De Notre Envoyé Spécial Modou Mamoune Faye
9 Novembre 2009
La Biennale africaine de la Photographie a été ouverte, samedi dernier à Bamako, par le Premier ministre malien, Modibo Sidibé. Du 7 novembre au 7 décembre, la capitale malienne regroupe quarante photographes et treize vidéastes venus de divers pays africains. Les Sénégalais Amadou Kane Sy et Oumar Ly exposent respectivement une création vidéo et une série de portraits prise dans les années 1960.
Les galeries, musées et espaces d'art de la capitale malienne accueillent des images de photographes africains venus participer à la huitième édition des Rencontres de Bamako. Cette Biennale africaine de la photographie, qui existe depuis 1994, est organisée par Cultures France, en collaboration avec le ministère malien de la Culture. Cette année, le thème des Rencontres est « Frontières », une manière de revisiter ce concept au moment où l'on célèbre la chute du Mur de Berlin, il y a vingt ans, en novembre 1989. « La question des frontières demeure éminemment actuelle et paradoxale dans un monde où, d'une part, on pratique la disparition des frontières, mais où, d'autre part, on érige des murs pour les protéger », écrivent les directrices artistiques des 8èmes Rencontres de Bamako, Michket Krifa et Laura Serani.
La cérémonie d'ouverture, présidée par le Premier ministre malien Modibo Sidibé, a eu lieu samedi dernier dans la vaste cour du Musée national de Bamako dont le directeur, Samuel Sidibé, est le délégué général de cette 8ème édition. Selon lui, dans l'historie de l'humanité, on n'a jamais vu autant de « murs » se dresser pour exclure les Africains et les pauvres de cette mobilité imposée par la mondialisation et le libéralisme économique. « Mais les frontières ne sont pas que territoriales ; elles ne s'érigent pas seulement entre les riches et les pauvres, entre l'Europe et l'Afrique (...).
LES ŒUVRES DE KANE SY ET DE OUMAR LY
Les récents conflits en Afrique centrale et de l'Est, les violences inouïes qu'ils ont engendrées interpellent la conscience de tous », explique Samuel Sidibé dans un texte publié dans le catalogue bien illustré des Rencontres avec ses plus de trois cents pages. Selon le Premier ministre malien, Modibo Sidibé, le thème paraît d'une pertinente actualité. « Non pas seulement parce que nous, Maliens, y sommes certainement davantage sensibles que d'autres, mais parce que presque partout dans le monde, nous assistons à la monté des nationalismes, à l'exacerbation des passions religieuses, culturelles ou ethniques, sources de tant de drames ».
Le ministre de la Culture du Mali, Mohamed El Moctar, estime que la Biennale de Bamako joue un rôle catalyseur dans le domaine de la création et a contribué à donner une visibilité internationale à de nombreux photographes du continent. Selon le directeur de Cultures France, Olivier Poivre d'Arvor, les Rencontres, depuis leur création, ont permis la découverte de nombreux photographes africains et se sont inscrites durablement dans le paysage international des rendez-vous de la photographie. Cette année, l'exposition panafricaine qui est un vaste panorama de la création contemporaine regroupe, dans divers lieux (Musée national, Musée de Bamako, Palais de la Culture, Institut national des Arts, Centre culturel français...), quarante photographes et treize vidéastes parmi lesquels le vieux Oumar Ly et le plasticien Amadou Kane Sy. Cet artiste sénégalais, bien connu pour ses peintures qu'il expose un peu partout dans le monde, présente une oeuvre vidéo intitulée « Lu et approuvé ». Dans sa création, il explique que de la même façon que les codes barres déterminent le prix des produits, « ces images font référence aux barrières institutionnelles, linguistiques, physiques et psychologiques érigées par le système néolibéral pour empêcher les êtres humains d'aller vers les zones d'opulence du monde ».
Le photographe sénégalais de 66 ans, Oumar Ly, expose ses oeuvres dans la section intitulée « Photos mémoire ». Son exposition intitulée « Une natte pour frontière » met en scène des photographies prises dans son Podor natal, au Nord du Sénégal, entre 1963 et 1978. La commissaire de l'exposition, Frédérique Chapuis, explique que la notion de natte permet d'isoler ce qui paraît ingérable dans le cadre : l'extérieur insignifiant et superflu. « Instinctivement, à la manière de certaines représentations de madones de la Renaissance, le photographe rompt la perspective, faisant se tenir le sujet principal devant un fond tendu entre le paysage et l'objectif », analyse-t-elle.
En faisant ses débuts comme photographe de studio à Podor dans les années 1960, Oumar Ly était loin de se douter qu'un jour ses oeuvres traverseraient les frontières et enchanteraient aussi bien le public que les critiques d'art. Ses portraits en noir et blanc des scènes de la vie quotidienne, dans la ville comme en campagne (exposés il y a quelques mois à la galerie Le Manège de Dakar) constituent un véritable mémoire, un pan de l'histoire du Sénégal. Un livre intitulé « Oumar Ly, portraits de brousse » (sous la direction de Frédérique Chapuis et Florence Pacaud) rassemblant des dizaines de ses oeuvres, vient de lui être consacré. Cet artiste, né en 1943, a connu la gloire un peu tard, mais il est bien sur les traces des Maliens Seydou Keïta et Malick Sidibé qui ont écrit les plus belles pages de la photographie africaine.
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