Michel Ferdinand
9 Novembre 2009
Le troisième évêque du diocèse de Bafoussam a souvent été incompris d'une communauté qui lui en redemande toujours un peu plus.
La cathèdre de Monseigneur Joseph Atanga, actuel évêque du diocèse de Bafoussam, est un peu plus imposante. Elle domine les autres sièges placés à la tribune d'honneur, élevée quelques jours plus tôt dans la grande esplanade de la cathédrale de Bafoussam, pour accueillir les cérémonies marquant la célébration du dixième anniversaire de l'ordination épiscopale de Mgr Atanga, organisées le 19 septembre dernier. Pour l'occasion, le peuple de Dieu s'y est donné rendez-vous pour traduire son engagement derrière son berger. Le son des chorales qui monte est à transpercer le ciel. L'esplanade de la cathédrale de Bafoussam est pleine comme un oeuf.
Ce fut donc un instant pour l'heureux élu, arrivé à l'évêché de Bafoussam en 1999, à la faveur d'un décret du Saint-Père, de prier plus que jamais. La tâche restera toujours immense pour un peuple qui s'agrandit au fil des jours. Les invités sont nombreux et viennent des toutes les couches sociales, les riches comme les pauvres, les croyants comme les laïcs. Le Nonce apostolique au Cameroun et en Guinée Equatoriale, Mgr Eliseo Antonio Ariotti, fait partie des célébrants d'une messe dite pontificale.
Le cardinal Christian Tumi ne manque pas d'arracher quelques youyous. Une quinzaine d'évêques assistent leur homologue de Bafoussam, aux côtés d'environ quatre-cent prêtres. «Lorsqu'un serviteur de l'évangile jette un regard sur ces 10 années écoulées, il se sent inviter à se confier spécialement à la miséricorde de Dieu, parce que Dieu est grand et miséricordieux. Mais aussi et surtout, à rendre grâce à l'auteur de tout amour, de toute charité, de tout bien», prêche Mgr Ariotti.
Ouailles
Le long tapis rouge étalé sur le sol a servi de passage aux invités venus de plusieurs horizons. Quelques hommes d'affaires ont répondu à l'appel. La chaleur humaine fait oublier les souffrances. «Nous sommes ici [à Bafoussam, Ndlr] aujourd'hui pour t'exprimer notre esprit de communion fraternelle. Notre seigneur Jésus Christ, qui nous a choisis et qui nous a confiés le service de la parole, nous a tous unis dans ce même ministère. C'est pourquoi l'oeuvre d'évangélisation que vous avez accomplie en dix ans est notre oeuvre à tous. C'est à ce titre que nous partageons ta joie, ainsi que celle de tous les fidèles de votre église particulière, qui est à Bafoussam. Et nous ne sommes pas non plus étrangers aux difficultés qu'un pasteur peut rencontrer au cours de l'exercice de son ministère. Nous pensons ici aux souffrances du grand missionnaire que fut Saint Paul dont nous nous inspirons», apprécie Mgr Samuel Kleda, vice-président de la Conférence épiscopale du Cameroun et archevêque coadjuteur à Douala.
Un concert de louanges inonde les lieux, et donne l'impression de faire bouger la cathédrale où repose Mgr Denis Ngandé, premier évêque de Bafoussam, entre 1970-1978. On se félicite d'avoir eu un berger discret et rigoureux. On se plaît à reconnaître que le successeur de Mgr André Wouking (1979-1999) n'est pas seulement un évêque. Il est également un père pour ses ouailles. «Au terme de dix ans de l'annonce de la parole de Dieu, vous avez choisi de marquer par une célébration particulière, ce qui a été fait. Ce temps d'arrêt est certes pour vous un temps de réflexion, d'analyse et même de partage pour considérer votre oeuvre d'évangélisation d'une manière nouvelle, plus profonde. Ce qui vous permettra de voir comment annoncer l'évangile, afin qu'il s'enracine dans le coeur de ce peuple», poursuit Mgr Samuel Kleda. C'est un grand jour, le jour où l'église prend un nouvel élan.
En compagnie de Mgr Ariotti et du cardinal Tumi, Mgr Atanga souffle sur les dix bougies d'une vie épiscopale diversement appréciée : «Ce jour est grand et beau, il est pour moi et tout le diocèse de Bafoussam un jour d'action de grâce, un jour d'exultation, comme la vierge Marie l'a vu de tout ce que le seigneur a accompli pour son peuple. Dix ans après avoir été appelé à servir à Bafoussam comme évêque, je me présente devant le seigneur et son peuple pour dire mon admiration face à ce que le Dieu saint a réalisé pour le diocèse de Bafoussam et pour son église. Certes, ces années n'ont pas été faciles. Au-delà de l'initiation que je devais avoir de mon nouveau diocèse, il y avait de nombreuses contingences qu'il fallait apprivoiser et assumer», précise le successeur de André Wouking.
Depuis dix ans, Mgr Joseph Atanga, par ailleurs président de la commission épiscopale pour l'apostolat des laïcs au sein de la Conférence épiscopale nationale, tient les reines de l'église catholique romaine à Bafoussam. A 57 ans. Il en avait un peu moins en 1999, lors de son ordination épiscopale. La célébration mérite des cadeaux. Le presbyterium de Bafoussam donne une autre couleur au cérémonial, en offrant une nouvelle crosse à Mgr Atanga.
Bilan
Des pas de danse traditionnelle s'exécutent avec entrain. A la tête d'une longue file de danseurs, Mgr Atanga tient deux queues de cheval entre les mains. Il fait le tour de la même esplanade, avant de traduire sa gratitude à quelques chefs traditionnels en provenance de chefferies supérieures de Bandjoun, Bamendjou, Baleveng, Baleng, Bamougoum, Bameka et sultanat bamoun etc. On n'est pas loin de l'inculturation. Quelques coeurs peuvent se repentir.
Les images qui défilent font penser à celle d'il y a 10 ans, quand Mgr Atanga foulait le sol de Bafoussam. Le temps a passé. Dix années au cours desquelles l'église a été secouée par une récession. Plusieurs écoles primaires catholiques ont fermé à Bamendou, Bameka et ailleurs dans la région de l'Ouest. Des voix se sont même élevées pour décrier la gestion et l'approche de Mgr Atanga, à l'instar d'une lettre ouverte commise par des élites de l'Ouest basées à Douala, le 29 décembre 2008. A ce sujet, l'église n'a pas gardé le mutisme : «Certains ont voulu créer un problème avec les élites en publiant une lettre en leur nom, mais à l'évidence cette lettre n'a pas été écrite par un groupe organisé. Juste quelques personnes, deux ou trois irresponsables, qui se sont enfermées pour pondre un tissu de faussetés», répond Mgr Atanga dans "Lumen Vitae", une plaquette parue pour ladite célébration.
L'église a également souffert des litiges fonciers. En fait, le mercredi 10 juin 2009, le diocèse de Bafoussam a fait borner, pense-t-on au forceps, un terrain à Doumelong dans l'arrondissement de Bamougoum. D'après des statistiques, 350 familles ont été délogées des abords du sanctuaire marial.
«350 familles ça fait pas moins de 1000 personnes. Vous convenez avec moi, poursuit Mgr Atanga dans Lumen Vitae, que si tel était le cas, ce serait quasiment un problème d'Etat. Certains pensent que la loi leur appartient à eux seuls, et que l'église, du fait qu'elle est d'utilité publique, et proclame la bonne parole, ne peut avoir recours à la justice pour rentrer dans son droit». Mgr Joseph Atanga est prolixe sur la question : «Des gens ont manipulé les journaux pour faire sensation et attiser la haine contre l'église à Bamougoum, la vérité est loin de tout ce qu'ils ont raconté. Le terrain dont il est question est le domaine de la mission offert par le chef supérieur Bamougoum il y a quelques décennies. La première preuve que ce terrain ne pouvait pas appartenir à ceux qui le réclament aujourd'hui, c'est que l'endroit en question était un lieu maudit du village, où l'on jetait les personnes exécutées et celles déclarées mortes de mauvaise mort. Quel villageois aurait pu s'installer dans un tel endroit ? C'est l'Eglise qui l'a viabilisé, qui y a bâti l'église, la case presbytère, la maison du catéchiste et l'école Doumelong est devenu un cadre viable, de nombreux pèlerins s'y rendent quotidiennement, ce qui aiguise quelques appétits», poursuit-il.
Dans cette sorte de guéguerre, l'on oublie qu'entretemps, 65 prêtres ont été ordonnés par Mgr Atanga, sur les 106 que compte le diocèse, 80 paroisses existent dont 30 nouvellement créées. En dix ans, Mgr Atanga, de la congrégation des jésuites, a fait construire une vingtaine d'églises, dix presbytères, le nouvel évêché. Il a fait ériger deux hôpitaux, de nombreux centres de santé etc. C'est l'heure du bilan.
Les projets sont à la dimension des ambitions. Le diocèse de Bafoussam projette la construction d'une nouvelle cathédrale d'une capacité de 9.500 places dont 3.500 assises. Sa superficie couvrira 6.080 m2. Tous les plans sont disponibles et c'est les fonds qui manquent le plus. Chacun prie pour que le grand projet amorcé par Mgr André Wouking sorte un jour de terre, pour accompagner d'autres chantiers comme le centre catéchétique, l'hospice pour les prêtres âgés ou malades. Afin que Bafoussam devienne un diocèse du futur.
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