Par Ibrahima Khaliloullah Ndiaye
11 Novembre 2009
« Les Forces armées honorent les Anciens ». Le thème de la Journée des Forces armées sénégalaises (Fas) d'hier a été fortement décliné, face à une forte représentation des Anciens, par la convocation de leurs faits d'armes qui donnent aujourd'hui une fière allure aux Fas. Héritières de valeurs cardinales, les Fas sont réputées républicaines et professionnelles. L'histoire des Anciens se confond avec l'histoire de notre jeune Armée. Le titulaire de chair pour rappeler la belle page n'était autre que le chef suprême des Armées, le président de la République, Abdoulaye Wade.
Un long chemin parcouru pour une Armée d'un demi-siècle d'existence. Surtout que l'ancienneté est convoquée et honorée en ce jour de fête des Forces Armées. Le chef de l'Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, a voulu, comme les Forces Armées dans leur ensemble, rendre un hommage appuyé et mérité à ceux-là qui ont « pris le flambeau dès les premières heures de l'Indépendance pour écrire une nouvelle page de l'histoire du Sénégal libre ».
Ces pionniers, jeunes au moment des Indépendances, sont ceux aussi qui ont réussi, « avec passion et pragmatisme, à bâtir, pierre après pierre, de solides fondations de notre système de défense », a rappelé le président de la République, chef suprême des Armées.
Devant un parterre d'Anciens, de « pères-fondateurs » dont certains ont accepté le transfert des Armées françaises aux nouvelles Forces armées sénégalaises, mais aussi de moins jeunes dans la deuxième section et d'autres hors des rangs, le président Wade a assimilé leurs mains à celles d'orfèvres qui ont su « ciseler avec amour et patience l'outil de défense pour en faire l'une des institutions les plus respectées de la République ».
Très attentifs à l'adresse du chef de l'Etat, avec de beaux gestes, une démarche toujours altière, la mise occidentale ou traditionnelle bien soignée, ces Anciens se sont montrés très réceptifs à cet hommage. Un hommage qui reconnaît leur plus « grand mérite d'avoir réussi le pari de la structuration des différentes formations de nos Forces armées, mais surtout d'avoir insufflé cette âme républicaine faite de fidélité et de loyauté aux institutions. Mais aussi d'engagement et de participation à l'oeuvre commune de développement de la Nation ». L'esprit républicain et professionnel, caractéristique des Forces armées sénégalaises et qui leur vaut des multiples sollicitations à travers le monde pour la défense des idéaux de paix, serait donc cet héritage des Anciens. Une « reconnaissance internationale unanime », s'est réjoui « le premier soldat sénégalais ». Il n'a pas d'ailleurs manqué de souligner que l'engagement a été à la fois « précoce et clairvoyant à côté de notre diplomatie ».
Ces Anciens ont également su relever le défi de faire des « structures embryonnaires héritées de l'armée française des formations organisées et opérationnelles capables de défendre l'intégrité du territoire national et d'assurer la sécurité des biens et des personnes ».
La « belle page de l'histoire du Sénégal libre » écrite par ces Anciens se confond avec l'histoire naissante de nos Forces armées. « L'Armée de terre, doyenne des formations, jette les bases d'une structure de commandement et de combat à travers le pays. Quelques mois plus tard, furent créées la Marine nationale, en janvier 1961, suivie de I'Armée de I'Air en avril 1961, de la Gendarmerie nationale et du Corps national des Sapeurs-pompiers en 1962, devenu Groupement en 1982 », a retracé le président de la République.
La seconde période, de 1972 à 1988, a été celle de la montée en puissance avec la couverture totale du territoire national en bataillons, brigades de gendarmerie, et unités d'incendie et de secours. Une ère qui a sonné la « mutation des grands commandements en Etats-majors d'armée ainsi que la « sénégalisation » du commandement dans la Marine et I'Armée de I'Air ».
Aussi, un effort particulier a été consenti par la création de structures de formations dont I'Ecole de formation de la gendarmerie nationale, en 1961, I'Ecole nationale des sous-officiers d'active en 1971, I'Ecole nationale des officiers d'active de Thiès en 1981 et la Division d'application de l'infanterie en 1984 devenue Ecole d'application de l'infanterie en 1990.
La Gendarmerie n'a pas été en reste puisque son développement territorial à travers la « multiplication des légions s'est poursuivi avec le même intérêt au niveau de sa composante mobile par la création de la Légion de Gendarmerie d'intervention (Lgi), unité de réserve générale projetable sur l'ensemble du territoire national, et celle du Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale (Gign), véritable unité d'élite adaptée aux situations d'urgence les plus diverses».
La dimension sociale a également été au coeur des préoccupations du commandement. Ce dernier ne manqua pas de lancer « d'ambitieux programmes sociaux, notamment la Coopérative militaire de construction ainsi que la Mutuelle des Armées et de la Gendarmerie, des organismes qui ont démontré toute leur pertinence dans I'amélioration du moral des hommes », selon le président sénégalais.
Bien façonnées et soutenues par une vision clairvoyante, les Anciens ont su faire jouer à l'instrument militaire un rôle dans le développement socio-économique qui illustre bien le fameux concept Armée-nation. C'est le Génie militaire, créé en 1962, qui est à l'honneur en se singularisant dans de « vastes chantiers de développement socio-économiques allant de la construction routes aux pistes de production en passant par les aérodromes et autres infrastructures de désenclavement des régions de l'intérieur ». Le président n'a pas manqué de mettre en exergue le rôle des Armées dans le domaine de la santé publique. La création de l'Ecole militaire de santé, en 1968, a répondu aux attentes des populations...
Les Anciens ont su suppléer au déficit en cadres dans l'administration territoriale.
Le général Idrissa Fall, chef d'état-major général des Armées de 1972 à 1984, a rappelé que les « Anciens d'aujourd'hui sont les acteurs d'hier ». Il a insisté sur l'« enthousiasme de la jeunesse et l'amour de la patrie » qui les animaient en traçant les sillons pour les futures semailles qu'il est fier d'admirer. D'autant plus que les « fruits ont tenu la promesse des fleurs ». Le général Fall a magnifié les vertus que les Anciens ont léguées aux jeunes. Pour lui, l'histoire des Fas peut se résumer en un triptyque : obéissance aux institutions, défense du sanctuaire national combiné au développement socio-économique et rayonnement international par un appui à la diplomatie. Il a aussi exhorté à la préservation de la « vision prospective » tout en adaptant les Fas aux réalités actuelles.
REACTIONS D'ANCIENS - Général Mamadou Niang, sous-chef d'état-major général des armées (1994-1996), incorporé le 15 septembre 1962
« Il s'agit là d'une excellente initiative de rendre hommage aux Anciens. Par-delà la reconnaissance des services éminents et élevés que les Anciens ont rendus à la Nation, il faut simplement retenir le chemin parcouru pour que les jeunes puissent s'inspirer de l'exemple, mais aussi de renforcer les acquis, consolider les fondements de la République dans le cadre bien compris du rôle du soldat. J'ai eu la chance de trouver des Anciens qui ont posé les jalons de notre future Armée, balisé la voie que nous avons suivie avec bonheur. C'est la raison pour laquelle je souhaite que cette fête serve de viatique aux jeunes qui seront aussi un jour des Anciens ».
Général Mamadou Keïta, ancien Cemga (1993-1996) et engagé en 1961 à l'Ecole Saint-Cyr
« L'événement d'aujourd'hui fête les Forces armées dont les missions ont été rappelées : défense du territoire national, renforcement de la cohésion nationale, préservation de nos institutions républicaines... Je voudrais me raccrocher à l'image de la gerbe de fleurs déposée par le chef de l'Etat au monument des morts pour parler des Anciens. Les murs des deux cases du monument sont ornés de plaque de marbre. Ils nous rappellent ces vaillants soldats tombés au champ d'honneur au service de la paix, de la liberté à qui nous rendons hommage. Mais aussi aux Anciens qui n'ont pas pu répondre présent. Je souligne simplement divers aspects liés à la reconnaissance des Forces armées... Je veux dire que les Anciens sont ceux qui nous ont appris le sens du devoir, mais qu'aussi à travers l'hommage qui leur est rendu, il s'agit d'honorer leurs jeunes puisque tout ce que nous avons pu réaliser n'a été possible qu'avec leur concours. »
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