables qui ont un impact sur nos activités. « Il y'aura une refondation des systèmes comptables à l'échelon planétaire et c'est en cour de construction ».

Entre autres ruptures qui s'installent surtout au niveau des multinationales, président directeur général de ce groupe de banque marocaine signale c'est que la cash qui, selon lui a pris le pas sur le bénéfice. « Aujourd'hui, l'action majeure de tous les opérateurs économiques c'est de disposer de liquidité. Ces derniers temps on raisonne unique au retour sur fonds propres et les gens acceptent des niveaux largement inférieur pour passer mais le plus important c'est d'avoir le trésor de guerre pour faire face et amortir les chocs imprévus ». Il y ajoute la flexibilité de l'emploi, l'indemnisation au maintien de l'emploi, l'envolé des déficits publiques, les mastodontes qui peuvent disparaître comme les dinosaures et même les États peuvent être en faillite. A cela s'ajoute la montée de plus en plus significative de l'économie verte et du télétravail et enfin la mort graduelle du G8 et la naissance d'un G20. « On parle même d'au delà du G20, il risque d'y avoir une restructuration qui fait que le monde va être plusieurs centre de pouvoir. Un monde beaucoup plus rééquilibré ».

L'Afrique dans tout ça

Par rapport à tous ces élément de rupture, M. Mohamed El Kettani pense que « l'Afrique est à la croisée des chemins ». Pour lui, « cette crise nous a démontré une chose, c'est que l'Afrique et les Africains ne peuvent compter que sur eux-mêmes ». « A voir l'intérêt qui est porté par la communauté internationale, aujourd'hui, sur l'Afrique, par rapport à l'abondance de ses ressources naturelles, par rapport à la jeunesse de son capital humain ». Le Président Directeur Général du groupe Attijariwafa bank juge que c'est une opportunité d'investissement et de création de valeur et non pas d'un mouvement de co-déveveloppement pour essayer de faire sortir les marchés économiques africains de leur léthargie ».

Pour lui, dans ce contexte, « on estime qu'il nécessaire de démontrer la vision panafricaine du groupe Attijariwafa Bank ». A l'en croire « c'est dans ce cadre que nous avons pris au sein du groupe Attijariwafa bank, une décision stratégique il y'a quelques années de cela et porter par les actionnaires de notre groupe. Ce qui consiste à dire qu'il faut aller au delà des frontières pour créer de la richesse et de la valeur ». Avant de préciser que « le développement de ce modèle repose sur une philosophie très simple c'est que le Maroc ne sera jamais le centre de ce déploiement et ça c'est une conviction forte qui cristallise notre modèle. Chaque entité bancaire du groupe devient le centre pour ses consà "urs ».

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A cela, M. Kettani fait part du souhait de son groupe à dupliquer un modèle ce modèle qui repose sur l'épargne. Un modèle qui, selon lui, a participé activement à la bancarisation du Maroc en développant une expertise pour financer les classes moyennes, les très petites entreprises, comme pour financer les grands produits d'infrastructure, les multinationales... »Notre philosophie c'est de dupliquer ce modèle mais tout en respectant la spécificité socio-culturelle du pays d'accueil ». Selon lui, « au Maroc, nous sommes à des taux de bancarisation, aujourd'hui, de 32% après un moyen terme on va dépasser les 40% compte tenu des actions sur le réseau bancaire. En Afrique Sub saharienne, les taux de bancarisation se situent entre 4 et 7% d'ou un potentiel de développement important. Ce potentiel de développement important, il faut le concrétiser en tenant compte des spécificités de cette région ».

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