Par Amadou Fall
10 Novembre 2009
Le bouleversement du climat à l'échelle de la planète n'est plus seulement un problème d'ordre environnemental. Il pose une très sérieuse équation de développement. Il est le sinistre revers des formidables progrès économiques réalisés depuis la révolution industrielle et dont le moteur a été et demeure le charbon et le pétrole. La consommation à outrance de ces énergies fossiles est, dans une très large mesure, à l'origine des gaz à effets de serre qui étouffent le globe.
L'impact du dioxyde de carbone dont leur combustion charge l'atmosphère est patent : réchauffement de la planète, inondations catastrophiques dans certaines zones proches des glaciers et couvertures neigeuses qui fondent, raréfaction des aires agricoles, de l'eau destinée à l'agriculture et de l'eau potable, destruction des forêts par les feux de brousse, ailleurs. La faim, la malnutrition, les problèmes d'assainissement, d'hygiène et de santé qui affectent les populations les plus vulnérables s'en trouvent progressivement accentués. Ces maux sont appelés à empirer quand on sait que les émissions de gaz à effets de serre qui ont augmenté de 80% entre 1970 et 2004 devraient croître de 40 à 100% aux alentours de 2030, par rapport à leur niveau de l'an 2000, si rien d'efficace et de durable n'est fait pour inverser la tendance.
Si l'on en croit les statistiques de la Banque mondiale, les pays les plus riches du monde sont responsables de 64% des émissions de gaz à effets serre. Les pays pauvres n'en sont comptables que pour 2%. Le paradoxe est que ces derniers en font les frais, à 80% du coût estimé des impacts négatifs, contre 20% pour les grandes puissances. De sombres projections font envisager le pire pour l'Afrique, d'ores et déjà affectée par les perturbations climatiques et dont ont dit que, d'ici à 2020, les rendements agricoles pourraient être réduits de près de 50%. 75 à 250 millions de personnes vivant sur le sol africain pourraient y être confrontées à un stress hydrique accru. La désertification et la diminution des surfaces arables menaceraient 46% de la superficie totale du continent. Il s'en suivrait une considérable perte de croissance, l'amplification de la misère et de la famine, la recrudescence des problèmes de santé. Ces maux aggraveraient l'instabilité politique et les conflits vécus çà et là.
La règle devrait être claire pour tous : ce sont les plus grands pollueurs de la terre, ceux dont la boulimie économiques pousse le monde à l'apocalypse - les pauvres avant les riches - qui devraient prendre en charge tout ou l'essentiel des investissements nécessaires à la réparation des dégâts commis, et pour que l'irréparable ne se produise point.
Dans un mois, du 11 au 18 décembre, à la Conférence de Copenhague où se définira, en remplacement du protocole de Kyoto, une stratégie mondiale de lutte contre les émissions de gaz à effets de serre, l'Afrique va parler d'une seule et même voix pour non seulement exiger des pays industrialisés grands pollueurs la réduction maximale de leurs rejets en oxyde de carbone, mais aussi le paiement de compensations financières. La requête annoncée porterait sur quelque 50 à 200 milliards de dollars américains d'ici à l'horizon 2020. Les sommes avancées varient suivant les sources. On retiendra qu'elles sont très importantes. Elles serviraient au développement, sur le continent, d'énergies propres, au sauvetage et au redéploiement des forêts africaines aujourd'hui très mal en point, aux transferts de technologies qui sous-tendent la dynamique des énergies vertes.
Mais il y a fort à craindre que l'Afrique ne soit pas satisfaite sur aucun des deux tableaux. Sur le front de la réduction des émissions des gaz à effets de serre, les pays industrialisés n'entendent pas concéder plus de 10%, alors que, scientifiquement, c'est - 40% qu'il faudrait ponctionner en 2020 et - 80% en 2050. Concernant les montants compensatoires, il faudra attendre. Les pays industrialisés, toujours englués dans la crise financière et économique dont le monde peine à s'en extirper, ne sont pas dans les meilleures dispositions pour cracher dans le bassinet. L'Union européenne verrait même les Africains se prendre en charge à hauteur de 20%, voire 40%, de leurs besoins, avec l'espoir incertain de mobiliser le reliquat par le canal de taxes sur le carbone et sur les produits financiers spéculatifs.
L'on ne peut cependant pas s'empêcher de reprocher aux Africains d'aller à Copenhague, juste avec une vague requête financière dans l'intention de faire payer les riches pollueurs, mais sans des objectifs précis et un programme d'investissement dument ficelé. Quelles sont les actions à mener en priorité ? Par quel mécanisme les fonds escomptés vont-ils être gérés ? Quelle en sera la répartition régionale ? Comment juguler les risques de détournement d'objectifs face aux nombreuses autres urgences qui harcèlent le continent ?
Les Africains entendent claquer la porte de la conférence de Copenhague si leurs exigences ne sont pas satisfaites. Mais faut-il qu'ils aient dégagé, au préalable, les nuages qui couvrent leurs prétentions. Sinon ils ne recevront que des promesses de dupe...
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