Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Ambassadeur de la RDC en Grande-Bretagne, Kikaya entend redynamiser l'axe Londres-Kinshasa

Rodrick Mulamba / MMC

11 Novembre 2009


Kinshasa — Diplomate avisé et redoutable communicateur Kikaya Bin Karubi veut jouer la carte de la réconciliation et propose la main tendue à quelques brebis égarées de la diaspora congolaise qui se laissent manipuler par un ancien dignitaire du régime Mobutu passé maître dans l'art de fomenter des troubles.

Depuis quelques temps, les observateurs et analystes de la scène politique congolaise s'accordent pour reconnaître qu'une nouvelle page de l'histoire de la diplomatie congolaise est en train d'être écrite. Des nouveaux animateurs sont montés sur l'arène pour donner un nouveau souffle à la diplomatie RD congolaise en s'inspirant de la vision du chef de l'Etat, Joseph Kabila.

Ce qui explique les différentes affectations intervenues récemment dans ce secteur. Dans la foulée de ses nominations, celle de Kikaya Bin Karubi a retenu l'attention de DigitalCongo.net en raison du parcours de l'intéressé. M. Karubi, en effet, n'est plus une figure à présenter. Ci-dessous, l'entretien qu'il a bien voulu nous accorder.

Nous commencerons, si vous le voulez bien, M. l'Ambassadeur, par votre nomination. Avez-vous été surpris ou vous vous y attendiez le plus simplement du monde ?

Eh bien, ma nomination au poste d'ambassadeur extraordinaire et plénipotePropos recueillis par Rodrick Mulamba / MMCntiaire de la République démocratique du Congo près le Royaume Uni n'était pas une surprise. Le chef de l'Etat m'a fait l'honneur de m'avertir et de me demander de me préparer pour animer une de nos missions diplomatiques de premier plan, mais l'annonce officielle m'a bien sûr été faite par le ministre des Affaires étrangères, M. Alexis Thambwe Mwamba.

Vous êtes dans la sphère du pouvoir depuis l'arrivée de l'AFDL aux affaires car on vous a vu, tour à tour, comme ambassadeur, ministre, secrétaire particulier du chef de l'Etat, député. Quel est le secret de votre longévité dans les arcanes du pouvoir? L'ambassadeur Kikaya peut-il se dire déjà arrivé ou continue-t-il à marcher ?

En effet, dès son arrivée à Kinshasa, le regretté Mzee Laurent-Désiré Kabila, qui me connaissait de réputation grâce à mes prestations à Canal Afrique, les services extérieurs de la Radio sud africaine, m'a fait chercher et m'a proposé un poste diplomatique à Harare au Zimbabwe où j'ai représenté le pays de 1998 à 2001. Ce poste m'a permis de me familiariser avec les rouages du pouvoir kabiliste tout en enrichissant mon carnet d'adresses international. Par la suite, comme vous le dites, j'ai été tour à tour ministre, secrétaire particulier du chef de l'Etat, député et aujourd'hui de nouveau ambassadeur. J'ose croire que mon chemin ne s'arrête pas là. Je suis à la disposition du chef de l'Etat, prêt à mettre tout mon savoir au service de la nation, par la grâce de Dieu.

Vous avez été nommé ambassadeur au moment où l'on parle de la redynamisation de la diplomatie congolaise. Avez-vous un commentaire sur cette redynamisation ?

Ce n'est un secret pour personne, la diplomatie a été, jusque- là, le point faible de notre pouvoir. Le chef de l'Etat a décidé de prendre le taureau par les cornes en mettant l'homme qu'il faut à la place qu'il faut. Le choix de M. Alexis Thambwe Mwamba à la tête du ministère des Affaires étrangères n'a pas été un fait du hasard ou le résultat des conciliabules politiques. L'homme est connu pour ses capacités organisationnelles, son dynamisme et son perfectionnisme hors du commun. Par la suite, on retrouve la touche présidentielle dans le déploiement des diplomates : Henri Mova Sakanyi à Bruxelles, Myra Ndjoku à Paris, Jean-Charles Okoto à Kampala, Maître Nkulu Kilombo à Kigali, Salomon Banamuere à Bujumbura et nous mêmes à Londres.

Le mot d'ordre est simple: rehausser l'image de la République démocratique du Congo et de ses dirigeants hors de nos frontières.

Vous êtes en poste dans un pays où quelques ressortissants du Congo se font remarquer par des actes de violence envers toute personnalité qui soutient ou sympathise avec le pouvoir de Kinshasa. Comment comptez-vous vous y prendre vis-à-vis de ces concitoyens qui, pour ainsi dire, ont exporté des anti-valeurs en dehors de notre pays ?

Cela fait deux mois que nous sommes en poste et déjà, nous avons multiplié les actions en faveur d'une réconciliation avec nos compatriotes qui ont choisi la Grande-Bretagne comme pays d'accueil. Nous nous sommes rendus compte que les gens qui commettent des actes de barbarie envers les personnalités congolaises sont une infime minorité de jusqu'aux boutistes à la solde d'un ancien tortionnaire du peuple congolais. Cette minorité prend en otage la grande majorité silencieuse qui n'approuve pas ces méthodes d'un autre âge. Nous avons rencontré des leaders d'opinion, des chefs religieux, des animateurs sociaux, des sportifs qui nous encouragent dans notre travail de remise à niveau de notre ambassade.

Ces derniers, par effet multiplicateur, prêchent « la bonne évangile » auprès de leurs condisciples et aux membres de leurs organisations. Laissez -moi vous dire qu'en très peu de temps, nous commençons déjà à percevoir des résultats. Le jour de la présentation de mes lettres de créance auprès de Sa Majesté Elisabeth II d'Angleterre, la salle louée pour le Vin d'honneur ne pouvait pas contenir les compatriotes qui sont venus nous féliciter et communier avec nous dans cette joie, eux qui quelques semaines auparavant, avaient peur de s'afficher avec nous. Ceci dit, nous continuons notre politique de la main tendue, de recherche de dialogue et nous espérons mettre à profit nos talents de communicateur pour parvenir à nos fins.

Le chef de l'Etat s'est plaint dernièrement de ne pas disposer suffisamment de bons collaborateurs pour l'épauler dans sa lourde tâche de la reconstruction du pays. Il est bien entendu que cette question concerne tous les collaborateurs, proches ou lointains du chef. Comment concevez-vous personnellement cette plainte du président de la République?

Nous avons suivi tout le brouhaha que cette déclaration du chef de l'Etat a provoqué et nous sommes d'avis que cela n'a pas été bien compris. Comme tout leader, le chef de l'Etat a besoin de collaborateurs qui vont intérioriser sa vision du Congo et travailler avec lui pour l'accomplissement de cette vision. Si nous examinons la marche politique du président, on se rend vite compte qu'il est allé de victoire en victoire. La période de 2001 à 2003, le chef de l'Etat a remporté la victoire de la stabilisation du cadre macro-économique en assainissant les finances publiques. Puis, vint la période de grandes décisions politiques pour mettre fin à la guerre et nous retrouver autour d'une table. Sans la détermination du président de la République, Sun City n'aurait pas eu lieu. Là encore, victoire éclatante du peuple congolais avec l'accord signé par tous les protagonistes de la crise.

Le 1+4 est piloté de main de maître par le président de la République. L'organisation des élections en 2006 en soi fut un autre rendez-vous historique voulu et réussi par le président. Faut il rappeler que sur 33 candidats à la magistrature suprême, c'est le président de la République qui est sorti vainqueur. Vint ensuite l'étape du véritable combat du peuple congolais : celui de la lutte contre la pauvreté et du développement.

Le président qui a annoncé les 5 chantiers de la République avance résolument vers la matérialisation de cette vision. Que d'embûches! Les institutions de Bretton Woods s'opposent au partenariat avec la Chine. Les opérateurs intérieurs traînent les pieds. Le président a l'impression d'être incompris. Ce qui lui fait dire qu'il lui faut des collaborateurs qui intériorisent sa vision avec qui il va travailler. Que je sache, il n'a jamais dit que tous ceux qui sont autour de lui sont des incompétents comme certains ont voulu lui prêter ce qu'il n'a pas dit.

Quelle lecture M. l'ambassadeur fait-il de l'évolution des cinq chantiers de la République ?

Cher ami journaliste, nous venions d'évoquer les Cinq Chantiers de la République qui sont le programme du président pour sortir notre pays du sous développement. Ma lecture de ce programme s'appuie sur une analyse comparée des différents programmes présidentiels qui ont émaillé l'histoire de notre pays. Trois personnes ont dirigé le Congo avant le président Joseph Kabila. Confrontés à des rebellions (muleliste, RCD, MLC), Messieurs Joseph Kasa-Vubu et Laurent-Désiré Kabila n'ont pas eu le temps de proposer au peuple congolais, un programme de développement quelconque. Il reste le Maréchal Mobutu qui a passé trois décennies au pouvoir. Il a commencé par l'opération Salongo, moto na moto abongisa, qui s'est révélé être un slogan creux.

Et cela pour la simple raison que, alors que l'on demandait au peuple de « retrousser les manches et de serrer la ceinture», le gouvernement de l'époque s'est lancé dans une politique de prestige avec une opulence insolente. Résultat, le peuple n'a pas suivi. Au début des années 70, Mobutu annonce l'Objectif 80. Dans son entendement, en 1980, le Congo serait un pays développé. Pour appuyer ce rêve puéril, il distrait tout le monde avec sa pseudo révolution culturelle de retour, puis recours à l'authenticité. Le Congo devient Zaire, Joseph-Desiré Mobutu devient Mobutu Kuku Ngbendu Wazabanga, Léopoldville devient Kinshasa et ainsi de suite. Vint ensuite le « programme agricole minimum » avec comme slogan, « agriculture, priorité des priorités ». Pas de succès non plus car plusieurs années plus tard, nous continuons à importer des tomates et des oignons.

Voilà donc sur le plan de la rhétorique, ce qu'ont été les différentes visions des hommes qui nous ont dirigés jusque là.

Venons en aux Cinq Chantiers de la République du président Joseph Kabila. Conscient de l'impasse dans lequel nous enferment les différents programmes d'ajustement structurel que nous convenons avec nos bailleurs de fonds traditionnels, le chef de l'Etat a poussé la réflexion plus loin en disant qu'il fallait à tout prix sortir du schéma classique de l'aide au développement, trouver les moyens de sa politique avant de proposer au peuple congolais un programme quelconque. D'où l'accord Sino-congolais communément appelé contracts chinois, qui en résumé, est une opération de troc.

La Chine qui connaît une ascension fulgurante, a besoin de métaux de base pour son développement. En plus, elle possède une technologie de pointe qui fait qu'en quelques années, tout le pays est sorti des cavernes pour se retrouver dans l'espace avec les grands. Et cela, au propre comme au figuré. C'est ainsi que le président s'est engagé dans cette démarche qui a soulevé un tollé auprès de ceux qui veulent continuer à nous infantiliser.

Les Cinq Chantiers de la République sont donc un programme ambitieux qui se trouvent être le passage obligé pour que nous puissions léguer à nos enfants un pays digne de ce nom. C'est- à- dire, un pays doté de ponts et chaussées, des chemins de fer, des ports et des aéroports, bref, l'infrastructure de base qui est indispensable au développement que nous appelons de tous nos voeux. Voilà une démarche pragmatique. Les critiques sont venues de partout, mais nous sommes heureux de constater que malgré tout cela, le président ne bronche pas. Comme qui dirait, le chien aboie, la caravane passe.

Que répondrait M. l'ambassadeur à ceux qui considèrent que les cinq chantiers c'est une affaire des Kinois car certains Congolais de l'intérieur affirment n'avoir aucune visibilité sur lesdits chantiers ?

Ecoutez mon cher ami, ceux qui pensent que les Cinq Chantiers sont une affaire de Kinois ont tort. Dernièrement, le chef de l'Etat est allé se rendre compte de visu de l'avancement des travaux sur l'axe Kisangani-Beni-Bunia-Butembo. Il visite souvent le Bas-Congo, il a été à l'Equateur. Il est vrai que ce qui se fait à Kinshasa bénéficie d'une visibilité certaine de part la présence dans la capitale des hommes des médias que vous êtes, surtout ceux de l'audiovisuel.

Comment alors M. Kikaya va-t-il continuer à travailler sur les cinq chantiers, loin du pays où doivent normalement se poser les actions concrètes de ces chantiers ?

En tant qu'ambassadeur, nous avons entre autres, la lourde tâche d'expliquer aux autorités du pays hôte, le bien fondé de la politique du Président et de trouver des opérateurs économiques qui viendront nous accompagner dans cette démarche. Si à la fin de mon mandat ici, le niveau de la coopération bilatérale va crescendo et le nombre d'hommes d'affaires britanniques augmente, nous serons très heureux.

Juste un mot au sujet de votre famille. Le nom de Kikaya n'est pas cité qu'en politique seulement. Il est aussi lié à un autre secteur de la vie nationale, celui des sports avec les performances de votre fils Gary Kikaya. Comment ce dernier est-il arrivé à cette discipline et qu'est-ce que cela vous rapporte ?

(rire) Ah, l'inévitable question. Gary est un garçon talentueux. Il est arrivé à cette discipline grâce à son professeur de gymnastique qui est venu me voir personnellement et me demander de ne pas étouffer son talent comme je venais de le faire une année plus tôt avec son frère aîné qui était un grand footballeur. Comme tout parent, je rêvais d'un juriste ou d'un médecin. Dieu a voulu que Gary soit un athlète de renommée internationale, et voilà qu'il ne nous a pas déçus. Numéro deux mondial en 2006, champion d'Afrique, détenteur du record d'Afrique détenu pendant 19 ans par un Nigérian, médaille de bronze au championnat du monde. Qu'est ce que cela me rapporte? Une grande fierté d'être son géniteur, et parfois, de grands cadeaux d'anniversaire !

Etant le géniteur de Gary Kikaya, n'avez-vous pas des griefs à formuler contre le gouvernement de la République qui souvent laisse votre fils dépenser son propre argent alors qu'il va pour défendre le drapeau congolais sur plusieurs pistes d'athlétisme du monde ?

Des griefs, non. Nous avons été membre du gouvernement et nous savons que c'est à cause des lourdeurs administratives que des fois, les frais de déplacement lui parviennent en retard. De toute façon, c'est avec plaisir qu'il met de son propre argent pour défendre les couleurs nationales.

Y a-t-il une question que nous avons oubliée ou peut-être éludée mais à laquelle M. l'ambassadeur aurait voulu répondre ?

Non. Vous avez été complet. Nous profitons de l'occasion pour souhaiter bonne chance et longue vie à votre site que ma femme et moi, consultons chaque soir avant l'étude biblique du soir avec nos enfants pour clôturer la journée.

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