Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Mariama Mané Sanha - "J'ai été reçue comme un chef d'Etat"

Interview réalisée par Rabankhi Abou-Bâkr Zida

11 Novembre 2009


interview

Venue prendre part à la troisième rencontre de haut niveau sur les Mutilations génitales féminines (MGF), la première Dame de Guinée-Bissau, Mme Mariama Mané Sanha, au terme de son séjour au Burkina Faso, nous livre ses espoirs, ses attentes quant à la lutte contre ce fléau dans son pays. Elle dit également sa satisfaction de l'accueil et de son séjour au Burkina Faso

Que retenez-vous de votre participation à la rencontre des première Dames sur la lutte contre les mutilations génitales féminines?

J'ai été très agréablement accueillie. Je remercie très sincèrement le Président du Faso et la première Dame, Mme Chantal Compaoré et le peuple burkinabè. Je ne suis première Dame de Guinée-Bissau que depuis trois mois et je compte beaucoup sur Mme Chantal Compaoré pour m'ouvrir des portes. Je ne peux vous dire combien je suis émue de l'accueil qui m'a été réservé par la population burkinabè dès mon arrivée à l'aéroport et pendant tout mon séjour au Burkina Faso . Je garde un très bon souvenir que je conterai dans mon pays. J'ai beaucoup appris en prenant part à cette rencontre. Et de retour en Guinée-Bissau, je vais m'en inspirer pour mieux organiser les femmes dans la lutte contre l'excision. J'ai été très intéressée par les différentes communications. J'en ai tiré de nombreuses leçons qui seront utiles à mon pays.

Quel témoignage avez-vous livré à travers votre intervention lors de la rencontre sur la lutte contre les MGF ?

Dans mon pays, l'Etat n'a pas assez de moyens pour financer la promotion, la sensibilisation sur l'abandon des mutilations génitales féminines. Je souhaite que les partenaires, notamment les ONG, nous appuient dans la lutte contre ces actes abominables. J'ai relaté lors de mon intervention, l'histoire d'une fillette de trois ans, qui est morte suite à l'excision. Sa mère l'avait emmenée exciser à l'insu de tout le monde. La fillette a eu une hémorragie et sa mère n'a pas voulu la transporter à l'hôpital parce qu'elle craignait d'être démasquée.La fillette a donc succombé dans des conditions atroces. Après la mort de la petite, sa mère a fui le foyer. Dans mon intervention, j'ai demandé aux ONG de m'aider pour que je puisse porter la sensibilisation dans les neuf régions que compte la Guinée-Bissau. Je compte mettre en place des antennes qui vont donner l'alerte en cas de pratique d'excision. Il faut également donner les moyens à la presse pour les campagnes de sensibilisation. Un autre point important que j'ai abordé dans mon discours, c'est la nécessité d'aider les exciseuses à se reconvertir à d'autres métiers. Ce sont nos mamans et elles ne sont pas allées à l'école. Pour beaucoup d'entre elles, l'excision est un métier. On peut par exemple les reconvertir en matrones pour aider les femmes à accoucher, et les rémunérer. Les exciseuses nous ont dit : "Si on dépose nos couteaux, de quoi allons-nous vivre ? C'est avec ça qu'on nourrit nos familles, qu'on envoie nos enfants à l'école". Nous devons leur faire comprendre que si elles continuent à pratiquer l'excision, elles iront en prison. Par contre, si elles déposent leurs couteaux criminels et pour se réinvestir dans d'autres secteurs d'activités, vous verrez que la pratique de l'excision va régresser en Guinée-Bissau. Ces femmes vont accepter abandonner leurs couteaux, même si elles ne peuvent plus aller au champ, elles auront une source de revenu.

Vous avez effectué notamment avec la première Dame du Faso une visite à la clinique Suka. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

J'ai été impressionnée par le plateau technique de la clinique Suka si bien que je veux avoir une telle realisation dans mon pays. Ce que j'ai vu c'est l'espoir. Je veux travailler comme Mme Chantal Compaoré. A Bissau, nous n'avons que très peu d'hôpitaux. Les femmes accouchent surtout dans leurs maisons ou en brousse. La mortalité est élevée. Tout récemment, une femme a accouché de triplés en brousse. Mais par manque de soins, la maman est décédée de même qu'un des nouveau-nés. Si on avait des infrastructures comme la clinique Suka, c'est sûr qu'on réduirait le taux de mortalité, en donnant de meilleurs soins aux femmes et aux bébés. Je fonde beaucoup d'espoir sur la première Dame du Faso. Au cours de la visite, Mme Chantal Compaoré m'a dit qu'elle a surtout bénéficié du soutien des bailleurs de fonds et des donateurs pour hisser la clinique Suka au niveau où elle se trouve actuellement. Il y a des gens qui ont la main sur le coeur. Il suffit de chercher. Je suis sûre qu'avec le soutien de Mme Chantal Compaoré, on peut solliciter ce genre d'aide entre sÅ"urs. C'est vrai, je suis plus âgée qu'elle mais cela ne fait que trois mois que je suis première Dame. Le rôle des premières Dames est devenu aujourd'hui une fonction. De nous deux, Mme Compaoré est la doyenne dans la fonction. Je compte m'inspirer de son expérience. Je suis convaincue que la première Dame du Burkina Faso peut m'aider à soutenir mes soeurs de Guinée-Bissau.

Dans la lutte contre l'excision, n'avez-vous pas peur de vous heurter aux milieux religieux ?

Non, tout réside dans l'approche. Que vous soyez du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire ou de la Guinée-Bissau, les populations ont globalement les mêmes caractères. Il faut reconvertir les exciseuses. L'excision n'a rien à voir avec la religion et on l'a souligné au cours du Sommet.

Le docteur en théologie Guimba Cissé l'a relevé : "C'est tromper nos parents que de leur dire que la religion musulmane recommande l'excision". On doit s'appuyer sur les médias pour convaincre les populations des quatre coins de nos pays des dangers de l'excision.

J'ai invité des chefs religieux rencontrés lors de ce sommet de Ouagadougou à venir s'entretenir avec la communauté musulmane de mon pays. L'objectif est de faire comprendre aux musulmans de la Guinée-Bissau que l'islam n'a rien à voir avec la pratique de l'excision. Il faut arrêter de berner les populations au sujet de l'excision. Il est temps de leur dire la vérité.

Au moment de rejoindre votre pays, quel souvenir gardez-vous du Burkina Faso ?

J'ai été impressionnée par l'accueil, l'organisation du sommet, la ville de Ouagadougou, etc. Le Burkina Faso mérite sa réputation de pays organisateur de grandes rencontres. Tout a été bien préparé. J'ai été reçue ici au Burkina Faso avec tous les honneurs comme un chef d'Etat.

De plus, la ville de Ouagadougou est propre et on ne voit pas des mendiants à chaque coin de rue. Les Burkinabè sont merveilleux et hospitaliers. Voilà mon souvenir.

Je compte inviter ma soeur Mme Chantal Compaoré à une visite officielle en Guinée-Bissau à partir de janvier 2010.

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