Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Assises 2009 - Pour un coup de pilon mortel à son mari - Adji Kâ condamnée à 10 ans de travaux forcés

Abdourahmane Sarr Gonzales

10 Novembre 2009


Inculpée d'avoir administré à Mbacké un coup de pilon à son conjoint, Mamadou Bâ, qui décédera quelques minutes plus tard, Adji Kâ a été condamnée hier à dix ans de travaux forcés. Le certificat de genre de mort établi par le médecin fait état d'une plaie profonde de 2mm causée par un objet contondant. Il a également noté un traumatisme fermé du crâne avec éclatement des os du côté droit suite à une série de coups. Selon le toubib, ce traumatisme est la cause réelle du décès de Mamadou Bâ. Le parquet avait requis une condamnation à perpétuité à l'encontre d'Adji Kâ.

Adji Kâ semblait hier avoir perdu la raison. Elle marchait difficilement, certainement en raison de la détention préventive de trois ans passés à la citadelle du silence de Thiès. Tout en martelant de façon incohérente ses propos, Adji avait un regard hébété. C'est à peine qu'elle arrivait à répondre aux questions que lui posait le président Souleymane Kane. Comme à l'enquête préliminaire, l'accusée a clairement dit n'avoir pas regretté son geste. Cette déclaration, elle l'a tenue devant les policiers enquêteurs, le magistrat instructeur et, hier, devant la barre de la cour. Adji dit avoir toujours souffert le martyre avec son ex-époux Mamadou Bâ. Elle précise que ce dernier la battait sans cesse. Plusieurs fois, elle a quitté le domicile conjugal pour aller chez ses parents. Pourtant, de cette union, sont nés six rejetons, l'aînée avait 14 ans au moment des faits.

C'est vers cinq heures du matin et les éléments du commissariat urbain de Mbacké ont été informés du drame. En effet, le nommé Mamadou Bâ avait rendu le dernier souffle au centre de santé à cause d'un violent coup de pilon que lui aurait donné sa seconde moitié. La mise en cause a été cueillie chez ses parents. Des investigations rondement menées par ces derniers ont permis de découvrir le pilon en question bien caché derrière la palissade.

Adji, entendue à la police, déclare être au seuil du supportable. Selon elle, feu Bâ ne cessait de lui rendre la vie irrespirable durant toute leur union. Alors qu'il faisait minuit, ce dernier, comme à l'accoutumée, est rentré à la maison avec son cheval. C'est ainsi qu'il faillit blesser son bébé qu'elle avait sur les bras. « J'ai dû quitter les lieux pour ne pas être blessée par son cheval. Je lui ai même fait la remarque. Non content de tout cela, il a pris un bâton pour me corriger », explique Adji Kâ qui a attendu que son mari soit dans les bras de Morphée pour se saisir d'un pilon et lui fracasser le crâne.

Les témoins qui ont eu à défiler devant la barre, ont fait des révélations comme quoi Adji Kâ à l'habitude de fuguer. On dit qu'elle est de nature belliqueuse, prompte à donner du fil à retordre à son ex-mari qu'ils ont qualifié d'homme de nature calme, travailleur et pieux à la fois. Ils ont été unanimes à dire que l'accusée a eu à faire un long séjour en Gambie et Tamba, abandonnant à chaque fois son mari et ses enfants.

L'avocat général rappelle que l'accusée a même divorcé une fois d'avec le défunt avant de convoler en secondes noces avec un autre bonhomme qui se trouve être son parent. Mais le mariage n'aura duré que le temps d'une rose. Et Adji Kâ se remariera avec Mamadou Bâ. Seulement, la situation alla de mal en pis, nonobstant les bons offices des parents de cette dernière. Pour lui, il n'est pas contesté que l'accusée était bien mue par la détermination de donner la mort. Elle a toujours réitéré ses propos : « Je ne regrette rien. Tout ce que je veux, c'est rester avec mes enfants ». L'avocat général Salobé Gning poursuit son réquisitoire : « Pas d'excuse de provocation, encore moins de légitime défense. Tout cela ne saurait prospérer ». Et d'ajouter que le rapport d'expertise n'a rien fait ressortir d'anormal chez Adji. Par conséquent, dit-il, cette dernière jouissait bien de toutes ses facultés mentales. Il a requis une condamnation à perpétuité.

Me Jacques Baudin parle de légèreté du dossier, notamment en ce qui concerne la recherche. Pour lui, on ne peut parler de préméditation puisqu'il n'y a pas de préparation individuelle. « Trop d'incohérences, trop de superfluités », dira-t-il. Pour le conseil de la prévenue, l'expertise faite par l'homme de l'art qui dit que la dame Adji Kâ est « accessible » est à prendre avec des pincettes. Me Jacques Baudin se dit convaincue que sa cliente ne jouit pas totalement de ses facultés mentales. A l'en croire, Adji Kâ a été internée pendant deux ans au centre psychiatrique de Thiaroye. Il dira que rien n'a été planifié, organisé par sa cliente pour que l'on puisse parler d'assassinat. Donc, pas de préméditation. Finalement, il demandera à la cour de disqualifier les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Adji a été condamnée à 10 ans de travaux forcés.

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