Fraternité Matin (Abidjan)
Edmond Konan
10 Novembre 2009
Abidjan — Depuis toujours, la région du Bas-Sassandra et particulièrement le département de San Pedro "ne s'est mieux portée que pendant le dernier trimestre de l'année, période de commercialisation de son principal produit de rente, le cacao dont la bonne ou mauvaise santé rejaillit forcément sur toute l'activité économique.
Et ce d'autant plus que la majeure partie de la population vit essentiellement du fruit du dur labeur de la masse paysanne. Précisément de la récolte du cacao qui a toujours positivement agi sur tous les secteurs d'activités économiques à partir du mois d'octobre. Malheureusement avec la mauvaise santé de la campagne cacaoyère actuelle qui est plus ressentie dans cette partie de la Côte d'Ivoire appelée communément" nouvelle boucle du cacao "toutes les activités génératrices de devises sont sévèrement affectées. Une visite dans un supermarché sis au quartier Bardot, qui, à cette même période l'année dernière, fourmillait de clients permet de constater que l'ambiance n'est pas la même.
« Au cours du mois d'octobre nous n'avons fait qu'une recette de 43 millions de francs contre 69 millions l'année dernière pendant le même mois. Toutes les commandes en fournitures scolaires, alcool et produits de grande consommation sont toujours en place", confie le gérant de la boutique qui déduit qu'on ne se croirait même pas en campagne cacaoyère. Non loin de ce supermarché, un opérateur économique d'origine libanaise spécialisé dans la revente de bassines en plastique s'inquiète." Je ne sais pas ce qui se passe. Cette année il n'y a pas de clients. Ce qui m'inquiète c'est qu'à San Pedro on ne fait recette que pendant les quatre derniers mois de l'année", fait-il remarquer.
Dans le même quartier d'affaires Issiaka Magassouba, revendeur de produits phytosanitaires, ne dit pas autre chose. Pour lui la seule alternative, c'est d'aller avec les engrais jusque dans les campagnes pour les distribuer aux clients dans l'espoir que ces derniers paieront dans quatre mois, s'ils font une bonne récolte intermédiaire.
La situation n'est pas meilleure chez les couturiers. C'est le cas de Kouassi Kra, qui révèle que "tous les projets et estimations des tailleurs ont échoué. On a même l'impression que la rentrée scolaire n'a pas été effective cette année. Des dizaines de clients élèves qui se font confectionner leurs uniformes kaki chez moi ont disparu." Même son de cloche chez Bamba, un jeune revendeur de friperie au grand marché de San Pedro qui a avoue que ses chiffres ont chuté de deux tiers.
Dominique A, directeur d'études d'un établissement privé d'enseignement secondaire se dit très découragé par l'abandon de ses anciens élèves. "Deux-tiers de nos anciens élèves n'ont pu encore refait leur réinscription. C'est décourageant d'apprendre que faute de pluie et d'intrants les plantations de cacao n'ont pas produit. Et que par conséquent les élèves n'ont pu s'inscrire à ce jour",regrette-t-il. Celui qui semble le plus regretter cette mauvaise conjoncture cacaoyère s'appelle Koné Mamadou, chauffeur de taxi de son état. Qui dit ne même pas faire un quart des recettes habituelles à cette même période de l'année. Le taximan qui avait la chance d'accompagner les planteurs jusque dans leurs campements par prise en course pouvait effectuer un seul voyage à raison de 50.000 francs. Et il avait la chance d'en faire trois par jours.
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