Hortense ZIDA
12 Novembre 2009
interview
Des suggestions de sortie de crise, c'est le contenu du document remis au Président du Faso, Blaise Compaoré, par la délégation de la junte au pouvoir en Guinée. Hier mercredi 11 novembre, en début de soirée, le colonel Moussa Keyta et sa suite ont refait le déplacement de la salle polyvalente du palais de Kosyam.
Le Président du Faso, Blaise Compaoré.
Le colonel Moussa Keyta, ministre, secrétaire permanent du CNDD, chef de la délégation.
17 minutes manquaient pour que 18 heures sonnent. L'un après l'autre, les officiels guinéens ont franchi le double battant coulissant. Inchangés, le dispositif et les places attribuées la veille à la prise de contact. Derrière la rangée de pupitres disposés en courbe à droite et à gauche du présidium, chacun reprend son siège dans une ambiance bon enfant.
Le colonel, ministre, secrétaire permanent du CNDD et chef de la mission est placé en première position sur la rangée côté droit du présidium. Devant lui, sur le pupitre, un cartable jaune sur lequel on lit la mention « médiateur». Sans aucun doute, les propositions formulées sur recommandations du facilitateur.
L'ambiance est détendue dans la salle. On attend l'hôte d'une minute à l'autre. Bref intermède, accessoire, mais inespéré pour les hommes de médias. Chacun en profite, selon ses orientations, selon les besoins de sa mission.
Un petit groupe se forme autour du chef de délégation. Les journalistes ciblent en tout bon sens et vont vers qui peut leur être utile. Objectivement, c'est du colonel que peut venir une quelconque primeur. Nullement avare en échanges d'amabilité avec les journalistes, en sourires et même en éclats brefs de rires, le chef de la délégation guinéenne affiche une sérénité.
M. Ibrahima Fall, envoyé spécial de la commission de l'Union africaine pour la Guinée.
Le ministre des Affaires étrangères de Guinée, Alexandre Ceceloua.
Sans pour autant lâcher le mot susceptible de trahir la rigueur de la confidentialité. La tactique malicieuse des journalistes échoue très rapidement, la conversation dérivant plus aisément vers des avis plus ou moins neutres, moins engageants.
« Nous sommes très impressionnés par la beauté du pays, par l'hospitalité ... C'est vers ça que nous voulons tendre nous aussi...Autrement, ce serait dommage. La Guinée, en matière de pétrole a plus de réserves que le Nigéria... Personne n'a intérêt à déchirer ce pays (la Guinée s'entend), à moins qu'on ne soit apatride... ».
L'entrée du chef de l'Etat dans la salle met brutalement fin au jeu de «tu me tiens, je te tiens par la barbichette...». Juste le temps d'immortaliser les poignées de main accordées par Blaise compaoré à chaque membre de la délégation, puis, sans surprise, les médias sont à nouveau priés de quitter la salle. Moins longue sera l'attente, comparée à celle de la veille. Sorti en premier, le médiateur livre des impressions globalement satisfaisantes à la presse. Les propositions reçues, a-t-il confié, seront confrontées à celles déjà remises par les forces vives pour en dégager les lignes forces de dialogue.
Ils ont dit
Blaise COMPAORE: "Le médiateur que je suis est satisfait des propositions de la délégation guinéenne. J'ai reçu un document complet et je pense qu'avec celui que j'avais reçu des forces vives, je vais pouvoir dégager un cadre de dialogue. Ce dialogue va concerner les grands thèmes qui sont les questions politiques, économiques et sécuritaires. Ce qui nous permettra une sortie de crise.
Les Guinéens doivent comprendre que nous sommes là pour les accompagner. Nous connaissons moins la Guinée que les guinéens eux-mêmes. Et nous pensons qu'ils doivent s'investir fortement au-delà des différences pour bâtir la paix. Il faut que dans le processus de paix, chacun se dise qu'il a quelque chose à apporter et à recevoir de l'autre. La paix ne peut pas se construire en excluant une partie de la population et l'expérience dans d'autres parties de l'Afrique surtout l'ont démontré".
Ibrahima Fall, envoyé spécial de l'Union africaine pour la Guinée : "Nous sommes au début d'un processus qui va connaître de nouveaux développements avec des possibilités pour les deux parties de commencer de véritables négociations. Comme l'a dit le médiateur, cette crise est un défi que le peuple guinéen est en mesure de relever, et que le médiateur, soutenu par la communauté internationale veut contribuer à relever".
Colonel Moussa Keyta, ministre et secrétaire permanent du CNDD et chef de la délégation
Qu'est-ce que les entretiens ont apporté à la résolution de la crise ?
L'entretien a été très fructueux. Il nous a permis de savoir le contenu des revendications des forces vives. Ensuite, nous avons reçu de sages conseils d'un homme très expérimenté et très sage, le Président Blaise Compaoré. Nous sommes convaincus d'une chose, c'est qu'il est très soucieux du devenir de la Guinée. Nous allons nous mettre au tour de la table de négociation.
Le CNDD est-il prêt pour un partage du pouvoir ?
Nous avions été les premiers à souhaiter un gouvernement d'ouverture avant que la communauté internationale ne s'implique. Nous avons proposé que le dialogue continue. Parce qu'au-delà de tout, c'est entre les Guinéens et nous espérons trouver une solution à la guinéenne.
Les forces vives demandent le départ du CNDD ; quel est votre point de vue sur la question ?
Je ne voudrais pas aller très vite en besogne, mais ce ne sont pas les forces vives qui ont mis le CNDD en place. En aucun cas, les forces vives ne peuvent exiger le départ du CNDD ou du président Dadis.
Qu'en est-il des corps des victimes réclamés par les forces vives ?
Nous avons rendu les corps. C'est-à-dire 58 victimes dont 12 ont reçu des balles. Il ne faut pas croire à tout ce que racontent les forces vives. Il n'y a pas de prisonniers, il n'y a plus de corps.
Quelles sont vos attentes vis-à-vis du médiateur ?
Notre attente, c'est la réussite de la médiation car le médiateur est lui-même un homme expérimenté.
Et si les forces vives décidaient d'arrêter le dialogue ?
Si les forces vives sont vraiment patriotes et guinéens, elles ne vont pas refuser le dialogue. Quand on est politique et démocrate, il faut accepter le dialogue. Et si elles refusent le dialogue, cela voudrait dire que les forces vives ne sont ni politiques ni patriotes.
Allez-vous proposer un nouveau chronogramme pour la sortie de crise ?
Nous remettons tout entre les mains du médiateur. Et s'il n'y a pas de consensus, nous allons consulter le peuple par voie référendaire.
L'Union africaine a demandé le départ du capitaine Dadis...
C'est l'Union africaine qui a mis Dadis là-bas ? C'est l'Union africaine qui a mis Dadis au pouvoir? La Guinée est un pays indépendant.
Combien de points comportent le document que vous avez remis au médiateur ?
Nous avons remis des suggestions de sortie de crise (rires). Ce sont tout simplement des suggestions.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2009 Sidwaya. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.