Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Assises 2009 - Vol aggravé - 15 ans pour deux accusés et 8 ans pour deux autres

Malick Ciss Et Mamadou Gueye

12 Novembre 2009


Quinze ans de travaux forcés pour Kadiecko Basse dit Eric et Moussa Diop dit Lamine Sané et huit ans pour Mame Mbaye Ndiaye et Khadim Kounta. C'est la sentence de la Cour d'assises de Dakar.

Kadiecko Basse dit Eric, Mame Mbaye Ndiaye, Khadim Kounta et Moussa Diop dit Lamine Sané n'ont, à aucun moment de leur procès, voulu entendre parler d'agression dans la nuit du 9 au 10 juin 2002. Lorsqu'ils se rendaient au dancing « Le Sahel » situé près de l'hôpital Abass Ndao, disent-ils en chorus, c'était pour une expédition punitive contre une bande qui s'en était pris à leur ami Mohamed Mboup.

Pourtant, l'accusation les présente comme des agresseurs qui n'en étaient pas à leur premier coup, ce soir là. Le dimanche 9 juin, les quatre amis, tous domiciliés à l'Unité 10 des Parcelles Assainies, s'étaient rassemblés à leur repaire sis à l'école élémentaire de l'Unité 11. A 22h, les garçons embarquèrent à bord d'un taxi et leurs copines Maïmouna Sy, Ngoné Ngom, Aminata Camara et Ndèye Astou Tall les devancèrent, dans un autre véhicule. Pour la même destination.

A la fin de la soirée, indiquent les enquêteurs, ils attaquèrent le nommé Ousmane Timéra. Selon celui-ci, un des garçons l'injuriait tandis qu'un autre l'aspergeait de bombe asphyxiante. Ils le dépouillèrent de ses biens jusqu'à lui prendre ses chaussures, ajoute-t-il. La foule se fit menaçante et, pour couvrir la retraite de la bande, Eric sortit un pistolet automatique et tira plusieurs coups de feu dont l'un atteint à la cheville la dame Seynabou Badji

. Poursuivis par la clameur publique, le groupe fut rapidement arrêté. Coincés à l'exception d'Eric qui réussit à se sauver, ils furent lynchés par une foule en furie. Les filles se réfugièrent dans une maison, n'empêche Ngoné Ngom fut malmenée. La police intervint et les garçons, très mal en point, se retrouvèrent à l'hôpital. Trois jours plus tard, les enquêteurs réussirent à mettre la main sur Eric Kadiecko Basse. Le 11 juin, M. Timéra identifia Moussa Diop comme l'un de ses agresseurs.

A la police, Ngoné et Ndèye Astou Tall avouèrent que c'est Eric qui portait l'arme à feu. D'ailleurs Eric fut arrêté avec un pistolet automatique de 6,35mm et de cinq cartouches de calibre 7,65mm. Selon Ndèye Astou, Moussa Diop avait une bombe asphyxiante, Khadim Kounta portait un gourdin et Mame Mbaye Ndiaye était armé d'un couteau. Les filles finirent devant un tribunal correctionnel pour non dénonciation de malfaiteurs, à l'exception de la mineure Maïmouna Sy qui fut déférée devant un tribunal pour enfants. D'autres victimes comme Diyé Fall avaient reconnu Eric sur une photo, à la police. Diyé soutenait que c'était lui qui l'avait menacé au couteau tout en lui réclamant son sac, à sa descente d'un car rapide. Léonard Senghor, une autre victime d'agression à l'Unité 10, vers 23h30, indexa aussi Eric dès qu'il vit sa photo. Celui-ci, racontait-il, l'avait tenu en respect avec un couteau pendant que son acolyte lui faisait les poches à bord d'un car rapide.

Expédition punitive ou agression ?

A la barre où ils répondaient de vol commis la nuit avec violences et voies de faits, association de malfaiteurs, détention d'arme sans autorisation administrative et coups et blessures volontaires. Les accusés ont unanimement nié les faits. « C'était une bagarre, mes amis m'avaient dit qu'une bande avait pris les chaussures de Mohamed Mboup au Sahel. Nous nous y sommes rendus et Ngoné qui les connaît, était entrée dans le dancing pour les localiser. A la fin de la soirée, il y a eu l'accrochage », explique Kadiecko Basse. Cette thèse de l'expédition punitive qui aurait mal tourné a été reprise par les trois autres accusés. Quid des armes qu'ils détenaient ? Là aussi, disent-ils, c'est une invention des policiers. Tour à tour, ils ont soutenu qu'ils s'étaient rendus au « Sahel » sans la moindre arme. Khadim Kounta, l'homme accusé d'avoir pris l'une des chaussures de Ousmane Timéra, a aussi joué dans la dénégation en règle. C'est à croire que les accusés se sont passé le mot : tout nier, mettre les aveux sur le dos de la torture et qualifier le contenu des procès verbaux comme sortant de l'imagination des enquêteurs. Mais, dans le bureau du juge d'instruction, on ne peut pas parler de tortures. Les accusés y avaient pourtant fait les mêmes aveux.

Comprenant mal ce revirement de son client Eric, Me Ibrahima Mbengue l'invite à lui répondre, les yeux dans les yeux : « il est plus facile de vous défendre quand vous dites la vérité. Aviez-vous une arme ou pas ? » Et Eric de dire : « je n'en avais pas ! ». Il oubliait que l'avocat était présent lors de son passage devant le juge d'instruction au cours duquel il reconnaissait avoir détenu une arme cette nuit. C'était même peine perdue que de lui rappeler ses déclarations sur l'origine du pistolet automatique acheté auprès d'un certain Pape Alioune Dramé à 25.000 francs. « Je ne le connais pas », répond sèchement Eric.

Un système de défense inopérant, tonne l'avocat général qui, à l'entame de sa plaidoirie donne le ton. « C'est une tautologie que de dire qu'il y a trop de violence », lance-t-il, en demandant à la Cour de sévir vigoureusement. « Seule une réponse judiciaire adéquate peut freiner le fléau », soutient-il. Pour cette raison, en plus de la qualification des faits retenus dans l'arrêt de renvoi devant la cour d'assises, il a ajouté celle de port et d'usage d'arme. « Cette qualification colle mieux aux faits », estime l'avocat général en faisant observer que les accusés se sont armés les uns de pistolet, les autres de gourdin, de couteau pour commettre des forfaits. Il affirme que Kadiecko Basse dit Eric et ses co-accusés ont formé à partir des Parcelles assainies le dessein, tombant du coup sous le chef d'inculpation d'association de malfaiteurs. Les violences, le port et l'usage d'arme étant constants, il a requis à l'encontre des accusés la peine des travaux forcés à perpétuité en application de l'article 367 du code pénal sénégalais.

Un réquisitoire sévère et qui ne correspond pas aux faits, selon les avocats. D'autant que, font-ils observer, l'arrêt de renvoi n'a pas retenue dans le dispositif un tel article. Aux yeux des conseils, il faut parler d'une expédition punitive plutôt que d'association de malfaiteurs, de vol avec violence commis la nuit avec usage d'arme et de voies de fait. Sinon comment comprendre que les accusés aient nourri le projet d'agresser en quittant les Parcelles assainies pour venir commettre leur forfait au dancing « le Sahel ». « La zone, le lieu et l'heure ne s'y prêtent », note Me Ibrahima Mbengue. Les quatre avocats ont plaidé principalement l'acquittement et, à titre infiniment subsidiaire, à une application bienveillante de la loi.

Après délibération, la cour a condamné Kadiecko Basse dit Eric et Moussa Diop dit Lamine Sané à quinze ans de travaux forcés, Mame Mbaye Ndiaye, Khadim Kounta à huit ans de travaux forcés. Pour ces derniers, il leur reste quelques mois de prison.

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