Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: La junte au rapport

Abdou Zoure

9 Novembre 2009


Les éliminatoires de la facilitation de Blaise Compaoré en Guinée ont commencé le mardi 3 novembre 2009, date à laquelle les Forces vives guinéennes ont joué la première manche, avec quelque cafouillage.

Ce mardi 10 novembre, c'est en principe au tour des membres du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) du capitaine Moussa Dadis Camara de jouer la seconde manche. Il est certain qu'ils ne viendront pas comme des oiseaux échappés soudainement d'une cage et ne se verront pas renvoyés par le facilitateur pour aller remettre de l'ordre dans leur plumage ébouriffé. Sans non plus de grincements de dents qui sentent la graine de division. En la forme donc, les membres de la junte seront plus organisés.

Mais autant la forme tranchera avec les Forces vives, autant le fond risque aussi d'être à contre-poil avec les propositions de l'opposition. En effet, les points sur lesquels les protagonistes risquent d'entrer en collision, c'est bien la réduction du CNDD à néant. Par contre, la restitution des corps disparus lors de l'hécatombe du 28 septembre 2009, la traduction en justice des coupables de ce massacre, la libération des détenus, la sécurité des membres de l'opposition peuvent amener la junte et les Forces vives à converser autour de la même table. En tous les cas, on attendra de voir ce que les membres de la junte auront à proposer au président du Faso, qui a du pain rassis sur la planche. Cette phase éliminatoire n'est qu'une étape d'échauffement unilatéral.

Après la rencontre de ce mardi, les confrontations des phases finales seront précises. Il est à espérer qu'il n'y ait pas de prolongations trop... longues au point d'en oublier les tirs au but comme en Côte d'Ivoire ! Mais rien que cet exemple prouve que la veille de l'organisation d'élection présidentielle "libre et transparente" en Guinée-Conakry n'est pas pour demain. Le processus malgache et celui ivoirien risquent d'être des cousins pas très éloignés de ce qui se dessine à Conakry. Car les disputes et les querelles pour la place du conducteur et des passagers de l'autorité consensuelle de transition risquent de gripper le moteur de la transition qui n'aura pas mal de difficultés pour atteindre la gare des élections.

Mais la machine de la facilitation du président du Faso réserve peut-être des surprises et ce qu'on prenait pour un casse-tête pourrait n'être seulement que de grosses pastèques. Néanmoins, pour l'instant, les positions des deux protagonistes se font face comme deux bornes d'aimant opposées et il faudrait une force magnétique d'une grande ténacité pour les unir et en faire un même corps. A moins que les deux bornes opposées ne décident de mettre de l'eau dans leur répulsion réciproque et de tourner sincèrement, sans égoïsme, leurs regards vers le bonheur du peuple guinéen.

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