La Presse (Tunis)

Tunisie: Séminaire sur le thème "Emigration et intégration" - " Le pays accorde une importance capitale aux problèmes migratoires "

I.haouari

12 Novembre 2009


L'Association des études internationales a organisé, hier, en collaboration de la Fondation Friedich Ebert, un séminaire sur le thème: "Emigration et intégration", afin d'engager une réflexion sur l'état et le rôle de l'émigration dans les sociétés maghrébines et européennes.

Un grand nombre d'experts, de journalistes et de professeurs chercheurs ont débattu divers sujets ayant trait à l'émigration, aux pays d'origine et d'accueil ainsi qu'aux problèmes d'intégration que rencontrent les immigrants dans les pays d'accueil. A l'heure de la mondialisation et de l'ouverture des marchés sud-méditerranéens, les flux migratoires connaissent une régression due à un durcissement des politiques d'émigration mis en place dans les pays européens, selon M. Khalifa Chater, président de l'AEI, qui a relevé, à ce propos, que des pays d'accueil comme les Etats-Unis et l'Inde, qui connaissent des flux migratoires importants, ont établi des frontières symboliques avec les pays d'où proviennent les migrants, à savoir le Chili et le Bangladesh.

Les immigrants font l'objet, par ailleurs, d'un rejet de la population locale qui se reflète souvent dans le discours des partis politiques au pouvoir qui "préfèrent, parfois, par souci électoral, pêcher sur les terrains de prédilection de l'extrême droite, en avançant notamment le danger du communautarisme", a souligné l'intervenant. Or, selon M. Chater, la coexistence entre des peuples de différentes cultures peut s'avérer une réussite, à l'instar des Etats-Unis, qui a tout au long de son histoire accueilli des flots d'immigrants de différentes races, religions et cultures et qui ont su cohabiter ensemble dans le respect de leurs spécificités culturelles et religieuses.

Crise mondiale et durcissement des politiques migratoires

Une volonté de développer les échanges de produits, de services et des hommes a bien été affichée par les pays européens, notamment la France, qui a encouragé la création de l'Union pour la Méditerranée, mais ce projet a été relégué "aux oubliettes, attestant l'absence d'une convergence des points de vue sur la question", a soulevé M. Chater. Intervenant à son tour, M. Ralf Melzer, représentant résident de la Fondation Friedrich Ebert, a souligné, pour sa part, que les relations euroméditerranéennes restent dominées par l'aspect sécuritaire. "Il s'agit de défendre et d'intégrer les immigrants venant du Sud du Sahara. Nous sommes sur le point d'avoir des sociétés d'émigration des deux côtés des rives de la Méditerranée".

Ancien ministre et ambassadeur tunisien, M. Tahar Sioud a mis l'accent, de son côté, sur l'évolution des courants migratoires dont la trajectoire a changé tout au long de l'histoire. "Le phénomène de l'émigration a existé de tout temps. Phéniciens et Romains sont venus sur les côtes de Carthage. Actuellement, cette trajectoire se fait du sud vers le nord", a relevé, à ce propos, M. Sioud, qui a, par ailleurs, souligné que cette inversion des courants migratoires a posé problème aux pays européens qui, en période de crise économique mondiale, ont préféré opter pour un durcissement de leurs politiques migratoires, axant leur choix sur "la préférence nationale". "Il s'agit d'un problème majeur qui s'est essentiellement posé pour la France, l'Espagne et l'Allemagne", a relevé M. Sioud.

Pacte européen d'émigration et d'asile

S'agissant de la France, le Président Nicolas Sarkozy a annoncé la mise en place d'une politique migratoire dont les axes ont été traduits en pratique au niveau de la réglementation européenne. Sur une décision du Conseil européen, un pacte européen d'émigration et d'asile a été élaboré, s'articulant autour de cinq principaux objectifs, à savoir l'organisation de l'émigration légale, en fonction des besoins du marché européen, la lutte contre l'immigration illégale, l'organisation des expulsions, le contrôle au niveau des frontières et la création d'associations au niveau des pays d'origine et de transit. "Le Président Zine El Abidine Ben Ali a appelé à la signature d'une charte qui pourrait protéger les immigrants. Nous n'avons jamais signé cette charte avec l'Europe. La Tunisie accorde une importance capitale aux problèmes humanitaires que rencontrent les immigrants dans les pays d'accueil".

M. Tahar Sioud a, par ailleurs, affirmé que l'Europe devrait s'engager dans un dialogue de cultures et de complémentarité, respecter la libre circulation des personnes et encourager le développement économique des pays d'origine des migrants afin de contribuer ainsi à réduire les flux migratoires. "Actuellement, les pays européens sont en train de réfléchir à l'élaboration d'un autre pacte qui sera présenté le 12 décembre au cours du prochain Sommet", a poursuivi l'intervenant.

Des communications ont également été données, s'articulant autour " des formes et des facteurs d'émigration", "des modèles d'intégration des pays d'accueil" ainsi que de la discrimination et du racisme dont sont victimes les émigrés dans certains pays d'accueil.

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