L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Centrafrique: Retour de Patassé - Une équation à plusieurs inconnues

Boureima Diallo

11 Novembre 2009


Ange Félix Patassé est de retour. Les choses peuvent singulièrement se compliquer en Centrafrique sur le plan politique. De par sa barbe fleurie et son éternel nÅ"ud papillon, il est connu au-delà des frontières de son pays comme le loup blanc. Mieux que quiconque, il a connu les délices du pouvoir au haut sommet de l'Etat, mais aussi ses moments les plus durs.

C'est cette figure fortement marquée de la politique centrafricaine qui vient de rentrer dans son pays, au terme d'un exil de plus de six ans à Lomé au Togo où il résidait depuis qu'il a été renversé par son ancien chef d'état-major, François Bozizé, une nuit du 15 mars 2003.

Patassé a appris le renversement de la situation politique dans son pays pendant qu'il se prélassait dans un hôtel de Niamey où il était venu assister à une conférence internationale. Depuis le début de la semaine, l'homme est chez lui à Bangui. Un retour qui est loin de réjouir beaucoup de monde au sein de la classe politique nationale.

En effet, sitôt rentré que le prédécesseur du général Bozizé, qui du haut de ses 72 ans dirigea la Centrafrique de 1993 à mars 2003, déclara sans autre forme de procès, qu'il serait candidat à la présidentielle de 2010. Lui qu'on croyait bon pour la retraite veut donc remonter en selle. Mais sous la bannière de quelle formation politique va-t-il se porter candidat, puisqu'il a été exclu du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), son parti ?

On se souvient que le Conseil politique national du MLPC, réuni le 12 juin dernier, avait pris la grave décision, par vote à bulletin secret et à l'unanimité des 73 conseillers politiques nationaux venus des 16 préfectures du pays et des 4 fédérations de Bangui, de radier définitivement Ange Félix Patassé du parti.

On reproche, entre autres, au prédécesseur du général Bozizé à la tête de l'Etat de n'avoir pas tenu de congrès en dépit de ses multiples professions de foi. Qui pis est, on l'accuse d'Å"uvrer uniquement pour ses propres intérêts au détriment de ceux du parti, surtout que la Cour suprême de Bangui, dans un arrêté en date du 19 décembre 2008, avait formellement interdit à Patassé et à ses partisans de faire usage du nom et du logo du parti.

Patassé exclu du parti, c'est désormais à son ancien Premier ministre, Martin Zéguélé, qu'échoit la lourde tâche de conduire le MLPC vers des lendemains qui chantent. Et c'est peu dire d'affirmer que les choses se compliquent singulièrement pour Patassé, qui assiste, quelque peu impuissant et l'âme en peine, à son exclusion du MLPC, la formation politique qu'il avait patiemment bâtie de ses mains.

Et s'il tient toujours à être candidat à la prochaine présidentielle, il doit le faire comme candidat indépendant ou au nom d'un autre parti que le MLPC qu'il se doit aussi de créer d'ici là, sauf à tomber sous le coup de la loi, s'il s'entête à user du nom et du logo du Mouvement de libération du peuple centrafricain.

Mais quoi qu'on dise, le MLPC n'est aucunement à l'abri un grand déchirement, car en dépit de son long exil togolais, l'homme à la barbe fleurie a encore quelques fidèles qui entendent dire non à cette mort politique programmée de leur leader. Une probable zizanie au sein du MLPC qui pourrait bien faire l'affaire de François Bozizé qui, par-dessus tout, craint fortement l'aura de cette formation politique qui reste quoi qu'on dise le principal parti d'opposition centrafricain.

Avec le MLPC, Bozizé, qui a goûté au pouvoir et qui entend y rester a bien du souci à se faire si, bien sûr, la prochaine présidentielle se déroule à la régulière. Mais si Patassé peine à retrouver son pouvoir, un autre tracas, et non des moindres, semble également l'habiter.

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Il s'agit de l'interpellation du Congolais Jean-Pierre Bemba qui, depuis, attend au fond d'une prison de la Haye son procès, accusé qu'il est de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité pour des actes commis par ses troupes venues prêter main-forte au président Patassé en 2003.

Et Patassé sait, mieux que quiconque, que si l'exécutant se trouve emmêlé dans les mailles du filet de la justice internationale, le commanditaire pourrait difficilement y échapper. Ce n'est peut-être qu'une question de temps.

En tentant de redescendre dans l'arène politique au soir de sa vie, pour certainement mieux se prémunir contre les affres de cette justice internationale, Patassé veut mener son dernier combat. Certainement un combat de trop !

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