Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Les multinationales et leur pouvoir - Etat des lieux au pays

Kinshasa — L'étendue du pouvoir des multinationales a fait l'objet d'une conférence-débat organisée par le Groupe de presse Le Potentiel et l'ONG international 11.11.11. Le thème principal ; «Les multinationales et leur pouvoir : cas de la RDC» a été subdivisé en quatre sous-thèmes.

Le modérateur Willy Kalengayi avait accordé la parole tour à tour au sémillant Simon Tuma Waku, vice-président de la commission nationale des mines et ministre honoraire des Mines et Hydrocarbures, le bouillant Jean-Pierre Muteba du syndicat « Nouvelle dynamique syndicale », l'inévitable professeur Philippe Biyoya, directeur de l'IPRIS et le professeur Banyaku Luape, ancien ministre et scientifique très respecté. La RDC est au centre de grands enjeux. Les multinationales disputent aux Etats la souveraineté économique. A Kinshasa de savoir résister pour ne pas subir la dure loi de ces empires économiques.

Depuis quelque temps, le groupe de presse Le Potentiel s'est investi dans une campagne d'éveil collectif en invitant l'élite congolaise au débat autour de grandes questions de l'heure. Revisitation des contrats miniers, réforme des entreprises publiques, etc. sont des sujets qui ont déjà marqué les échanges initiés dans ce cadre.

L'amphithéâtre de la paroisse Notre dame de Fatima a été prise d'assaut samedi 7 novembre dernier. Le public a répondu massivement à l'invitation du groupe de presse Le Potentiel et de l'Ong internationale 11.11.11. Le sujet valait bien le déplacement : « Les multinationales et leur pouvoir : cas de la RDC ».

Freddy Mulumba, administrateur délégué général du groupe Le Potentiel, est le premier à prendre la parole. Il circonscrit la cadre de la rencontre et précise la vision du groupe de presse Le Potentiel. « Notre objectif est d'amener le peuple congolais à s'approprier son avenir en participant au débat sur les grandes questions d'intérêt national », a-t-il indiqué. « Les multinationales, poursuit-il, font partie aujourd'hui de la vie économique de la RDC. Elles sont là, dans les mines, les télécommunications, etc. Comment faire pour ne pas se laisser écraser ? Quels sont les rapports qui doivent nous unir avec ces grands ensembles économiques ? ».

Après avoir planté le décor, Willy Kalengayi, modérateur pour la circonstance, ouvre le débat en accordant tour à tour la parole aux principaux intervenants.

LE GRAND DEBAT

Simon Tuma Waku était le premier à se lancer dans la bataille dans un style limpide. Il a développé le sous-thème : « Les multinationales dans le secteur des mines». Simon Tuma Waku identifie onze multinationales opérant dans le secteur des mines en RDC. Pour lui, investir dans le secteur des mines n'est pas facile d'autant plus que des moyens colossaux sont nécessaires.

Très souvent, ce sont des juniors qui débarquent en premier pour des prospections et autres recherches. Les majors viennent après certification du résultat du travail abattu par les juniors. Ces majors rachètent ces études et mettent à disposition des fonds nécessaires pour entamer les gros travaux. La philosophie des multinationales est simple, comme pour tout commerçant : réaliser des profits. Simon Tuma Waku regrette que la revisitation des contrats miniers ait érodé quelque peu la crédibilité de la RDC auprès de la communauté planétaire des affaires.

En véritable syndicaliste, Jean-Pierre Muteba, qui lui succède n'a pas dérogé à la règle. Il fustige particulièrement la propension des multinationales à brimer les droits des travailleurs.

Remontant dans l'histoire, Philippe Biyoya lie l'histoire de la RDC aux multinationales. L'ancêtre du Congo actuel, l'Association internationale du Congo A.I.C. n'était rien d'autre qu'une multinationale. Ayant un pouvoir essentiellement financier, les multinationales sont considérées et souvent se considèrent comme «des rivaux des Etats», constate le professeur Biyoya.

Pour situer l'étendue du pouvoir des multinationales à travers le monde, Phiippe Biyoya en recense plus de 60.000 avec 800.000 filiales. Dans leur mode opératoire, les multinationales sont devenues des entreprises globales, à tel point que les contrôler n'est pas une partie de plaisir.

Le professeur Nzanda Bwana Kalemba note que les vrais gestionnaires des multinationales restent toujours invisibles. Ils sont dans un bâtiment, élaborent des stratégies, des politiques de gestion qu'ils font exécuter par des filiales.

Ayant adopté le capitalisme actionnarial, les multinationales ont réussi à désarticuler le bon fonctionnement des trois entités d'une société à savoir les actionnaires, les gestionnaires et les salariés. Toutefois, les performances de gestion peuvent servir d'exemple aux Etats. La RDC mal partie

Voulue comme un espace et non une entité à part entière, la RDC est dotée d'une législation attrayante. Paradis fiscal, paradis juridique, les lois congolaises ne sont plus fortes. Elles condamnent les Congolais à ne pas entreprendre. Des espaces attractifs comme l'Angola, la RSA, ..., se placent comme des émergents grâce à une bonne organisation. Ces Etats ont su tirer le meilleur profit. Ils ont réalisé le développement indépendant.

La RDC est mal partie, dans la mesure où, elle ne se montre pas capable de prendre le bon bout. Le passage des multinationales induit malheureusement des conflits. Une énigme difficile à déchiffrer par les dirigeants. Penser développement sans le concours des multinationales est une utopie. Dans ce monde globalisé, pleinement intégré dans le vent de la mondialisation, les multinationales sont plus que jamais incontournables. Elles rythment désormais la marche de l'économie mondiale. Mais, c'est aux pays dans lesquels elles opèrent de mieux les encadrer pour ne pas se laisser emporter.

La RDC n'échappe pas à cette logique. Le gouvernement doit se fixer des choix économiques et recentrer son action en même temps pour leur réalisation. C'est le destin du pays qui est en jeu. Car, tout en travaillant activement pour la recherche du profit, base de leur expansion à travers le monde - les multinationales peuvent bien aider leur pays d'accueil à s'épanouir économiquement. Pourvu cependant que le pays sache s'imposer une vision. C'est la grande leçon de cette conférence-débat.

Car, malgré leur opacité, les multinationales sont plus qu'indispensables. Elles incarnent aujourd'hui la mondialisation. Impossible de les écraser ou de les ignorer.

Il est évident que le poids des multinationales dans l'économie mondiale n'a cessé de progresser. Mais le contrôle de leurs activités reste embryonnaire. La montée en puissance des multinationales constitue une des caractéristiques majeures de la mondialisation. Elle se mesure en particulier à l'accroissement de ce qu'on appelle l'investissement direct étranger.

Par opposition aux investissements de portefeuille, réalisés à des fins financières et n'impliquant pas d'engagement à long terme, l'investissement direct étranger désigne des investissements effectués a priori pour une longue période par une entreprise d'un pays donné dans un pays étranger, que ce soit sous la forme du rachat d'une entreprise existante ou par une implantation ex nihilo.

En 2000, la valeur de l'ensemble de ces investissements représentait 20% du PIB mondial, contre 6,1% en 1980. Ce triplement traduit une dynamique beaucoup plus forte que celle du commerce international qui, lui, n'est passé que de 41% du PIB mondial en 1980 à 46% ...


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