Agence Nouakchott d'Information (Nouakchott)

Mauritanie: L'IGE, Sidi Ould Ahmed Deya répond à Mohamed Ould Maouloud, président de l'UFP

9 Novembre 2009


Suite à l'entretien exclusif accordé par le président de l'UFP, Mohamed Ould Maouloud à Nouakchott Info et dont mention a été faite sur l'ANI, l'inspection générale d'Etat, à laquelle notre interlocuteur avait consacré quelques propos a réagit à travers un droit de réponse, signé M. Sidi Ould Ahmed Deya que nous publions dans son intégralité: Droit de réponse à l'interview parue dans les colonnes du journal Nouakchott Info le 04 Novembre 2009

Mon cher ami Mohamed Oud Maouloud

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'interview exclusive que vous avez accordée à Nouakchott-Info et qui a été reproduite par le site CRIDEM le 04/11/09.

Par respect à ce que nous avons partagé en partie, depuis que nous étions ensemble au CPAS (Comité Provisoire d'Actions Scolaire au Lycée de Nouakchott 1970-1971), que nous avons toujours en partie continué à partager au cours de nos parcours politiques et que nous persisterons certainement à partager, même différemment, et surtout dans sa partie objective et strictement d'intérêt national. Pour tout cela et pour notre amitié personnelle, je m'éviterai de polémiquer avec vous.

D'ailleurs, de tout ce que vous avez dit, je ne commenterai qu'un bout de phrase ; pas par mépris du reste du texte, mais tout simplement parce que je n'ai pas mandat, de part mes fonctions, d'y répondre.

Ce bout de phrase est : « l'IGE qui est un instrument entre les mains du Premier Ministre ».

L'IGE est depuis plus d'un an dirigé par Sidi Ould Ahmed Deya. Par déduction votre propos peut se traduire « Sidi Ould Ahmed Deya est un instrument entre les mains du Premier Ministre ». Non, mon ami Mohamed, je n'ai jamais été et ne serais jamais, d'ailleurs, l'instrument d'un homme, ni même d'un système. En témoigne mon parcours, aussi bien politique qu'administratif.

Au commencement, quant nous nous sommes retrouvés à l'intérieur du MND, vous vous étiez ce que vous étiez « camarade » et moi j'étais ce que j'étais « patriote ». Quant j'étais de retour d'Algérie en 1973, où j'étais en formation d'inspecteur des impôts, j'ai trouvé le mouvement partagé entre intégrationnistes et non intégrationnistes.

La direction du PKM (Parti des Kadihines de Mauritanie, parti né en octobre 1973 et dont je n'étais pas membre, car je n'étais que « patriote » et non « camarade ») a dit-on décidé par sa majorité de l'intégration au PPM. Les « organisations de masses » ont reçu l'ordre de se fondre au PPM, après la dissolution du MND.

J'étais parmi ceux qui ont intégré le PPM, contrairement à vous. Mais mon intégration au PPM n'a en rien altéré mes prises de position par principe.

En politique, quant le régime d'alors a décidé de partager le Sahara avec le Maroc et de déclarer la guerre au Polisario, mon appartenance au PPM, ne m'a pas empêché d'exprimer publiquement, haut et fort, mon opposition de principe contre cette guerre, et ce lors du séminaire organisé à l'INEP et présidé par Mme Mariem Daddah.

Quand, plus tard, la direction du PKM (intégrationniste) a décidé en 1977 de soutenir officiellement la guerre pour des raisons tactiques, avait-elle dit, et que cette décision m'avait été communiquée par Mohamed El Hacen Ould Lebatt en ces termes : « La direction du PKM a décidé de soutenir la guerre du Sahara pour des raisons tactiques. Les reformes engagées par le régime et qui étaient la raison de notre intégration sont toujours en cours. Nous attendons nous organiser autour d'autres revendications, ou que le peuple se rende compte de la véritable portée de ces reformes, et surtout du fait qu'elles ne peuvent pas se réaliser par un Etat en guerre. Et de poursuivre (Ould Lebatt), ces arguments ne m'ont personnellement pas convaincu, mais la majorité de la direction du parti a voté pour, le centralisme démocratique étant, je suis obligé de soutenir. ». Ma réponse était que n'étant ni convaincu par les arguments avancés, ni astreint au centralisme démocratique n'étant pas membre du parti, ma position n'a donc pas changée et qu'à partir de ce moment, je cesse de coordonner avec eux. Pour cet aspect, je m'arrête là, le reste nous l'avons coordonné en partie jusqu'à bien après le coup d'Etat de 1978. Après cela vous étiez parti terminer vos études, et moi j'ai accompagné à ma manière les régimes militaires pendant toute leur période, entrecoupée d'une formation de 2 ans à l'ENA.

Au cours de cette période de 13 ans à peu près (1978-1991), j'ai occupé les fonctions de Gouverneur adjoint chargé des affaires économiques et sociale du district de Nouakchott, Contrôleur d'Etat adjoint, Gouverneur de la région de l'Assaba, Secrétaire général du gouvernement, Ministre des finances, Ministre des finances et du commerce, Contrôleur financier, Secrétaire général de l'OMVS, Directeur général de la Sonader et Directeur général de l'UBD.

Sans rentrer dans le détail du déroulement et du contenu de ces fonctions, je confirme, tout simplement, que je réponds de ma gestion pendant toutes ces périodes. J'ai été deux fois relevé de mes fonctions : en 1990, de directeur général de la Sonader, parce que, selon les dires du ministre de tutelle de l'époque, à moi et en conseil des ministres, j'aurai, au cours d'une réunion des cadres et employés de l'entreprise, dit que : « pour moi, les négros africains et les arabes de Mauritanie étaient égaux et que je n'étais pas policier.» A l'époque, rappelez-vous, ceci était très grave ! La deuxième relève, était en 1991, de l'UBD, quand, tout simplement, je n'ai pas trouvé suffisamment de conviction pour être du camp du PRDS, au début du processus démocratique. Processus qui va être d'ailleurs l'occasion de nos retrouvailles politiques, soutenant la candidature indépendante d'Ahmed Ould Daddah et plus tard militants de l'UFD/EN jusqu'en 1994, date de l'éclatement de ce parti. Après El Hor, le MDI, l'IRD et d'autres sensibilités surtout négro-africaines, je me suis retiré de l'UFD/EN seul et en tant qu'indépendant. Quelques mois plus tard, j'ai été contacté par feu Hamdi Ould Mouknass, par l'intermédiaire de son jeune parent Me. Hamdi Ould Mahjoub, qui sont venus me voir tous les deux à la maison. Après de courtes négociations, j'ai rejoint l'UDP, encore à l'opposition, où j'ai occupé le poste de secrétaire général, poste laissé vacant par M. Killy, qui venait depuis quelques temps, plus tôt, de faire partie de l'un des gouvernements du PRDS.

Un peu plus d'un an plus tard, l'UDP a pris contact avec le pouvoir et a décidé de rejoindre la majorité présidentielle. Cette nouvelle orientation a été prise d'abord par le bureau politique de ce parti et confirmée ensuite lors de son premier congrès. Cette orientation a provoqué une sérieuse scission au sein du parti, qui pendant quelques mois a vécu un tiraillement entre deux groupes en son sein (UDP1 et UDP2). Devenu 1ier vice président du parti à la suite du congrès déjà cité, je vais tout simplement démissionner et quitter le parti en 1998. La raison directe de cette démission était qu'un matin et avant que je ne rejoigne le siège du parti, quelqu'un m'a apporté une déclaration signée « le bureau politique de l'UDP » et déjà diffusée, sans que, vice-président, et présent à Nouakchott, je ne soit informé. Arrivé au siège, je vais apprendre que ledit bureau politique ne s'était même pas réuni pour l'occasion. Je suis allé rejoindre l'aimable et respecté président, feu Hamdi Ould Mouknass, pour lui dire : « par l'acte que vous venez de faire, vous me signifiez que le parti vous appartient. C'est vrai, vous le prenez en charge totalement et ce n'est pas moi qui vais vous le disputer, et ce pour plusieurs raisons, dont la principale est le respect que je vous dois et mon souci de conserver les meilleures relations avec vous. Chaque fois que je passerai à Nouakchott, je vous téléphonerai ou vous rendrai visite.». Ma démission, toujours individuelle et en indépendant a été acceptée, dans les règles de l'art, au cours d'une réunion du bureau politique. Je suis parti donc sans tapage, comme ceux que connaît malheureusement notre scène politique à de pareilles occasions, et j'ai gardé les meilleurs rapports avec le président jusqu'à son regretté décès.

Etant déjà à la majorité et pour des raisons strictement locales, j'ai adhéré au PRDS, non par conviction, mais tout simplement par défaut. Mon adhésion s'était limitée à l'achat de deux cartes lors des deux renouvellements que ce parti a connu depuis que j'y suis.

Quant le changement de 2005 est intervenu, j'ai cru, comme beaucoup d'autres, à une reprise du processus démocratique telle qu'annoncée par le CMJD. J'ai cru en ce que nos officiers allaient nous permettre, nous autres civils, la métamorphose qu'ils se sont décidé pour eux-mêmes. Nous avons au sein du PRDS fait notre autocritique, lors des journées de réflexion organisées en septembre 2005. Nous avons changé de nom (PRDR au lieu de PRDS), nous avons changé de direction et nous avons décidé de soutenir le changement, en passant par pertes et profits tout notre passé, fidèles en cela à la célèbre déclaration du Président du CMJD « Ava allahou an ma seleve » (que dieu pardonne le passé).

Je signale, d'ailleurs, que nous n'étions pas les seuls à croire au changement. L'opposition à l'époque était plus en flèche que nous. Elle a beaucoup contribué à légitimer les nouvelles autorités auprès de la communauté internationale, « tutrice » de la démocratie, et dont le soutien, sinon le silence, étaient capital.

Devant le refus de lui reconnaître un rôle aussi bien par l'opposition, que par le CMJD, le PRDR a été très facilement défait. J'ai été le directeur de campagne d'une liste indépendante de députés à Aîoun. Nous avons gagné lors du 2ième tour. Cependant, aux présidentielles de 2007, j'ai soutenu le candidat Zein Ould Zeidane. Et quant celui-ci, devenu Premier Ministre de SIDIOCA, nous a lâché, et après qu'il ait été par la suite, lui-même lâché par ce dernier, et devant des tentatives claires de recompositions de la scène politique, visant le retour de tout ce qui symbolisait un passé révolu, j'ai avec un groupe de cadres patriotes contribué à la renaissance du courant né avec Zein et qui avait pour slogan : « la force du changement ». Après nous être démarqué de ADIL et son gouvernement, nous avons, en indépendants, accompagné la crise, née bien après, entre la majorité parlementaire et les officiers auteurs du changement de 2005, d'une part, et SIDIOCA, son gouvernement, son ADIL et ses nouveaux alliés (hier opposants), d'autre part, dans le cadre d'un nouveau courant dénommé « Les nouvelles forces de changement ». Sans en être les auteurs, ni de près, ni de loin, et pour cause, nous n'étions ni parlementaires, ni militaires ; nous avons pour autant soutenu le mouvement de rectification du 6 août 2008, auquel nous avons fondé et continuons à fonder beaucoup d'espoirs.

En dépit de ce parcours essentiellement politique, je n'occupe aujourd'hui qu'une fonction administrative, Inspecteur Général d'Etat. Une fonction que me confère mon grade d'administrateur des régies financières et mon expérience, certes mouvementée et pour cause, mais variée et concluante en ce domaine précis de gestion et de contrôle.

J'étais persuadé que me connaissant vous alliez dire que « j'étais l'homme qu'il faut à la place qu'il faut », car au plan administratif, ma carrière n'est pas moins indépendante, ni moins objective que ma carrière politique.

Je suis l'unique fonctionnaire, qui depuis l'existence de l'Etat Mauritanien, ait reçu publiquement et officiellement les félicitations écrites d'un président de la république pour avoir, en cours d'exercice, décelé et dénoncé de graves malversations, qui avaient coûté à l'Etat, d'après le rapport du contrôleur d'Etat de l'époque, feu Mohamed Lemine Ould Hamoni, la coquette somme de 140 millions d'ouguiyas. Il est vrai qu'à l'époque, ma tribu n'était autre que le MND, auprès duquel j'avais trouvé un soutien précieux, moi jeune cadre du « CHARGH » et de surcroit « KADEH ». Entre autres soutiens inoubliables, le poème que m'a dédié à cette occasion le « poète du peuple », Ahmedou Ould Abdel Ghader, était des plus éloquents témoignages.

Je signale en passant, qu'à l'occasion de mes départs de la plupart des fonctions occupées plus haut, j'ai chaque fois laissé sur mon bureau des dossiers compromettants, refusant de les traiter dans le sens des pratiques ambiantes. Convenez avec moi qu'« Un fonctionnaire instrument » n'aurait pas osé de telles choses.

Aujourd'hui donc et après près de 20 ans de traversée de désert, je pilote une équipe d'Inspecteurs Généraux d'Etat, sous la direction du Président de la République et du Premier Ministre. Nous faisons notre travail de contrôle administratif en toute indépendance et en toute objectivité, conformément aux règles de droit régissant notre institution. De cette équipe, on a tout entendu, sauf qu'un de ces éléments a été corrompu, et ce malgré leurs conditions difficiles d'existence et les pressions de tous genres.

Je m'excuse, si j'ai été long ou d'avoir donné l'air parfois de sortir du sujet. Mes propos n'ont qu'un seul but, c'est celui de rassurer mon ami Mohamed, que « la voie qui fût la notre, je la tiendrai jusqu'au bout ». D'autres avant lui m'ont attaqué. J'ai encaissé. Mais pour moi, Mohamed symbolise beaucoup de bonnes choses, surtout des rêves passés en commun et ce malgré nos différences.

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Je comprends que, candidat à la magistrature suprême, on soit obligé de s'ouvrir et de s'adonner aux compromis nécessaires à l'élargissement de sa base électorale ; mais de là à s'attaquer aux compagnons des premières heures, de les qualifier d'instruments, il y'a des pas qu'il n'était pas utile de franchir. On peut aussi compatir avec des proches ou des amis en difficultés, ce qui nous arrive à tous, mais de là à paraître soutenir l'insoutenable, je veux dire la corruption et les détournements des deniers publics, cela n'est acceptable de personne, surtout pas de Mohamed Ould Maouloud.

Enfin, je précise que ce que j'ai écrit ici n'est que la réponse de Sidi Ould Ahmed Deya à son ami de toujours, Mohamed Ould Maouloud ; la réponse de l'IGE au président de l'UFP viendra le jour où ceux auxquels il a adressé l'ensemble de son propos se seront décidés à lui répondre.

Cordialement,

Sidi Ould Ahmed Deya

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