Lyes Menacer
10 Novembre 2009
Depuis le déclenchement de la crise politique malgache au début de l'année, l'Union africaine (UA) a déployé tous ses efforts afin de faire revenir la Grande Ile à la légalité constitutionnelle. Ses émissaires avaient rencontré à maintes reprises les différentes parties concernées par la crise afin de les convaincre de s'asseoir autour de la table des négociations, seule solution pour éviter tout recours à la violence dans cette ancienne colonie française. Le 3 mars, le commissaire en charge de la sécurité et de la paix au sein de l'UA, l'Algérien Ramtane Lamamra, s'était rendu à Antananarivo pour remettre l'appel du secrétaire général de l'Union, Jean Ping, adressé au président déchu Marc Ravalomanana. Dans sa livraison du lendemain, le quotidien local Madagascar Tribune a rapporté dans son édition numérique que «l'essentiel du message est que l'UA fait confiance aux différentes composantes de la classe politique malgache et qu'elles sauront dépasser la conjoncture difficile actuelle pour retrouver en juillet prochain un peuple uni et fier d'accueillir le Sommet de l'UA». Le journal, citant Ramtane Lamamra, a précisé qu'«une dynamique de dialogue est en cours et elle doit se poursuivre. Le rôle de l'UA et des Nations unies dans ce dialogue est d'aider, le temps qu'il faudra, les forces politico-sociales malgaches à trouver une solution malgache à des problèmes malgaches». C'est à cette tâche que s'était attelée l'UA pendant des mois même si sa démarche avait été contrariée à maintes reprises par le refus de l'une des parties malgaches impliquées dans la crise de céder sur certains points, notamment le maintien au non du meneur du mouvement de protestation contre le président déchu, le maire d'Antananarivo Andry Rajoelina à la tête d'un gouvernement de transition en attendant la tenue d'une nouvelle élection présidentielle sur l'île. Les discussions sont restées difficiles à mener jusqu'à samedi dernier avant que les quatre mouvances politiques malgaches se décident à s'entendre sur la répartition des 31 postes ministériels au sein du gouvernement de transition auquel revient maintenant la tâche de préparer et d'assurer le bon déroulement de la prochaine présidentielle dont la date a été fixée à fin 2010.
L'UA joue toutes ses cartes et gagne son pari
Moins de deux semaines après le déplacement à Antananarivo de Ramtane Lamara, le chef du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA, Andry Rajoelina prendra le pouvoir, grâce à la complicité d'une majorité de l'état-major de l'armée. Plusieurs jours auparavant, des manifestations avaient ébranlé les rues de la capitale, engendrant des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de sécurité. Des dizaines de morts et de blessés ont été enregistrées lors de ces manifestations qui ont mis suffisamment de pression sur le gouvernement de l'île. Au bout du compte, l'armée a fini par investir les bureaux de la Présidence dans le centre d'Antananarivo, précipitant ainsi le départ de M. Ravalomanana, retranché dans le palais présidentiel en banlieue d'Antananarivo. Le 17 mars, M. Rajoelina fera une entrée triomphale dans les bureaux de la Présidence. Marc Ravalomanana démissionnera et confiera ses pouvoirs à un «directoire militaire». Deux jours plus tard, le nouvel homme fort de l'île convoquera son premier Conseil des ministres après avoir suspendu l'Assemblée nationale et le Sénat. Le président déchu sera contraint à l'exil en Afrique du Sud. L'UA qui s'était investie dans le processus de sortie de crise malgache, aidée par l'Organisation internationale de la francophonie, l'Organisation des Nations unies et la Communauté de développement des pays du sud de l'Afrique et d'autres organismes internationaux, s'est retrouvée ainsi devant le fait accompli. Le CPS a donc décidé de suspendre de ses instances Madagascar «jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel» sur toute l'île. Le CPS avait fait savoir aussi que des «sanctions supplémentaires» allaient être imposées à l'île si la Constitution n'était pas rétablie dans un délai maximum de six mois. Aussitôt la sanction tombée, le secrétaire général de l'UA, Jean Ping, a appelé les pays membres de cette organisation (53 au total), «pour qu'ils s'abstiennent de toute action de nature à conforter l'illégalité à Madagascar». L'action de l'UA ne se limitera pas à l'adoption de sanctions à l'encontre de Madagascar. Un groupe de contact international verra le jour quelques jours plus tard pour mener le processus de médiations et de discussions entre les forces politiques rivales malgaches. Toutefois, parallèlement à cette politique d'apaisement et de dialogue avec l'ensemble des mouvances politiques malgaches, l'UA a maintenu sa décision de suspension, continuant à refuser de reconnaître les activités initiées par les autorités issues du changement «anticonstitutionnel». Isolé par la communauté internationale, Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana et les deux autres ex-chefs d'Etat du pays, Didier Ratsiraka -exilé en France- et Albert Zafy, ont fini par accepter de régler leur contentieux politique autour d'une table des négociations.
Le Groupe de contact international qui a mené les négociations sous l'égide de l'UA a réussi à aboutir à la signature du fameux accord politique de Maputo (Mozambique), le 9 août, au bout de presque une semaine de discussions marathoniennes. Les accords de Maputo fixant les nouvelles règles du jeu politique sur la Grande Ile de l'océan Indien ont été complétés par la signature de nouveaux accords déterminant la place et le rôle de chacune des quatre mouvances dans le futur gouvernement de transition. Mais le processus de négociations a failli tomber à l'eau lors d'une récente réunion à Addis-Abeba (Ethiopie) qui a été marquée par de vives tensions lors des discussions autour de l'attribution des postes de souveraineté au sein du futur gouvernement. L'Union africaine avait même menacé de se retirer des pourparlers si les chefs de file des quatre mouvances politiques persistaient à bloquer les travaux de la réunion. Toutefois, l'UA a accordé deux jours de plus aux politiques malgaches pour qu'ils règlent dans la sérénité ce dernier point. Ce sursis a eu l'écho attendu puisque les responsables politiques malgaches ont pris sérieusement conscience des attentes de leurs compatriotes, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Les quatre factions politiques malgaches sont, en effet, parvenues à un accord de principe sur les noms des dirigeants du gouvernement de transition.
L'actuel homme fort de l'île Andry Rajoelina restera à son poste de président de transition jusqu'à l'élection d'un nouveau président au suffrage universel. Deux co-présidents lui ont été adjoints par la médiation. Les deux coprésidences sont revenues à la mouvance du président déchu Marc Ravalomanana et à celle de l'ancien président Albert Zafy. La mouvance de l'ancien président Didier Ratsiraka a conservé le poste de Premier ministre. Cet accord a permis enfin à Madagascar d'observer un retour à l'ordre constitutionnel même s'il faut attendre jusqu'à la tenue d'une nouvelle présidentielle fin 2010. Pour l'Union africaine, il s'agit d'un pas non négligeable pour son Conseil de la paix et de la sécurité qui consent d'importants efforts, en dépit du peu de moyens humains et financiers dont il dispose, pour ramener la paix et la stabilité sur le continent noir à moyen et long terme.
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