Cherif Faye
11 Novembre 2009
interview
Le lead vocal du groupe « Les Tchielly » (Les Eperviers métisses) est un spécialiste de la guitare qu'il manie depuis 1984. Saintrick, puisque c'est de lui qu'il s'agit, porte un combat. Celui de l'unité africaine. Son expérience vécue au Sénégal, sa terre d'accueil depuis l'âge de cinq ans, l'a beaucoup préparé à s'approprier le concept de la renaissance africaine. Il s'en explique dans cet entretien qu'il a accordé à Sud Quotidien.
Qui êtes-vous ?
On m'appelle Saintrick. Je suis un artiste originaire du Congo Brazzaville basé au Sénégal depuis un certain nombre d'années. Un pays qui non seulement m'accueille aujourd'hui, mais qui a béni mon enfance parce que j'ai passé dix ans de mon enfance ici au Sénégal avant de rentrer au pays, avant de connaître les guerres et tout ce qui a pu se passer au Congo. A la fin de la guerre, je reviens à nouveau dans cette terre d'accueil, dans ce pays qui a été mon deuxième cordon ombilical. Et depuis une dizaine d'années, je suis encore basé au Sénégal, mais le Congo et toute l'Afrique restent mon pays et mon continent. D'ailleurs, c'est pourquoi, je parcours toutes les capitales africaines pour continuer à marquer mon africanité. Car, je suis un chantre du panafricanisme depuis le début de ma carrière.
Que pensez-vous du concept de la renaissance africaine ?
Je dirai que c'est l'histoire de ma carrière. C'est toute ma vie. Je suis le panafricaniste typique. Je suis né au Congo Brazzaville. Je suis venu au Sénégal à l'âge de 5 ans. J'y ai fait 10 ans et ensuite je suis retourné à Brazza, et lorsque j'ai commencé la musique je m'étais rendu compte que j'avais une double culture. Comment faire pour réussir en musique dans la mesure où je ne suis pas totalement sénégalais, ni plus totalement congolais ? Et c'était le meilleur moyen de me rendre compte que j'étais un africain tout simplement. Et lorsque j'ai commencé à faire de la musique, j'ai choisi pour concept l'unité africaine, la musique panafricaine. Aujourd'hui, je suis plus connu à travers le monde pour être ce premier artiste africain à avoir mélangé les sonorités sénégalaises et congolaises, donc d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale.
Qu'est-ce que cela te fait d'avoir porté ce combat ?
Les Youssou Ndour, Ismëla Lô et Baba Maal me connaissent à travers ce registre là. Et personne ne croyait au début de ma carrière que c'était la bonne démarche. Mais aujourd'hui, je suis fier de me rendre compte que tout le monde va dans mon sens. Je parle le Wolof et trois langues du Congo Brazzaville, mais aussi les langues de trois autres pays africains. Je parle la langue centrafricaine pour y avoir séjourné, je parle aussi l'Anglais et le Français. A travers ce que je fais, ce que je prône, ce que je véhicule comme message, j'ai déjà créé les Etats-Unis d'Afrique depuis très longtemps. Aujourd'hui, ce concept commence à revenir parce que je ne l'ai pas inventé. Je le vis. Donc c'est différent. J'ai vécu également la guerre dans certains pays africains. Je sais ce que c'est d'être étranger quelque part, de s'infiltrer ailleurs. C'est des choses qui sont dans mon vécu. Ce que je prône à travers mes textes, à travers ma vie culturelle, c'est l'unité africaine.
Quel est le véritable sens de cette renaissance ?
Au Sénégal, j'ai la chance de vivre devant le Monument de la Renaissance africaine. Je vis à Ouakam. J'ai vécu, j'ai suivi tous les travaux. J'ai pris les photos de cette bâtisse depuis le début, je sais qu'au final, j'ai les photos de toute la construction parce qu'à chaque fois que je me lève ce monument est le symbole de ce que j'ai commencé à faire depuis longtemps. Je suis heureux aujourd'hui que les hommes politiques commencent à plus mettre en avant les Etats-Unis d'Afrique. Obama est venu nous confirmer ce que nous avons comme puissance, comme leadership au plan mondial. Au niveau de l'Afrique, le Sénégal est connu de l'extérieur pour sa « Téranga ». Je vis dans des quartiers populaires, je suis accueilli par le peuple sénégalais. Quand on parle de la Téranga, c'est ce qu'on sait du Sénégal de l'extérieur. Il faut venir le vivre pour le comprendre. La même chose est valable au Congo Brazzaville où il y a un quartier dénommé « Diatta ». Au Congo Brazzaville, il y a des noms comme Samba, Masamba et Mame Bala qui est un nom lébou. J'ai mon oncle qui a du sang 100 % congolais, mais il s'appelle Mame Bala qui a une signification chez nous. J'ai d'ailleurs une chanson dans mon nouveau répertoire où j'explique un peu cela. Le titre c'est « Boolé Boolé ». « Boolé » signifie en Wolof « rassembler ». Dans le « Laari », ma langue maternelle du Congo, « Boolé » signifie « deux ». Peut-on rassembler un seul élément ? Non ce n'est pas possible, il faut commencer par deux. Et je dis dans ma chanson qu'il y a une même racine de mot dans la plupart des langues africaines, du Wolof au Laari par exemple. C'est vous dire que le monument de la renaissance africaine remet des valeurs qui ont existé. La banlieue vit cette renaissance africaine depuis très longtemps. Il est alors temps de la matérialiser par un symbole fort à l'image de ce monument.
Quand avez-vous entamé votre carrière musicale ?
Je suis dans ma 21e année de carrière.
Vous avez sorti combien d'albums ?
Je suis en passe de sortir mon 4e album. J'ai une fréquence de faire un album tous les cinq ans parce que j'estime qu'un album doit vivre. C'est comme un enfant dans une famille où il y a toujours des conflits quand les naissances se suivent, sont rapprochés. Il y a un enfant qui prend le pas sur un autre. Donc, à l'image de la famille, j'ai décidé de laisser à mes albums le temps de faire leur chemin. J'espère que cet album sera dans le marché au début de l'année prochaine.
Quel sera son titre ?
« Nsamina » qui signifie « la clarté divine », « la lumière qui vient de Dieu », « le bonheur », « l'accomplissement ». Et c'est le nom de ma première fille. C'est un album qui sera composé de 14 titres chantés dans 5 langues différentes, donc à l'image de ce que je suis dans ma vie, un panafricaniste.
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