L'Express de Madagascar (Antananarivo)

Madagascar: « Je suis un capitaine, pas un entraîneur »

Sylvain Ranjalahy

9 Novembre 2009


interview

Pour la première fois depuis sa nomination, le Premier ministre de la transition s'exprime. Il parle de ses priorités et de sa méthode de gestion.

Maintenant qu'un accord est signé entre les quatre mouvances, vous allez pouvoir entrer en action ?

Ce n'est pas trop tôt. Cela fait plus d'un mois que j'ai été nommé et on a déjà perdu beaucoup de temps .Maintenant il faut accélérer les choses. Je n'ai pas attendu le retour à Antananarivo pour entamer les contacts. Tout à l'heure, j'ai eu un long entretien cordial avec Marc Ravalomanana ainsi qu'avec Didier Ratsiraka. Puis, j'ai raccompagné le Président Rajoelina à l'aéroport et je vais recevoir à l'instant Ablassé Ouedraogo. Pour moi, cet accord marque la fin de toutes les inimitiés entre Malgaches et un nouveau départ dans notre histoire.Je ne pense pas qu'il puisse y avoir d'autres Maputo ou Addis Abeba. Au contraire, je souhaite qu'à l'avenir, il nous appartiendra de réconcilier les autres. Cela a été une honte de devoir aller aussi loin pour s'entendre.

 On ne vous a pas aperçu pendant les débats au centre de conférence de l'Union africaine. Était-ce voulu ?

Certains avaient déjà écrit que Didier Ratsiraka m'en avait empêché. Le fait est que depuis ma nomination, j'ai tenu à refléter le statut d'un premier ministre de consensus que j'entends d'ailleurs garder jusqu'à la fin de ma mission. Je n'avais rien à faire dans les débats car je n'appartiens à aucune mouvance. Ce n'était pas mon boulot. Je n'ai subi de pression de qui que ce soit et je ne compte pas en recevoir. Si je me suis abstenu de faire des déclarations depuis le 6 octobre, c'était pour attendre que les choses se clarifient. Ma seule pression, c'est ma conscience. Certes, c'est la mouvance Ratsiraka qui m'a choisi mais je n'ai jamais été membre de l'Arema et j'estime que je suis là, d'abord pour l'intérêt de la Nation et celui des Malgaches. J'espère pouvoir compter sur le soutien de tous. Je sollicite en particulier les universitaires et les étudiants pour relancer le pays.

 Quand est-ce que vous comptez faire la passation avec l'ancien Premier ministre Monja Roindefo ?

C'est vrai que je ne l'ai pas encore contacté pendant mon bref séjour à Antananarivo mais je ne pense pas qu'il puisse y avoir de problème entre nous. Monja Roindefo est un patriote comme son illustre père qui a beaucoup fait pour notre pays. Il a beaucoup travaillé pendant cette crise. Dès mon retour, je me ferai un devoir de le rencontrer et je crois que la passation n'est qu'une question de temps. Il ne devrait pas y avoir de problème entre nous.

Combien de temps donnez-vous à la mise en place du gouvernement ?

Il ne reste plus que douze mois pour réussir à organiser des élections libres et transparentes, tels sont les objectifs de la transition. Ceci dit, à partir de cet accord et la clé de répartition des sièges au gouvernement définis à Addis Abeba, il ne reste plus qu'à mettre des noms sur chaque département ministériel. J'estime qu'au plus tard, vendredi le gouvernement sera mis en place. Je suis d'autant plus préssé qu'il y a des dossiers comme celui du bois de rose, qu'il faut régler au plus vite.

Aurez-vous une latitude pour composer votre équipe ?

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S'il s'agissait d'une équipe de foot, je serais juste le capitaine mais pas le sélectionneur ni l'entraîneur. Et il y a beaucoup d'entraîneurs car il y a le président de la transition, les deux co-présidents du Conseil présidentiel et les quatre chefs de mouvance. Il appartient aux mouvances de donner des noms et on me demandera peut-être mon avis.

 Vous-êtes un Premier ministre assez particulier, vous pensez pouvoir changer les choses ?

Je suis conscient de la difficulté de ma mission et je dirais qu'il faut être assez fou pour accepter ce poste. Mais il y va de l'intérêt de la Nation. Je l'ai dit et je le répète, il faut aller très vite maintenant. Je pense que toutes les mouvances le comprennent et j'espère pouvoir compter sur la collaboration de tous dans cet esprit. Le plus important est de comprendre et de s'en tenir à ces Accords de Maputo. La population a le droit de savoir et de saisir les détails de ces Accords pour éviter des malentendus.

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