Le Pays (Ouagadougou)

Liberia: Faut-il s'attendre à des révélations ?

Séni Dabo

11 Novembre 2009


Le procès de l'ancien président libérien Charles Taylor devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), délocalisé à La Haye aux Pays-Bas, a repris cette semaine après avoir fait relâche. Il est entré dans une phase que l'on peut qualifier de décisive bien que ce ne soit pas encore l'heure du verdict, mais juste le moment du contre-interrogatoire.

En effet, c'est le tour de la procureure de ce tribunal, Brenda Hollis, d'interroger l'ancien chef de guerre sur les faits de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dont il se serait rendu coupable en Sierra Leone. Interroger ? Le mot est bien poli car il faut plutôt parler, comme on le dit dans le jargon journalistique, de cuisiner. Les premiers jours du procès démontrent que ce ne sera pas une partie de plaisir pour l'ancien président libérien.

Aux questions convenues, soft, en tout cas pas embarrassantes, posées à l'intéressé depuis 13 semaines par ses avocats, vont se succéder celles qui risquent d'être franchement embêtantes pour Taylor. Déjà, on parle de bras de fer entre la procureure et l'accusé après, par exemple, que la première ait dit du second qu'il a menti lors de son témoignage.

Au regard donc des questions qui ne seront pas complaisantes, il faut peut-être s'attendre à ce que l'accusé, acculé, fasse des révélations qui pourront faire l'effet d'une bombe. Vu sous cet angle, le contre-interrogatoire est l'occasion pour Charles Taylor d'étancher la soif de tous ceux qui attendaient - et attendent toujours - qu'il vide, une bonne fois pour toutes, son sac.

Autrement dit, tout ce qu'il sait et qui n'a pas encore été dit sur cet épisode sombre de l'histoire de la Sierra Leone en termes de soutiens et de complicités sous-régionaux, continentaux et/ou occidentaux. Comme s'il avait commencé ses règlements de compte, il n'est pas tendre avec l'ancien président nigérian Olusegun Obasandjo, chez qui il avait trouvé asile après son départ du pouvoir, pour avoir dit qu'il était en train de s'enfuir au Cameroun au moment de son arrestation.

Quid de son évasion de prison des Etats-Unis, du renversement de Samuel Doe, de ses connexions avec la rébellion sierra léonaise du RUF (Front révolutionnaire uni), etc. ? On n'en sait rien ou pas grand-chose pour le moment. Peut-être qu'il faudra prendre son mal en patience, le temps pour Mister Taylor de passer à table et de tout balancer.

Toutefois, s'il y en a qui s'impatientent, se réjouissent même d'une telle éventualité, il n'en manque pas, dans le même temps, qui ne sont pas tranquilles en pensant un seul instant aux révélations que pourrait faire l'accusé Taylor. Il s'agit de tous ceux qui ont quelque chose à se reprocher pour avoir pactisé avec lui lorsqu'il guerroyait contre Samuel Doe ou encore quand il était au pouvoir à Monrovia.

Les événements ayant pris une autre tournure aujourd'hui, il n'y a aucune fierté - et c'est humainement compréhensible - d'être présenté comme ayant été un partisan de cet ancien chef de guerre. Cela peut bien conduire devant une juridiction internationale pour répondre des faits similaires à ceux pour lesquels l'ancien maître de Monrovia est actuellement jugé. Tout compte fait, le caractère épique ou fade de cette phase du procès dépend beaucoup de Taylor. Lui seul peut maintenir l'attention et l'intérêt pour le contre-interrogatoire ou bien les détourner.

S'il opte de tout dire, de dire la « vérité rien que la vérité » sans rien occulter, on ne s'ennuiera pas, car des révélations fracassantes ne manqueront pas. Par contre, s'il se réserve, évite de répondre aux questions, l'intérêt retombera comme un soufflet. Il ne sera relancé qu'à l'heure du verdict lorsque chacun voudra savoir le sort réservé à Mister Taylor.

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