Le Pays (Ouagadougou)

Afrique: Commémoration de la chute du mur de Berlin - L'Afrique continue de conserver ses Murs

Séni Dabo

8 Novembre 2009


Aujourd'hui 9 novembre 2009, cela fait 20 ans que le Mur de Berlin, qui divisait la capitale de la République démocratique d'Allemagne (RDA) en deux, a été démantelé. On se souvient encore, comme si c'était hier, des images de nuées de Berlinois qui ont pris d'assaut ce mur de la honte dont la construction a commencé dans la nuit du 13 août 1961. Chacun d'eux voulait vraiment s'assurer qu'il était possible de traverser paisiblement cette « barrière de protection antifasciste », comme l'ont surnommée les Russes, longue de 155 km, surveillée en permanence par 14 000 gardes et 600 chiens. Ils ont été agréablement surpris de constater qu'ils pouvaient allègrement passer d'Est en Ouest sans se faire arrêter ou tirer dessus comme des lapins.

Le Mur de Berlin, en tombant, a donc brisé des chaînes de servitude. Et, il n'y a pas qu'en Europe de l'Est que ses secousses ont été ressenties. L'Afrique a aussi senti la terre bouger sous ses pieds. Le vent nouveau qui souffle s'est traduit par une ouverture des espaces de liberté. Les partis uniques, en vogue depuis les indépendances, vivaient leurs derniers instants de domination des scènes politiques nationales. Sous les coups de butoir du nouvel ordre, ils ont fait place à de multitudes de partis créés par des citoyens à qui de nouvelles constitutions reconnaissaient ce droit.

Dans la foulée, les monopoles des Etats dans le domaine de la presse ont aussi disparu laissant place à une presse plurielle. Partout sur le continent, on n'avait que le mot démocratie à la bouche et aucun régime ne pouvait résister à cette vague déferlante. Certes, si tout ce remue-ménage a été déclenché par le discours de La Baule de juin 1990, il n'en demeure pas moins que ses causes sont à rechercher plus loin. En effet, la chute du Mur de Berlin y est pour grand-chose. Il ne faut pas perdre de vue que ce fameux discours du président français de l'époque, François Mitterrand, liant l'aide à la démocratie, a lui-même comme fondement les coups de pioches et de bulldozers qui ont terrassé le Mur de Berlin. Ce 20e anniversaire du démantèlement de cet ouvrage donne aussi l'occasion de jeter un coup d'Ã "il sur le processus démocratique en Afrique dont il a contribué au déclenchement.

Le tableau qu'offre le continent sur ce plan est diversifié. Les bons exemples côtoient les moins bons et les mauvais. Grosso modo, trois situations se présentent. Le premier est constitué des pays où on peut dire que le processus marche bien, que son déroulement est acceptable. On citera en bonne place le Ghana, le Bénin, le Mali et, dans une certaine mesure, le Sénégal. Dans ces pays, l'alternance au pouvoir s'est déjà réalisée. Le deuxième est constitué des pays où on ruse avec les règles, où la démocratie n'existe que dans les textes et les discours des dirigeants. Il s'agit de tous ces pays où, par des tours de passe-passe, l'alternance est rendue impossible, les élections sont tout le temps truquées pour permettre aux partis au pouvoir de gagner. Conséquences : les mêmes dirigeants sont là depuis des lustres et rêvent de mourir au pouvoir ou de le transmettre à leurs progénitures. C'est la catégorie dans laquelle se trouvent beaucoup de pays. Pêle-mêle, on citera la Tunisie, l'Algérie, le Togo, le Burkina, le Gabon, etc.

La troisième et dernière situation est celle des pays où le processus démocratique a connu une interruption pour cause de coups d'Etat. C'est avec étonnement et peine que l'on assiste à cette façon de prendre le pouvoir alors que l'on dit qu'avec la démocratie, c'est la fin des coups de force tel qu'on les a connus entre 1960 et 1990. Malheureusement, il arrive que les militaires que l'on a décidé de renvoyer dans les casernes fassent irruption sur la scène politique pour "sauver la Nation" comme ils le disent souvent.

Liens Pertinents

Les pronunciamientos étant désormais mal vus par la communauté internationale, les putschistes se dépêchent de relancer la machine démocratique sans toutefois se mettre en dehors du processus. Les exemples de la Mauritanie et de la Guinée illustrent parfaitement cette situation. Par ailleurs, les tripatouillages avérés ou pressentis des Constitutions sont légion et dans certains pays comme le Niger, la loi fondamentale a été purement et simplement renvoyée dans les cordes avant d'être mise K.O. pour les besoins d'une cause : le renouvellement forcé du bail présidentiel.

Cela s'appelle coup d'Etat constitutionnel avec pour conséquence un grand recul démocratique. En ce 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, le bilan de la démocratie en Afrique est mitigé. Pire encore, le continent noir continue à conserver ses murs. Ces murs qui empêchent, par l'absence de vision des chefs d'Etat, l'intégration sous-régionale et régionale des peuples d'Afrique.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Afrique

Rubriques