Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Dérives de la presse française en Afrique - Quand une journaliste du Monde appelle au meurtre

*Par Valentin Mbougueng

10 Novembre 2009


La justice internationale, qui a condamné il y a quelques années, deux responsables de la tristement célèbre radio rwandaise « Radio Télévision Mille Collines » pour incitation au génocide de 1994 devra-t-elle se pencher sérieusement sur le cas de la journaliste française Florence Beaugé du quotidien français Le Monde ?

Dans un article scandaleux paru dans l'édition du 22 octobre de ce journal, Dame Beaugé, plus hystérique qu'à son habitude se permet de lancer des appels à peine voilés au meurtre, au coup d'Etat et à l'attentat en Tunisie. « Résignés, indifférents, mais par-dessus tout tenaillés par la peur, les Tunisiens attendent. Quoi ? Ils ne le savent pas très bien. Que « la mort », « un coup d'Etat », voire « un attentat », disent-ils un peu gênés, presque honteux, viennent les délivrer de cette soumission à un régime qui leur pèse », écrit-elle, transie de haine. Au nom de la liberté, a-t-on le droit de faire du journalisme « pousse au crime » et, ultime déchéance, de se cacher derrière l'anonymat de personnes présumées avoir été interrogées, mais en réalité sorties tout droit de sa propre imagination, pour éviter d'assumer ses propos jusqu'au bout ?

Vu l'extrême gravité de ces propos défiant toute éthique professionnelle, l'on ne peut que s'étonner qu'ils aient eu droit de cité dans un quotidien comme « Le Monde » qui aime à s'ériger en donneur de leçon de déontologie journalistique. Tout comme l'on reste perplexe devant le silence des instances chargées de veiller sur la liberté de presse, la déontologie et la morale publique, et le mutisme des organisations professionnelles. Le corporatisme doit-il l'emporter, même face à l'abîme de l'indécence et aux appels au crime ?

Les vrais reportages, répète-t-on aujourd'hui dans le monde de la presse occidentale en grande majorité liée aux milieux d'affaires et lobbies de toutes sortes, cela prend du temps, et mobilise des journalistes sur un assez long terme, alors qu'on a besoin d'eux en permanence, dans un contexte de resserrement des effectifs pour faire face à la crise. Soit. Mais, est-ce une raison suffisante pour faire un petit tour dans un pays, y rencontrer deux ou trois personnes dont les opinions sont connues d'avance, et rédiger à la va-vite un papier servi aux lecteurs comme étant un reportage ? Mme Beaugé n'a eu, manifestement, aucun scrupule à présenter comme reportage un article digne de la presse caniveau, qui s'attache à déformer les faits, à grossir les traits, à exagérer et à affabuler, dans l'unique but de « casser de la Tunisie ».

La haine que ressent l'auteur vis-à-vis de la Tunisie est telle qu'elle ne soucie même plus du ridicule de ses écrits. Une de ses honteuses perles, qui fera certainement sourire dans la région, c'est cette allégation abracadabrante selon laquelle le président Ben Ali dont elle reconnaît dans un rare éclair de lucidité les réalisations- une « Tunisie propre et belle » où « tout fonctionne plutôt bien », serait mal aimé de sa population, et même le plus mal aimé des autres chefs d'Etat de la région. C'est à en perdre son latin : un président dont les actions ont permis à 80% de la population d'accéder à la classe moyenne, à pratiquement l'ensemble des foyers d'être raccordés à l'eau et à l'électricité, à 80% des ménages d'êtres propriétaires de leur logement, à tous les enfants en âge de scolarité d'être à l'école, et qui serait mal aimé par sa population ? Il faudrait, assurément être animé de sentiments autres que professionnels et d'une overdose de démagogie pour émettre des jugements aussi irrationnels.

Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Mme Beaugé s'est rendue en Tunisie, mais a décidé, pour des raisons n'ayant rien à voir avec le journalisme, de fermer les yeux pour ne pas voir cette société paisible où il fait mieux vivre que partout ailleurs dans le monde arabe, comme l'indique un classement internationalement reconnu. De fermer les oreilles face aux multiples manifestations de bien-être et de reconnaissance de l'immense majorité des Tunisiens au bâtisseur de la Tunisie moderne, et de ne les ouvrir qu'en face de quelques extrémistes islamistes ou gauchistes, qui s'agitent à chaque fois que la Tunisie prépare un rendez-vous important, en l'occurrence le double scrutin présidentiel et législatif, pour se faire remarquer de leurs bailleurs de fonds étrangers en instrumentalisant les droits de l'homme et continuer, par cet abject manège à bénéficier de leurs subsides. Qu'une journaliste du Monde s'associe à de tels procédés de manipulation de l'opinion, au point d'appeler au meurtre de ceux qui pensent différemment qu'elle, est un précédent dangereux. Face à ce comportement irresponsable et au ton colérique de ce pseudo reportage, se poser la question de savoir s'il convient ou non d'y rechercher une explication psychanalytique peut paraître aller de soi.

L'Afrique a trop souffert, et souffre encore, des immixtions intempestives de certains médias occidentaux, notamment français, dans ses processus politiques et électoraux. Si l'organisation des élections n'est pas toujours parfaite en Afrique (dans quelle région du monde l'est-elle ?), l'action de certains cercles étrangers a rarement permis d'améliorer l'existant, contribuant plutôt à attiser les tensions et à exacerber les passions. Tout le monde se souvient encore des partis pris de la majorité de la presse française contre le régime ivoirien de Laurent Gbagbo depuis octobre 2000, et de façon plus virulente à partir de 2002. Les traits furent régulièrement grossis, noircis pour donner de M. Gbagbo l'image d'un pire dictateur assassin de son peuple alors même que la réalité du terrain était tout autre. Le mot d'ordre était : casser Laurent Gbagbo, coupable en réalité de liberté de parole et de volonté d'affranchissement de la pesante tutelle française longue d'un demi-siècle. Il fallait empêcher le président ivoirien de réussir et d'ouvrir le chemin de la vraie indépendance à d'autres dirigeants africains.

C'est la même tactique que des médias français comme Le Monde ont ressuscitée à l'occasion des élections présidentielle et législatives tunisiennes du 25 octobre. La presse française, écrite, audiovisuelle et électronique s'est acharnée, deux semaines durant sur le dirigeant Ben Ali, décrit comme le pire autocrate qui soit, mais en réalité coupable d'avoir fait décoller la Tunisie, sans en référer à l'ancienne puissance coloniale ni à une quelconque partie étrangère, en mettant en oeuvre son propre modèle de développement. Ce que certains journalistes français ne parviennent pas à supporter, c'est que la Tunisie se soit totalement émancipée de la France, et que les agitations épisodiques de certains milieux bien-pensants parisiens soient sans aucun effet sur le présent et le devenir du pays. Si la Tunisie réussit, les autres pays de la région risquent de prendre exemple sur elle, et de construire leur avenir sans la France. Alors, il faut casser cette dynamique.

La meilleure réponse à ces agissements est donnée par le taux de participation de près de 90% recensé au cours de ce double scrutin : les électeurs tunisiens sont ainsi restés sourds aux appels au boycott distillés insidieusement par des médias français, et ont renouvelé leur confiance à 89,62% à celui qui a sauvé la Tunisie du chaos intégriste en 1987, et ouvert une nouvelle ère pour le pays, désormais classé parmi les nations émergentes et parmi les économies les plus compétitives au monde. Qu'il y ait encore des défis à relever en Tunisie, aux plans politique, économique et social, cela relève de l'évidence, et le pouvoir tunisien le reconnaît volontiers. Le programme de gouvernement qui a récolté les suffrages de ses concitoyens, est tout entier tourné vers le relèvement des nouveaux challenges, avec une ambition clairement affichée : augmenter le bien-être des Tunisiens et hisser la Tunisie au rang de pays développés à l'horizon 2014. Est-ce parce qu'il y a encore des choses à faire en Tunisie, que la presse française doit y appeler au meurtre ou à l'attentat ? Africains, ouvrons grand les yeux. Lorsque les médias français encensent un régime africain, c'est que ce dernier sert bien les intérêts français, d'une manière ou d'une autre. Lorsqu'ils diabolisent un régime, c'est clair : leurs intérêts connus ou occultes sont menacés. En Tunisie, la majorité des Tunisiens, quels que soient leurs bords politiques, ne transigent pas quand il s'agit de prémunir leur pays des ingérences extérieures. Chez eux, l'indépendance n'est pas une notion en l'air, et le patriotisme l'emporte toujours sur toute autre considération. C'est une voie à suivre.

*Rédacteur en chef de la revue internationale Afrique Asie

Président de la Ligue internationale des journalistes pour l'Afrique

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