Freddy Monsa Iyaka Duku
12 Novembre 2009
Kinshasa — Si l'immigration clandestine préoccupe plusieurs nations, le commerce ambulant à travers les continents prend de plus en plus de l'ampleur. Hier, c'était Paris, Bruxelles, Lomé et Lagos qui attiraient de nombreux commerçants africains, surtout des femmes, aujourd'hui, c'est l'axe Dubaï et Guangzhou qui connaît plusieurs sollicitations. Les compagnies aériennes Ethiopian airlines et Kenya airways sont toujours prises d'assaut par des « chasseurs de pépites », donnant ainsi une nouvelle dimension au commerce ambulant. Mais à quel prix et à quels risques ?
« Ba mama ya Paris, Bruxelles, Lomé ». Ces propos sont connus des Congolais, disons des Africains. Le TP OK Jazz, avec l'immortel Lwambo Makiadi, a immortalisé ces commerçantes ambulantes dans plusieurs tubes à succès. Elles fréquentaient ces axes afin d'approvisionner Kinshasa, Brazzaville, en pièces wax hollandais et super wax, faisant d'elles des « nouvelles riches », « des Mamans 100 kilos ». Une caste de personnes qui devenaient de plus en plus incontournables dans la société tant que le mouvement qui prenait chaque jour de l'ampleur avait fini par faire des émules. Dans le quartier, elles étaient des vedettes. Mais elles ont fait aussi des victimes, avec la dislocation des foyers, jusqu'à ce que ce mouvement se soit estompé.
Aujourd'hui, le même phénomène refait surface, avec comme destinations l'Asie. Particulièrement les villes de Dubaï, en Arabie Saoudite, et de Guangzhou, en Chine. Pour s'en rendre compte, il suffit seulement d'emprunter les compagnies aériennes Ethiopan airlines et Kenya airways. Elles sont quasiment pleines à chaque départ de Kinshasa ou de Brazzaville en passant par Nairobi, capitale du Kenya, et Addis Abeba, capitale de l'Ethiopie. C'est à partir de ces villes que ceux qui font désormais partie de cette classe d'hommes et femmes d'affaires ou de commerçants, c'est selon, prennent d'autres correspondances pour se rendre à Dubaï ou Guangzhou. Il en est de même du mouvement inverse une fois que l'on a réglé ses affaires, que l'on a fait ses « business », langage le plus usité dans ces milieux.
Par ces temps qui courent, le mouvement est en train de prendre de l'ampleur. Il n'intéresse pas seulement que les Congolais de deux rives, mais également les Angolais. Toutes et tous attirés à se rendre à Dubaï et Guangzhou pour se faire fortune.
DES INTERROGATIONS
Cependant, ce nouveau type « d'hommes et femmes d'affaires », tous sexes confondus bien sûr, suscite certaines interrogations. Certes, il faut saluer cet esprit d'entreprise, d'audace, disons aussi d'aventure qui permet à des Africains de découvrir d'autres cieux afin d'élargir leurs connaissances, et pour le cas d'espèce, leurs activités commerciales. Ce nouveau genre de « africains-libanais » apporte un nouveau dynamisme dans les échanges commerciaux entre les pays. On leur doit cette multitude d'articles sur les marchés, faisant jouer la concurrence et chasser le monopole. Mais si les choses ne s'arrêtaient qu'à ce niveau, cela n'inquiéterait pas outre mesure. Seulement, voilà.
Il y a d'abord l'âge moyen de ceux qui se lancent dans cette nouvelle aventure. Ils accusent en moyenne 22 ans d'âge. C'est dire que professionnellement parlant, ils n'ont pas d'expérience et se lancent dans cette aventure à l'aveuglette, certainement survie oblige.
Autre constat, ce sont surtout les filles, des jeunes filles que l'on voit dans ces voyages. Des jeunes filles, sous la conduite de certaines de leurs aînées. C'est à partir de ce moment que l'on devient curieux. Serait-ce des «femmes d'affaires » ou seraient-elles en train de se lancer dans une autre forme de prostitution ? La question demeure pertinente dans la mesure où leur comportement, leur apparence, parfois leur accoutrement, suscite également interrogation. Il suffit de les observer à l'intérieur de l'avion, d'apprécier leur comportement à l'intérieur de l'appareil ou dans les couloirs des installations aéroportuaires, à entendre leurs conversations, il saute aux yeux que le manque d'éducation est flagrante. Quant aux jeunes garçons, ils ont tout simplement interrompu leurs cours pour se lancer dans la études des biens matériels, servir parfois de garçons de course.
S'il arrive que vous rencontriez des personnes sereines qui reviennent de Dubaï et Guangzhou, et entendre les récits qu'ils font, il y a de quoi attraper la chair de poule. En effet, en dehors de ce commerce ambulant, il y a une autre activité bien cachée, une aventure qui pourrait un jour tourner en dérision. Du coup, c'est l'image du pays à l'étranger qui est en train de ternir, de prendre un sacré coup.
Il y a donc péril en la demeure parce que ce genre d'aventures est justement « vecteur des maladies, d'épidémies, d'endémies et des pandémies ».
LA FEC INTERPELLEE
S'il est vrai que l'on est dans un système de libre entreprise, il serait intéressant et positif pour que les autorités nationales puissent canaliser ce genre d'activités et réduire la fréquence des risques des dérapages. Dans le cas de la République démocratique du Congo, la Fédération des entrepreneurs du Congo, FEC, pourrait entrer dans la danse afin de prodiguer de sages conseils à ceux qui ont levé l'option de s'engager sur cette voie. Bien encadrés, ils pourraient fructifier leurs activités dans la perspective de bénéficier des revenus conséquents. Progressivement, la FEC maîtriserait le secteur informel aux formes multiples.
De leur côté, les autorités nationales interviendraient efficacement chaque fois qu'un problème se poserait, apportant ainsi de l'assistance à leurs compatriotes qui, souvent, sont laissés à la merci des truands, des proxénètes. En attendant, comme ce fut avec Paris, Bruxelles, Lomé et Lagos, l'attraction est irrésistible : voir Dubaï, Guangzhou et mourir.
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