Fasozine (Ouagadougou)

Afrique: Des milliards de dollars pour nourrir la Chinafrique

Serge Mathias Tomondji

9 Novembre 2009


Il y a des milliards de dollars dans l'air, pardon dans le ciel africain, et ils ne proviennent pas du pays du billet vert, mais de la galaxie des yens. Et les esprits malins se demandent déjà si le péril jaune s'est abattu sur le continent noir avec cette pluie de billets verts...

Au-delà de ce jeu de mots tout en couleurs qui fait peut faire sourire ici et là, on n'hésite pas à observer le match qui se joue entre la «Françafrique» de papa - d'aucuns diront «France à fric» - et la Chinafrique. Depuis plusieurs années déjà, la Chine a notablement accru ses engagements sur le continent noir, à qui elle fait ouvertement les yeux de Chimène. Une «love story» qui fait pâlir d'envie et de jalousie, au point qu'on y cherche que la face cachée d'intérêts inavouables et de recolonisation annoncée.

En décidant d'octroyer, dès l'ouverture du Forum Chine-Afrique, hier, dimanche 8 novembre 2009, à Charm-El-Cheikh, dix milliards de dollars de prêts bonifiés aux pays africains, la République populaire de Chine s'inscrit dans la diplomatie du concret. Et se défend, en réponse à ses détracteurs, de tout néocolonialisme. C'est «un geste sincère, non motivé par les besoins énergétiques de la Chine», a ainsi tenu à préciser le quotidien pékinois, vitrine officielle du régime à l'étranger, à l'annonce de la (bonne) nouvelle par le Premier ministre chinois, Wen Jibao. Et il faut croire que pour ses vis-à-vis, il s'agit d'une excellente nouvelle, le «partenaire» pékinois doublant ainsi, sur trois ans, le montant de ses prêts à taux préférentiels.

D'ailleurs, et même si le pays de Mao se montre de plus en plus agressif sur les marchés africains, investissant les sphères d'influence des anciens colonisateurs, les ministres africains présents à Charm-El-Cheikh n'ont pas du tout boudé leur plaisir d'accueillir cette manne chinoise. Avide de développement, l'Afrique, pensent-ils, a terriblement besoin de ce coup de pouce. «Les Chinois arrivent et disent: vous voulez une voie de chemin de fer? Nous avons l'argent et la technologie pour ça. Qui refuserait?», a notamment interrogé le ministre kényan des Affaires étrangères, Moses Wetangula. Un questionnement qui ne dit certainement long sur l'avenir des relations sino-africaines, que le Premier ministre chinois compte bien axer sur «la réduction de la pauvreté, l'aide à l'agriculture et aux infrastructures»...

On peut discourir à volonté sur les intentions cachées de ce beau geste, le fait est que «l'Afrique a terriblement besoin de tout cela», et doit s'obliger à diversifier ses champs de coopération pour combler, tant bien que mal, son gap de développement. Et si chaque Etat arrive tire son profit de cet... échange «gagnant-gagnant», il y aura toujours des salves d'honneur à l'applaudimètre de la Chinafrique. Après, les autres, tous les autres n'auront plus qu'à se mordre les doigts si, une fois éveillée, la Chine leur souffle même leurs jalouses prérogatives sur la paix et la sécurité en Afrique. Logique, Pékin a déjà annoncé les couleurs sur ce terrain stratégique. Décidément, au jeu des couleurs, les mots resteront diplomatiques...

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