Sabri BOUBAKER
9 Novembre 2009
L'impératif du développement économique et social, la volonté de faire accéder le pays à un autre palier de croissance et l'aspiration à faire de la place de Tunis une plateforme financière régionale sont autant de raisons qui remettent la gouvernance d'entreprise au coeur de l'actualité et des débats.
La gouvernance d'entreprise a été reconnue par les différents protagonistes de la scène économique comme la pierre angulaire de toute réforme efficace et d'ampleur visant à promouvoir la stabilité et la croissance des marchés. La crise qui a secoué les pays de l'Asie de l'Est en 1997 a été l'événement déclencheur de cette prise de conscience. En effet, elle a été perçue par toutes les instances comme étant le résultat d'une mauvaise gouvernance et d'un laxisme en matière de protection des droits des petits investisseurs. Les grands scandales financiers qui ont ébranlé le monde des affaires, tels que celui de Enron, Worldcom ou plus récemment Lehman Brothers, Merrill Lynch, l'assureur AIG ou encore les faillites retentissantes de groupes tunisiens ont souligné le dysfonctionnement des pratiques actuelles de gouvernance d'entreprise.
L'intérêt accru pour le sujet et la volonté d'agir ont poussé la Tunisie à se doter d'un arsenal législatif et réglementaire au diapason de ce qui se fait sur le plan international, en promulguant la loi relative au renforcement de la sécurité des relations financières, la loi relative à l'initiative économique et tout récemment la loi n°2009-16 du 16 mars 2009 modifiant et complétant le Code des sociétés commerciales qui a introduit plus de souplesse dans la constitution et dans la gestion des sociétés, ajouté plus de rigueur et de contrôle et consacré le droit des actionnaires à l'accès aux documents sociétaires. Toutes ces avancées ont valu à la Tunisie un gain de 70 places dans le classement de Doing Business 2010 en matière de protection des investisseurs.
Parallèlement, plusieurs commissions et groupes de travail ont également vu le jour pour réfléchir sur les mécanismes à mettre en place afin de promouvoir la bonne gouvernance d'entreprise au-delà des obligations légales. La cellule des jeunes membres de l'Institut arabe des chefs d'entreprise (Iace) par exemple, a monté un projet ayant permis, entre autres, la publication d'un guide de bonnes pratiques de gouvernance des entreprises (juin 2008) et d'un guide du rapport annuel des entreprises tunisiennes (juin 2009). (1)
Tous ces points à mettre à l'actif de la Tunisie ne doivent pas nous faire oublier que la gouvernance d'une entreprise est un processus dynamique dont les clés de succès dépendent non seulement des réformes mises en place, mais aussi du mode et du rythme de leur application sur le terrain.
Le Centre tunisien de gouvernance d'entreprise (Ctge), inauguré en grande pompe le 25 juin dernier - à l'initiative de l'Iace-par le gouverneur de la Banque centrale, tombe à point nommé pour enrichir le paysage économique. Il se veut d'abord un plaidoyer pour une meilleure gouvernance des entreprises tunisiennes, un think thank à leur service en la matière et une force de propositions qui éclaire et nourrit toutes les parties concernées. Il est aussi conçu comme un forum permanent de débats, de rencontres, de réflexions, d'échange d'idées et d'accompagnement pour les hauts responsables d'entreprises.
La mission du Ctge consiste à encourager et à permettre aux chefs d'entreprise aux administrateurs et aux conseils d'administration des entreprises publiques et privées tunisiennes d'apporter une plus grande valeur ajoutée à leurs organisations en adoptant des pratiques plus en harmonie avec les standards nationaux et internationaux les plus élevés en matière de gouvernance d'entreprise. Le Ctge vise à oeuvrer pour une prise de conscience croissante de l'importance de la bonne gouvernance afin de préserver la confiance des investisseurs, d'attirer encore plus les IDE et les investissements de portefeuilles et d'améliorer durablement les performances de l'économie nationale. Il prêtera main-forte aux entreprises cherchant la professionnalisation du fonctionnement de leur conseil d'administration et le renforcement des compétences et de l'expertise des membres qui le composent. Il envisage d'offrir, à cet effet, des enseignements, des formations et un accompagnement pour toutes les parties souhaitant aller de l'avant dans le sens d'une saine gouvernance d'entreprise.
Le Ctge défend une gouvernance en parfaite harmonie avec les exigences d'une économie moderne. Il croit en la concurrence, la liberté d'entreprendre et de créer des richesses tout en maintenant une dimension humaine dans l'entreprise. Il est convaincu que l'avenir de tout pays dépend de la performance et du bon fonctionnement de ses entreprises publiques et privés, de la qualité de leurs partenariats et de la prise en considération des intérêts de tous leurs partenaires. Il croit fermement que intégrité, honnêteté et probité sont des valeurs essentielles pour la viabilité des entreprises et plaide pour que les administrateurs jouent un rôle vital dans la réussite de leurs entreprises. Par ailleurs, le centre compte faire entendre cette voix au niveau national et régional au travers de ses activités et compte défendre dans l'opinion les valeurs de bonne gouvernance des entreprises.
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