Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
9 Novembre 2009
Voici venu le second round du dossier guinéen. En principe ce jour, 10 novembre 2009, dans la salle polyvalente du palais présidentiel de Kosyam, les « komboéréssé » (1) du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), la junte au pouvoir en Guinée, sont reçus par le Facilitateur, Blaise Compaoré.
Quels seront les visages de ces envoyés spéciaux de Dadis ? Le Premier ministre, Kabiné Komara, sera-t-il le chef de mission ? Personnage effacé et modéré, qui encaisse en tapinois l'irascibilité feinte ou réelle de son patron, il pourrait être le personnage idéal, car l'homme possède une grande capacité d'écoute, une qualité indispensable dans toute négociation.
Ce rôle de porte-parole du pouvoir guinéen pourrait échoir aussi au numéro 2 de la junte, Sékouba Konaté, alias « le Tigre », ministre de la Défense.
Il avait foulé le sol burkinabè il y a plusieurs semaines de cela afin de préparer un hypothétique déplacement à Ouagadougou de son « alter ego », Dadis, en personne. A moins que ce ne soit Tiegboro Camara, le ministre en charge de la Lutte contre le banditisme et la drogue.
Sans doute le numéro 3 et ministre de la Sécurité, Mamadou « Toto » Camara, et le conseiller du chef de l'Etat, Cherif Idriss, seront-ils de la partie, plus d'autres seconds couteaux. En tout cas, on ose s'attendre à moins de cafouillage qu'avec les forces vives en ce qui concerne les représentants. Au CNDD, « la voix » est censée être unique.
A l'évidence, la méthode du Facilitateur avec le Forum des Forces vives (FFVG) sera quasi identique à celle qui sera appliquée aux représentants du CNDD : échanges, puis remise au médiateur d'un mémorandum qui est le concentré des problèmes qui taraudent les militaires putschistes.
Si les FFVG ont décliné leurs propositions, axées sur l'Autorité de transition, l'éligibilité et le timing électoral, le pouvoir en place à Conakry doit, au-delà, avoir d'autres chats à fouetter.
Outre qu'il y a la sensible question du départ de Dadis, devenu non négociable selon les FFVG depuis les massacres, sujet qui fâche s'il en est, il y a surtout cette épée de Damoclès de la Cour pénale internationale (CPI) qui pend sur les têtes du chef de l'Etat et de certains de ses collaborateurs.
A vrai dire, depuis que l'Union Africaine, la CEDEAO, l'Union Européenne... ont signifié leur réprobation vis-à-vis de ces militaires, qui ont pris un raccourci pour accéder au pouvoir, il faut reconnaître que la pression à l'encontre de la junte est très forte. La funeste journée du 28 septembre 2009 doit être réparée judiciairement, cela s'entend.
Mais, à l'étape actuelle, la communauté internationale serait bien inspirée de ne pas trop agiter l'idée d'un Dadis croupissant dans une pièce de 9m2 dans la prison de Shvenneyen (La Haye) et comparaissant pendant des mois devant des juges pour crimes contre l'humanité ou crimes ethniques.
A vouloir sonner rapidement l'hallali pour le patron du CNDD, cette communauté risque de le pousser à bout. Or, c'est connu, quand un chef a le dos au mur, il se fait soit bête, soit fou. La raison voudrait que, pour le moment, entre le glaive et la balance de la justice, l'on ne saisisse ni l'un ni l'autre. Il y a un temps pour tout.
C'est à ce prix, qui n'est que compromis, que le Facilitateur, passablement pris au dépourvu par certaines positions de la communauté, pourrait identifier clairement les points d'achoppement ou de blocage et tenter de dérouler le fil d'Ariane de la sortie du labyrinthe guinéen.
Note : (1) Komboéréssé, en langue mooré, signifie littéralement les ambassadeurs, les envoyés ou mandataires.
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