La Presse (Tunis)

Tunisie: Les écoles primaires privées - Histoire d'un engouement croissant

M.h.abdellaoui

11 Novembre 2009


Encore une fois, l'école privée gagne du terrain sur sa «consoeur» publique et tient, ainsi, la vedette. Des parents qui ne badinent point avec l'avenir de leur progéniture y croient irrévocablement, allant même jusqu'à multiplier les sacrifices. Bien plus d'une raison serait fort probablement à l'origine de ce grandissant succès

L'école primaire privée n'est plus l'apanage des quartiers chics. On en voit dans les arrondissements populaires, par les temps qui courent. Question de choix ou bien d'obligation, cela reste à vérifier, sur le terrain. Les chiffres, du reste, sont là. On compte, aujourd'hui, 82 établissements employant 1.200 enseignants permanents, 20.000 élèves inscrits, 800 fonctionnaires et ouvriers et 1.712 collaborateurs titulaires de diplômes universitaires.

Le public perd de plus en plus d'apprentis du savoir. Le privé parvient, néanmoins, à maintenir ses effectifs. Certaines académies de renom enregistrent même des hausses. Et plusieurs demandes n'ayant pu être honorées continuent à figurer sur des listes d'attente. La pression ne cesse de s'accroître, d'ailleurs.

Paradoxe ? Certes non. Car, là où les lycées et universités privés ont été longtemps et s'avèrent encore, pour certains, des établissements de repêchage, l'école primaire privée se révèle de prime abord comme un choix d'éducation volontaire et réfléchi d'une bonne frange de la classe moyenne.

Mme Aïda Hacen, présidente de la chambre nationale de l'enseignement primaire privé et propriétaire d'une école située dans un quartier populaire, s'attarde à son tour sur les attraits du secteur. «La qualité de l'enseignement privé s'est améliorée. De nos jours, les enseignants y sont recrutés sur la base de concours, ce qui n'était pas le cas auparavant. Les classes y sont généralement moins chargées que dans le public. Et les langues, telles que le français et l'anglais, sont enseignées à un âge précoce, en l'occurrence, depuis la deuxième année. Toutefois, il convient d'expliciter un détail important. C'est qu'en réalité, certaines familles converties en masse à l'école privée, cherchent à fuir certaines "habitudes violentes" dans les cours de récréation. Tout au plus, recherchent-elles, des endroits plus propices à la garde de leurs enfants puisqu'ils qu'ils vont de pair avec leurs contraintes professionnelles. Je le dis avec une certaine réserve et sans généralisation aucune».

La qualité de l'encadrement serait donc un enjeu majeur puisque l'élève ne peut quitter l'école qu'en compagnie de l'un de ses parents. Ces derniers sont, aussi, séduits par l'image qu'offre le privé : de petits établissements à taille humaine, une autorité importante des chefs d'établissement et les grèves y sont très rares. Cette attractivité du privé concerne, à présent, tous les milieux sociaux à des degrés divers. Notre interlocutrice ajoute dans le même contexte que les artisans, les commerçants, les petits fonctionnaires d'Etat et ceux dont les revenus sont modestes constituent le gros des troupes demandant les services de son établissement, rien que pour la qualité irréprochable de la formation et des méthodes pédagogiques alliant comme il se doit l'instructif au distractif. Mme Hacen note, à cet effet, qu'une place à part est faite au sein de son établissement à l'éducation artistique, en planifiant des séances de musique et de théâtre à raison de deux fois par semaine. Et le même principe s'applique, de surcroît, à l'activité sportive en organisant des séances de natation à l'initiative du club actif au sein de l'école.

Confessions

tous azimuts

Justifiant d'un choix, certains enseignants et parents s'accordent sur les conditions favorables à une toute transmission efficace du savoir, étant donné que l'on a toujours affaire à des groupes réduits au sein de l'école privée, et donc, à un calme et à une ambiance paisible, toujours fort utiles à l'opération éducative. M. Lotfi, instituteur, enseignant les a.b.c de la langue de Voltaire abonde dans le même sens «C'est vrai qu'à un âge assez précoce, l'enfant est généralement hyperactif, mais l'on parvient quand même à le maîtriser grâce à nos méthodes pédagogiques favorisant la motivation et la concentration. La tâche de l'enseignant serait en fait plus aisée en cas de collaboration de la part des parents, chose qui n'est, cependant, pas souvent évidente. C'est vrai que nos élèves jouissent d'une certaine manière des conditions de vie aisées étant issus de milieux favorisés, mais il leur manque ce qui est plus important, à savoir l'encadrement parental qui est souvent absent vu l'indisponibilité des parents pris par leur travail. Nous nous en chargeons, bien évidemment. C'est là, de par la qualité de notre formation, le vrai mérite de l'établissement primaire privé et l'un de ses avantages les plus conséquents». Un point de vue manifestement partagé par Mme Raja, institutrice d'anglais.

Les parents ayant confiance dans le corps enseignant privé ne disent pas le contraire :

«Depuis que j'ai inscrit ma fillette dans une école privée, je ne me soucie plus de sa formation. Je sais que le niveau général de sa classe est élevé. J'ai confiance en l'aptitude de tout le corps scolaire de l'école à mettre en place les méthodes pédagogiques les plus efficaces pour la bonne formation de l'élève. J'ai aussi la certitude qu'en cas de difficulté d'assimilation affichée par l'apprenant, on procède à la correction des lacunes en traitant les situations au cas par cas. C'est pourquoi j'ai choisi le privé même si cela se paye cher. Après tout, la qualité, ça se paye», tranche Mme Salma, fonctionnaire et mère d'une éléve âgée de huit ans. Mme Héla, jeune maman d'un enfant de six ans, est allée encore plus loin pour affirmer qu'elle n'hésite pas à se priver de plein de choses lui tenant à coeur afin de pouvoir assurer à son fils une bonne formation en l'inscrivant dans une école privée et voir par la suite la réalisation de son rêve couronner ses sacrifices «J'aimerais bien le voir un jour, grand médecin, c'est mon souhait suprême».

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