C. MALINGUMU SYOSYO ASS
10 Novembre 2009
Kinshasa — La panique sur le marché des changes relève la pertinence des mesures mises en oeuvre au niveau de la Banque centrale du Congo. Sur ce point précis, les avis sont partagés. Du côté de l'autorité monétaire, tout le mal provient de la crise financière internationale et des anticipations spéculatives. Avis contraire dans l'autre camp qui pointe du doigt le manque de coordination entre les politiques monétaires et budgétaires.
Ouverte sur une base sombre, les dix premiers jours 2009, sont été caractérisés par une panique et une forte surchauffe sur le marché des changes congolais en général et, plus particulièrement sur le marché des changes kinois. En effet, la monnaie nationale congolaise qui s'est clôturée à 639,3 Fc le dollar au 31 décembre 2008 et passe à 703,6 Fc au 09 janvier 2009 à l'indicatif, soit une dépréciation de -9,14% alors que sur le marché des changes libres le cours atteint jusqu'à 850 voir 900 francs le dollar, soit une perte de la valeur externe de la devise congolaise de -28,97 % au cours de la même période. Cadre d'analyse théorique du déséquilibre de l'économie congolaise
Pour examiner l'origine du déséquilibre au sein de l'économie congolaise, il convient de distinguer les chocs d'origine interne (cas A) de ceux qui proviennent de l'extérieur. En effet, partant de l'équation macroéconomique suivante Y = C+I+X-M , avec Y, le revenu national, C, la consommation publique et privée, nous pouvons dégager la condition d'équilibre tant sur le plan interne qu'externe à partir de la relation suivante : X - M = S - I Où X désigne les exportations, M les importations des biens et services, y compris les services des facteurs de production (salaires, rapatriés, intérêts et profits versés à l'extérieur ou perçus de l'extérieur) ; S l'épargne tant publique (Sg) que privée (Sp) ; I l'investissement public (Ig) et privé (Ip).
Dans une économie pratiquant le régime des changes flottants et où l'essentiel des biens et services est importé, la détérioration de la position extérieure impliquera la dépréciation monétaire et, par effet d'osmose, la hausse du niveau général des prix. En référence à l'effet Olivera Tanzi, le temps s'écoulant entre la constatation et la perception des impôts et taxes fera que les recettes publiques (R) sur ressources propres aient une valeur moindre au regard des effets de l'inflation. Par contre, les dépenses (D), principalement ordinaires, sont ajustées à la hausse sur la base du coefficient d'inflation. Il s'ensuit une désépargne publique (D>R) impliquant que l'épargne sera inférieure à l'investissement (SDans une situation de désépargne publique (cas B), les dépenses de consommation étant supérieures aux recettes sur ressources propres, le solde budgétaire intérieur va se dégrader. Il s'en suit que l'investissement sera supérieur à l'épargne, l'Etat étant l'agent économique de premier ordre dans les pays en voie de développement. Dans une économie dépourvue de marchés financiers comme la nôtre, la dégradation du solde intérieur impliquera le recours au financement monétaire.
D'où l'expansion de la masse monétaire, dépréciation du taux de change et hausse du niveau général des prix. Compte tenu des rigidités attachées à la réalisation de la production exportable (voies de communication défectueuses, goulots d'étranglement divers ), la dépréciation monétaire ne se traduira pas par une hausse de la compétitivité des exportations. Par contre, le coût des importations, du fait de la dépréciation du taux de change, va augmenter. Il en résultera une dégradation de la position extérieure.
Dans ce cas, le déséquilibre externe découlera du choc externe d'origine interne. Le choc développé dans (A) est celui ayant caractérisé l'économie congolaise au premier trimestre 2009. Il s'est agi d'un choc exogène d'origine externe et de nature transitoire procédant de la détérioration des termes de l'échange à la suite de la baisse brusque et brutale des prix des matières premières (cuivre, pétrole, cobalt ). Le choc développé dans (B) est celui qui caractérise l'économie congolaise depuis juin 2009. Il s'agit d'un choc résultant de la détérioration du solde budgétaire intérieur du secteur public, lequel en suivant le même principe des vases communicants décrit dans (A) a débouché sur un déséquilibre externe. Ce cadre étant clairement défini, essayons d'expliquer la surchauffe sur les marchés des biens et services et sur celui de change.
LA CONJONCTURE CONGOLAISE
Ainsi, au premier trimestre, l'économie congolaise a été en proie à une forte inflation et à une rapide dépréciation de la monnaie locale dans un contexte de recul de l'activité de production. Cette conjoncture défavorable tient aux à-coups de la crise financière internationale et aux chocs internes tant budgétaires que monétaires. Le premier trimestre 2009 s'est traduit par la hausse généralisée des prix intérieurs à concurrence de 22,4 % et l'incertitude croissante à l'effet de plomber la relance des activités. Ainsi, l'indice de l'activité économique a reculé de 4,6 %, confirmant la poursuite de la récession débutée depuis le deuxième semestre 2008.
Le second trimestre, par contre, va connaitre une nette amélioration de la conjoncture par de signes de reprise de la demande internationale et des cessions régulières des devises par la Banque centrale sur les marchés de change. L'inflation n'a été que de 3,2 %. Par ailleurs, la monnaie nationale s'est dépréciée de 15,50 % par rapport au dollar américain. ORIGINE DE LA PANIQUE
Le second semestre s'est ouvert sur de nouvelles tensions sur le marché tant des changes que des biens et services, consécutives à l'aggravation du déficit public, base solde intérieur net, depuis fin juin. Ce déficit a été entièrement monétisé par la Banque centrale, impliquant l'expansion de la liquidité et de nouvelles pressions sur le taux de change et les prix intérieurs.
Entre fin juin et 09 novembre, le niveau général des prix a augmenté de 9,2 % et la monnaie congolaise s'est dépréciée de 17,81 % par rapport au dollar américain. Mais quelles sont les causes majeures de la panique sur le marché de change actuellement ?
La première source de la dérive du franc congolais et des pressions sur les prix intérieurs provient des injections des liquidités dans l'économie congolaise. Ces injections ont pour source le déficit cumulé du secteur public avec respectivement 31,88 milliards de francs pour les finances publiques et 42,97 milliards de la banque centrale, soit un déficit du secteur public de 74,85 milliards de francs congolais aux quinze premiers jours du mois de septembre 2009.
Cet important déficit a été vite couvert par la planche à billets. Et comme plusieurs études économétriques l'indiquent, le financement monétaire sans contre partie prend six à huit semaines pour ressortir ses effets, ainsi la surchauffe actuelle sur les marchés des biens et services et sur celui de change tire ses origine du déficit cumulé du secteur public à mi-septembre 2009. A ces injections, il convient d'y ajouter celles en provenance notamment de l'encours de refinancement du 24 juillet 2009 et de l'excédent de la liquidité via la politique budgétaire évalués respectivement à 49 et 36,60 milliards de francs congolais à fin août 2009.
Bien que 123,5 milliards de ces fonds ont été ponctionnés à travers l'ajustement des prix intérieurs, la diminution des avoirs extérieurs nets et l'ajustement délibéré à travers la politique monétaire, la politique budgétaire et de change. Néanmoins, toute chose étant égale par ailleurs, plus 36,95 milliards de francs congolais restent en circulation dans l'économie et malheureusement en dehors circuit bancaire.
La seconde source de la dérive actuelle du franc congolais serait aux effets décalés et conjugués des chocs liés à la position débitrice de la Balance des biens, des services et des revenus ainsi que le tarissement des investissements directs étrangers et le rétrécissement des moyens d'intervention de la Banque centrale sur le marché au cours du premiers trimestre 2009.
Alors qu'au second trimestre, l'on a noté entre avril à juin une appréciation de 8,9 % de la monnaie nationale par rapport au dollar américain. Cette appréciation inhabituelle résultait des cessions par la BCC de devises sur le marché des changes pour un montant cumulé de 48 millions Usd.
En dépit de cette appréciation inhabituelle, dès de troisième trimestre 2009, la situation s'est détériorée. Entre juillet au 15 septembre, la devise congolaise a connu une forte dépréciation de 9,5 % de la monnaie nationale. Celle-ci fait suite, comme nous l'avons indiqué précédemment, à la dégradation de la situation du Trésor, en dépit des cessions des devises par voie d'adjudication pour 39,0 millions Usd.
Une dernière source de l'instabilité serait, toutes choses étant égales par ailleurs, la détérioration des comptes courants et du capital de la Balance des Paiements qui a sensiblement été affectée les réserves brutes de change de la Banque centrale du Congo et des banques agréées au premier trimestre. Pour la Banque centrale du Congo, ses réserves ont baissé de 62,3 % au 25 mars 2009. Le décaissement de la Facilité de protection contre les chocs exogènes (FPCE) intervenu le 30 mars 2009 a relevé le niveau des réserves de la BCC à 264,6 millions Usd au 31 mars. A fin juin, les réserves ont atteint 315,0 millions.
. UNIKIN ET ENAP-KIN
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