L'Autre Quotidien (Cotonou)
Fortuné Agueh
12 Novembre 2009
Le président de l'Assemblée nationale, Mathurin Coffi Nago présente ce jeudi à la plénière son cinquième rapport d'activités depuis son arrivée à la tête du parlement. Etant donné que les trois derniers rapports qu'il a présentés ont été rejetés par les députés de l'opposition, l'inquiétude parait alors grande quant au sort de celui -ci qui intervient dans un contexte quelque peu différent.
Les députés sont invités ce jour à examiner et apprécier le cinquième rapport d'activités du président de l'institution, Mathurin Nago. Mais la vraie inconnue sera le sort que pourrait connaître ce rapport qui intervient dans un contexte où, semble-t-il, un vent favorable souffle au parlement après plusieurs mois de vives tensions entre les députés de l'opposition et la mouvance L'opposition parlementaire reproche au président Nago une certaine dépendance vis-à-vis du chef de l'Etat Boni Yayi et son refus supposé de ne pas faire jouer au parlement ses missions constitutionnelles. C'est donc au nom d'une revendication démocratique que le parlement est devenu le champ d'expression des députés de l'opposition. Une réaction contre la gestion de Mathurin Nago est venue, rappelons- le, depuis la constitution du groupe politique G13 qui s'est donné pour mission de sauvegarder les acquits de la conférence nationale de février 1990.
C'est alors que les députés des partis politiques traditionnels ont pris la mesure de la situation et le 12 mars 2008 au stade de l'amitié ont proclamé leur opposition farouche à la méthode de gestion du régime du changement. La lutte est devenue donc commune. Les G et F, forts de leur supériorité numérique au parlement ont rendu la vie dure au président Nago qui aurait commis le péché d'être trop proche du chef de l'Etat. Le défaut de prise de position officielle du président Nago sur certains dossiers de la Nation, comme par exemple le mandat d'arrêt lancé contre le deuxième vice président de l'Assemblée, Antoine Dayori, le refus d'octroi de visa au député Fcbe, Célestine Adjadohoun par l'ambassade des USA, ont été interprétés comme un acquiescement de ce que l'opposition a appelé les dérives du régime de Boni Yayi.
On reproche souvent au président de l'Assemblée de ne pas se démarquer en dénonçant les abus du pouvoir. Pour exprimer leur désaccord à l'égard du chef de l'Etat, les députés de l'opposition ont, deux ans durant, troublé la présidence de Nago en le doigtant comme une personnalité incapable de diriger la représentation nationale. Il a été accusé de tous les maux : mauvaise gestion financière et administrative, détournement de fonds. Mis à part son premier rapport d'activité apprécié et adopté par tous les députés en octobre 2007, donc avant les prises de position des G et F, les trois autres rapports qui ont suivi le premier ont été rejetés systématiquement. Bien que les députés aient reconnu une certaine qualité au deuxième rapport, il a essuyé le rejet de l'opposition en avril 2008.
Le vendredi 5 octobre 2008 les députés ont rejeté, pour la deuxième fois, le rapport du président Nago. Le 4ème rapport a été également rejeté dans une confusion totale le 23 avril 2009 parce que 40 voix ont voté pour alors que le même nombre de voix l'a rejeté. Mais au terme des dispositions du règlement intérieur, une loi qui obtient le même nombre de voix de rejet et d'adoption n'est pas adoptée.
Une légère accalmie
Une certaine accalmie notée lors de l'ouverture de la dernière session budgétaire le 27 octobre dernier peut autoriser à espérer une issue favorable à ce rapport. En effet, le discours prononcé par le président de l'Assemblée nationale a , semble -t-il, obtenu l'adhésion de tous les députés aussi bien de la mouvance que de l'opposition. En témoignent les impressions favorables enregistrés. Ce discours aurait pris en compte certains griefs qui sont faits à Nago. Il aura réussi à se démarquer des actes de mal gouvernance du gouvernement en dénonçant dans son discours les faits de corruption au somment de l'Etat.
Il a analysé la performance économique du Bénin en partant de la situation financière du monde. Mais peut on en déduire que les choses se sont totalement arrangées au profit de la mouvance au point d'espérer un vote favorable du rapport d'activité du président Nago ? Ce serait difficile de répondre par l'affirmative. Beaucoup d'autres considérations pourraient faire changer d"avis aux députés de l'opposition qui seraient totalement dans la logique de l'alternance au pouvoir de Boni Yayi en 2011. Vu sous cet angle, il n'y aura pas de sentiment ce jeudi au parlement dans lequel il est impossible d'avoir une clarification politique. Certains députés proches de la mouvance se comportent de plus en plus comme des opposants. La politique va encore dicter sa loi.
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