Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Coupables d'arrestation illegale, séquestration et viol - Les éco-gardes écopent 5 ans et recouvrent la liberté

Mamadou Gueye Et Malick Ciss

9 Novembre 2009


Accusés d'avoir arrêté illégalement cinq personnes et violé deux filles, des éco-gardes du Parc national des îles des Madeleines ont été condamnés vendredi dernier à cinq ans de travaux forcés. Leur collègue en fuite a pris dix ans de travaux forcés.

A leur passage, avant-hier, à la barre des Assises, les accusés Gabriel Ngom et Chérif Aboubakrine Diop avaient nié toute implication dans l'arrestation illégale de deux hommes et trois filles en promenade, près du Parc national des îles des Madeleines, le 8 août 2004. Deux filles, Rosalie Sow et Awa Diarra Youm ont déclaré avoir été violées par les deux prévenus susnommés et leur collègue Madiouf Niass (lire « le Soleil » du jeudi dernier). M. Niass a fini par craquer à la barre en reconnaissant avoir fait subir à la seconde fille une fellation.

L'Avocat général, Alioune Ndao, avait requis 20 ans de travaux forcés à l'encontre des cinq accusés dont Bounama Souaré, en fuite et Lamine Ndiaye, blanchi par les victimes. A l'entame de son réquisitoire, l'Avocat général a annoncé la couleur. « Je suis horrifié face à ces comportements odieux de personnes qui évoluent dans le cadre de la loi. Les filles ont subi les assauts sexuels de ces maniaques. Ils ont assouvi leurs instincts bestiaux », tonne-t-il.

Pour asseoir la culpabilité des accusés, l'Avocat général a soutenu que leurs dénégations, surtout celles de Gabriel Ngom, relèvent « d'une mauvaise foi ». L'association de malfaiteurs est manifeste dès lors que les accusés ont établi une entente pour commettre des infractions, estime Alioune Ndao. « L'essentiel, c'est qu'ils puissent aller ensemble pour commettre le forfait », martèle-t-il. Et pour davantage les enfoncer, il affirme qu'ils ne sont pas à leur premier coup d'essai si l'on se fie au témoignage du chef du Parc, Mamadou Lamine Mbaye. Le Parquet a requis 20 ans de travaux forcés.

Erreur de jeunesse

Un réquisitoire sévère, selon les avocats. Ils ont tous insisté sur la nature correctionnelle des infractions. Me Bamba Cissé a souligné que c'est la première fois qu'il voit depuis 2002 des accusés qui comparaissent à la barre sans un passé pénal. « Ce sont tous des délinquants primaires », note-t-il. Il a estimé que trois des accusés à qui on reproche d'avoir violé les filles ont commis des « erreurs de jeunesse ». « Ils ont agi dans la spontanéité, en fonction d'une situation », plaide-t-il pour atténuer leur responsabilité. « Le pardon est une vertu et un don que le bon Dieu met dans le coeur de grands hommes », estime Me Ciré Clédor Ly qui fait remarquer que les accusés poursuivis pour viol ont été habités par un « moment de faiblesse ». « Qui, parmi nous, n'a pas connu un jour un moment de faiblesse ? », s'est-il demandé. « C'est humain », a-t-il ajouté. A son avis, condamner ces jeunes dont la plupart sortaient de l'adolescence au moment de leur arrestation, à vingt ans de travaux forcés parait « sévère et disproportionné ». D'autant que pour l'un des accusés, Lamine Ndiaye dit Tra, les victimes ont soutenu tout au long de la procédure qu'il n'avait pas abusé d'elles. Mieux, il les avait raccompagnées jusqu'à ce qu'elles prennent le taxi. « Condamner ce monsieur à vingt ans de prison n'encourage pas à collaborer avec la justice car en le faisant, on prépare le couteau qui va trancher votre gorge », indique-t-il. Me Ciré Clédor Ly, à l'instar des autres conseils, a invité la cour à retenir la juste qualification pour une bonne administration de la justice.

Les parties civiles, Rosalie Sow et Awa Diarra Youm, âgée de 16 ans au moment des faits, ont demandé respectivement un et deux millions de francs Cfa à titre de dommages et intérêts. Rendant son délibéré hier, la cour a acquitté Lamine Ndiaye de tous les chefs d'accusation. Elle a aussi acquitté le reste du groupe des préventions d'extorsion de fonds et association de malfaiteurs. Madiouf Niass, Gabriel Ngom et Chérif Aboubakrine Diop ont été déclarés coupables d'arrestation illégale et séquestration et viol. Pour la répression, le trio, en prison depuis octobre 2004, a été condamné à cinq ans de travaux forcés et recouvre ainsi la liberté pour avoir purgé la peine au titre de la détention préventive. Quant à Bounama Souaré, objet de mandat d'arrêt, il a été condamné par contumace à dix ans de travaux forcés. La cour a alloué à Rosalie Sow et Awa Diarra Youm un million de francs chacune pour réparer le préjudice subi.

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