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Afrique: Les émigrés africains investissent dans leur pays d'origine

Phillip Kurata

10 Novembre 2009


- Les investissements qu'effectuent les émigrés africains dans leur pays natal contribuent à la croissance économique de ce continent où sévit la pauvreté. Ce phénomène n'est pas passé inaperçu : des gouvernements africains, des agences de développement et la compagnie de transfert d'argent la plus importante du monde, Western Union, Ã "uvrent tous pour faciliter de tels investissements.

Mme Liesl Riddle est spécialiste des études de la diaspora à l'université George Washington, dans la capitale des États-Unis. L'Éthiopie, dit-elle, est le premier pays de l'Afrique subsaharienne en termes de l'ouverture de son économie aux investissements effectués par ses émigrés. Le mot « diaspora » signifiait naguère la dispersion des Juifs de par le monde, mais depuis quelques années, il s'applique à la dispersion de n'importe quel peuple hors de sa patrie traditionnelle. « La croissance économique en Éthiopie est due en grande partie aux pressions constantes qu'applique la diaspora éthiopienne sur le gouvernement. Celui-ci a récemment ouvert une agence chargée de la promotion des investissements. (...) Elle offre tous les services dont a besoin un investisseur éthiopien. Vous n'avez pas besoin d'aller dans une dizaine de bureaux pour établir votre commerce. C'est un système plus clair, plus transparent » que par le passé, a dit Mme Riddle. Depuis quelques années, l'économie éthiopienne est parmi les plus performantes de l'Afrique, enregistrant un taux de croissance annuel de près de 8 %.

Les 1,5 million d'Éthiopiens qui habitent à l'étranger envoient des fonds à hauteur d'environ 1 milliard de dollars par an à leurs familles en Éthiopie ou pour investir dans leur pays, selon les estimations d'Access Capital Services, une société éthiopienne de consultation financière. Celle-ci a à "uvré de concert avec une autre firme en Éthiopie, Precise Consult International, pour attirer les investissements de la diaspora éthiopienne en organisant en sa faveur des conférences d'affaires annuelles à New York et à Washington, depuis 2006.

Mme Riddle, qui a prononcé une allocution à l'édition 2008 de cette conférence, a dit que les divergences d'opinion entre le gouvernement d'Addis Abéba et la diaspora éthiopienne ont, en sorte, permis d'apporter des changements économiques favorables en Éthiopie, tels qu'un code fiscal et une politique d'investissements plus clairs de même qu'un allègement de la bureaucratie. Un exemple de la coopération réussie entre le gouvernement et la diaspora éthiopiens a été la création de la Bourse éthiopienne des marchandises, a souligné Mme Riche. Établie grâce aux efforts de Mme Eleni Gabre-Mahdin, une économiste éthiopienne qui a fait ses études aux États-Unis et a travaillé à la Banque mondiale, la Bourse des marchandises permet aux agriculteurs éthiopiens d'être connectés aux marchés national et international en utilisant la technologie numérique.

Avocat éthiopien-américain spécialiste du commerce à Washington, M. Yohannes Assefa collabore étroitement avec Mme Gabre-Mahdin pour partager avec les employés de la Bourse des marchandises les talents pour les affaires et les compétences technologiques des Éthiopiens de la diaspora. Les Éthiopiens-Américains qui possèdent les compétences requises pour certains postes à la Bourse des marchandises reçoivent des offres d'emploi à durée limitée, en général de trois ans. Ã- la fin de cette période, une prime leur est versée s'ils ont transféré avec succès leurs compétences à quelqu'un qui habite en Éthiopie et peut prendre la relève à leur poste.

Les investisseurs éthiopiens-américains lancent souvent le même genre de commerce dans leur pays natal qu'ils possèdent aux États-Unis : compagnies de taxis, restaurants, salons de coiffure. Dans de nombreux cas, ils établissent des chaînes commerciales, ce qui implique la conscientisation de la clientèle à des marques déposées et la protection de la propriété intellectuelle, des notions qui ne sont pas encore bien acceptées en Éthiopie, a souligné Mme Riddle.

D'autres moyens d'investir

De nombreux membres de la diaspora éthiopienne et africaine en général ont les capitaux et le désir d'investir dans leurs pays d'origine mais ne peuvent pas s'y rendre en raison d'obligations ou de responsabilités dans leur patrie d'adoption. Pour attirer les investissements de tels émigrés, le gouvernement éthiopien a créé des « obligations diaspora ». D'autres pays africains s'apprêtent à faire de même, dont le Libéria, le Kenya et le Ghana. M. Dilip Ratha, un économiste de la Banque mondiale, estime que les pays africains peuvent lever entre 5 et 10 milliards de dollars en mettant de telles obligations sur le marché ; ils pourraient également lever de un à trois milliards de dollars supplémentaires pour leur trésorerie en réduisant les coûts associés aux virements que font les émigrés à l'étranger.

La compagnie Western Union Company, la plus importante du monde pour les transferts d'argent liquide, a adopté des mesures pour encourager les investissements de la diaspora en Afrique. Elle a mis au point de nouvelles méthodes pour aider les émigrés à investir dans leur pays natal, telles que des versements échelonnés pour les primes d'assurance, les frais de scolarisation et l'achat de matériel pour les entreprises. Depuis sa création en 2001, la fondation Western Union, la branche de cette compagnie qui favorise le développement, a contribué à concurrence de plus de 50 millions de dollars à des projets afférents et à des programmes d'assistance aux victimes de catastrophes naturelles. Elle collabore avec l'Agence des États-Unis pour le développement international et d'autres groupes à vocation semblable pour parrainer un concours pour créateurs d'entreprises émergents parmi les émigrés africains aux États-Unis. Les gagnants, dont les noms seront annoncés au début de 2010, recevront des dons se chiffrant de 50.000 à 100.000 dollars pour ouvrir des commerces dans leurs pays d'origine.

Le Libéria, qui compte lui aussi un grand nombre d'émigrés aux États-Unis, tente d'attirer des investissements en établissant le Conseil consultatif libérien pour la diaspora. En juillet 2009, l'ambassadeur du Libéria aux États-Unis, M. Nathaniel Barnes, a annoncé que ce conseil contribuerait à la mise au point de la politique de développement du gouvernement de Monrovia. Il a fait remarquer que les émigrés libériens envoient environ 90 milliards de dollars par an à leur pays natal. Le conseil sera « un moyen infiniment plus efficace de contribuer » à l'économie nationale « que les envois unilatéraux et isolés que font chacun de leur part les particuliers et les groupes de la diaspora ».

Par ailleurs, Mme Riddle a indiqué que ce conseil pourrait servir aussi d'outil de dissuasion contre la corruption. Dans un sondage d'opinion qu'elle a mené auprès d'émigrés libériens sur les investissements dans leur pays d'origine, Mme Riddle a dit avoir souvent entendu dire : « Nous nous intéressons aux investissements. Nous avons les fonds. Nous avons le savoir-faire. Mais nous ne ferons d'investissements qu'une fois la corruption endiguée dans le pays. »

Avec quelque 2 à 3 millions de personnes émigrant chaque année vers les pays riches, l'influence des communautés de la diaspora sur l'expansion du commerce dans les pays en développement est potentiellement immense, avait écrit en 2002 M. Lev Freinkman, un économiste de la Banque mondiale. Sept ans plus tard, son point de vue semble avoir été prophétique.

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