L'Aurore (Conakry)
12 Novembre 2009
Le directeur Général de la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) a démissionné ce 23 octobre 2009, pour incompréhension avec les Administrateurs de la compagnie notamment ceux d'Halco, (Rio Tinto, Alcan, Alcoa et Dadco).Tout est parti d'une décision d'Alcoa de faire évacuer le personnel expatrié, pour des raisons de sécurité, car les assassinats ciblés se multiplient depuis, les massacres du 28 septembre 2009.
L'on a appris que c'est M.Abdoulaye « Ablo » Diallo, directeur des opérations de la CBG qui se serait opposé au départ des expatriés et aurait adressé une correspondance en ce sens à la direction de Alcoa. Finalement, le départ des expatriés a été annulé.
A cause de cette incompréhension, Ronald (Ron) Renton et 15 autres experts, ont décidé de jeter l'éponge et quitter la Guinée. C'est finalement M. Abdoulaye « Ablo » Diallo qui devrait assumer l'intérim en lieu et place de M.Bachir Diallo qui avait l'habitude d'assumer cette délicate mission avec dévouement.
Selon nos enquêtes, le ministre des Mines Mahmoud Thiam, président du conseil d'administration de la CBG déploie tous ses efforts en vue de la nomination de M. Bokar Baïla Ly (patron de Baila consultations) à la tête de la CBG. C'est ancien administrateur de la raffinerie de Friguia avait été jugé et condamné par le Tribunal de première instance de Kaloum (Conakry) pour détournement des fonds et corruption, en 1999.
En effet, c'est en 1999 que l'Assemblée Nationale a mis en place une cellule d'information dirigée par la commission industries, commerce, mines, artisanat et tourisme, pour enquêter sur les malversations financières à Friguia et la situation de l'entreprise Friguia. Cette commission était présidée par feu Siradiou Diallo (ancien journaliste à Jeune Afrique), président du Parti de l'Unité et du Progrès (PRP).
Le 11 octobre 1999, le ministre de la Justice d'alors, Me Maurice Zogbélémou Togba avait adressé une lettre à l'Assemblée Nationale pour confirmer la compétence de celle-ci d'ouvrir une information sur les malversations reprochées à Bokar Baila Ly, Sidi Moctar Dicko et Malal Baldé.
Selon le rapport de ladite commission, M. Bokar avait refusé de collaborer. Le ministre des Ressources Naturelles d'alors, Monsieur Fassinè Fofana s'était constitué partie civile avec l'assistance de deux avocats bien connus de la Guinée. Me Abdoul Kabélé Camara, ancien ministre des Affaires Etrangères et Me Boubacar Sow, actuel Procureur général.
Entre temps, la rumeur comme quoi, les fonds volés auraient servi à la compagne pour l'élection présidentielle de 1998, en faveur du Parti de l'Unité et du Progrès (PUP) dont le candidat n'était autre que Lansana Conté président en exercice, ainsi qu'à celui de l'ameublement des résidences de l'ancien ministre Fassinè Touré, avait gagné du terrain.
Le 11 mai 1999, Lansana Conté avait été interpellé aux USA, alors qu'il participait à l'Assemblée Générale des Nations Unies, par le président du FMI sur ce scandale financier à Friguia. A son retour à Conakry, Conté avait soutenu la procédure judiciaire contre Bokar et compagnie.
Devant le Tribunal de Kaloum, il a été découvert que Monsieur Ly était le principal acteur de ce que l'Assemblée Nationale avait dénommé «la gestion désastreuse de la bande des trois ». Le rapport de l'Assemblée Nationale note ceci, « la filière utilisée par Bokar Ly est une manipulation de chèques consistant à faire la photocopie d'un chèque original vierge puis à remplir le chèque original à l'adresse du destinataire illégal (une société écran ou une personne physique) et la photocopie à l'adresse du destinataire légal, les impôts. Ensuite, une photocopie de cette photocopie était faite pour les besoins d'archives. Le partage entre le groupe de la direction des impôts et le groupe Friguia était fait en raison de 60% pour le premier et 40% pour le second, selon l'aveu même de Monsieur Dicko ».
C'est ainsi que la « cheville ouvrière de ces détournements » Bokar secrétaire général de Friguia avait été placée sous mandat de dépôt le 23 septembre 1999. Son premier compagnon fut Sidi Mouctar Dicko, directeur national des impôts. L'évaluation des détournements, par l'Assemblée Nationale, était d'environ 3 milliards 086 millions 322 mille 972 francs guinéens, pour les exercices comptables 1996 à 1998.
Après leur condamnation par le Tribunal de première instance de Kaloum, Bokar et compagnie passeront à la barre et avaient été élargis dans des circonstances qui restent à élucider.
Car à Conakry, nombreux sont ceux qui ont appris que c'est sur instruction du président Conté, encore, qu'ils avaient été libérés et mis sous contrôle judiciaire. Plus d'un guinéens estiment que Lansana Conté avait reçu la forte pression des grands marabouts de Dinguiraye, préfecture natale de Bocar Baila Ly.
Toutefois, Bokar Ly brandit partout une Attestation du procureur général d'alors, M.Karifa Doumbouya. Cette attestation de l'Avocat général près la Cour d'appel, motivée par celle de l'Agent judiciaire de l'Etat (conseiller juridique à la Présidence, M.Mohamed Sylla), comporte une grande disparité qui appelle au doute.
Il est simple de constater que la pyramide avait été inversée, selon des habitués du droit. Car, c'est à l'Agent judiciaire de l'Etat de motiver sa décision sur celle du procureur général, Mamady Doumbouya. Même si la question du remboursement est contrôlée par l'agent judicaire. Mais constatons que l'attestation de l'agent judicaire de l'Etat qui motive le procureur général est sans numéro encore moins de référencement.
L'Agent Judiciaire atteste au 27 avril 2000, mais le procureur général, a attendu 8 ans après pour statuer sur le même sujet, soit la période pendant laquelle Bokar avait des ennuis avec la justice Sénégalaise dans le dossier Atépa Technologies du richissime Casamançais, Pierre Goudiaby. Première remarque, c'est un document à vérifier. Parce qu'en 2008, c'était également la période des « décrets et contre- décret en Guinée » et Lansana Conté étant gravement malade.
Au point 2 de cette attestation de M.Doumbouya, il est écrit : « à la cour d'appel le dossier a été purement et simplement classé ». C'est très curieux. Les juges en charge du dossier Friguia, Madame Paulette Kourouma et Alhassane II Diallo pourraient édifier l'opinion publique. Encore que cette phrase est pleine de sens. En lieu et place d'une telle attestation « douteuse », ne fallait-il pas mieux de présenter un jugement rendu par la Cour d'Appel, annulant les poursuites et effaçant la condamnation prononcée de 5 ans de prison ferme, par le Tribunal de première instance de Conakry.
Ensuite, le point 3 note qu'il n'est débiteur d'aucune somme. Alors, a-t-il remboursé ? Parce qu'aucune disposition du document n'énonce un non lieu quant aux poursuites pour corruption et détournements des biens appartenant à la raffinerie de Friguia dont il était le Secrétaire Général.
Sur les dates, il faut tout simplement constater que, condamné le 30 décembre 1999, M. Ly a été immédiatement conduit en prison et c'est seulement en 2008, qu'il a bénéficié de cette attestation, après que plusieurs de ces biens aient été saisis par le Tribunal. A l'enseigne du juge, Paulette Kourouma, « vous pouvez relevez appel », M.Ly avait répondu, « je m'en remets à Dieu ». A l'instant, Bokar avait une copie du Saint Coran en main.
La démission de Ron Renton serait due à une incompréhension entre certains administrateurs d' Halco Mining Inc et lui. Notamment Alcoa qui assure la gestion de la compagnie et Rio Tinto-Alcan. C'est finalement 17 experts sur 30 qui ont décidé de jeter l'éponge avec Ron Renton et qui ont quitté Kamsar (Siège de la CBG) ce 25 octobre 2009, à bord d'un vol charter, a-t-on appris.
Le ministre à la présidence chargé des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique, M. Mahmoud Thiam, président du conseil d'administration, en tournée en Angola et Singapour sur invitation de la China Sonangol International Holding, dans le cadre de la mise en oeuvre de l'accord des actionnaires de la Guinea Development Corporation (GDC) et de sa première filiale GDC Mining, Oil & Gas, ne s'est pas prononcé sur cette affaire, même si un émissaire de Dadco, M. Van der Verf a été dépêché en Guinée pour calmer les travailleurs qui ont du mal à accepter le choc, lié à la montée de M.Abdoulaye Ablo Diallo directeur des Opérations CBG (assumant l'intérim) et de Housseine Bangoura directeur des ressources humaines qui leur refuseraient des véhicules réformables..
La "cooptation" d'Ablo au poste de directeur par intérim est critiquée par plusieurs syndicalistes du secteur minier. Joint au téléphone, un des partenaires sociaux n'exclut pas d'aller en grève au moment opportun. D'ailleurs, le 23 octobre, M.Ron Renton avait fait ses adieux au collège syndical dans une atmosphère pathétique, a-t-on appris. Face aux partenaires sociaux, Ron aurait évoqué, "des raisons de maladie" pour justifier sa décision de démissionner non encore rendue publique par le Gouvernement guinéen.
Le sieur Ronald Renton de conclure en répondant aux questions posées, « j'avais toujours l'intention de partir fin de novembre 2009, et le seul changement est dû à des raisons personnelles d'avancer mon départ par un petit mois ».
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