Propos Recueillis Par Ibrahima Diaw
12 Novembre 2009
interview
Les producteurs d'arachide peuvent se frotter les mains. Toutes les dispositions sont prises pour qu'en échange de leurs graines livrées aux opérateurs, le paiement puisse être effectif. C'est le docteur Macoumba Diouf, coordonnateur du Comité de suivi de la campagne agricole et de commercialisation qui le révèle dans l'entretien qu'il nous a accordé. Le conseiller technique du ministre de l'Agriculture, de la Pisciculture et des Biocarburants parle également de la sécurisation des subventions et de la mise à l'écart des opérateurs indélicats.
Le démarrage de la campagne de commercialisation de l'arachide est fixé au 15 novembre. Vous êtes-vous entourés de toutes les garanties pour la réussir ?
Le démarrage de la campagne de commercialisation de l'arachide d'huilerie 2009/2010 est fixé au lundi 15 novembre. Mais je dois rappeler que, sensible aux efforts des producteurs, qui constituent la majorité de la population, soucieux de préserver leurs revenus et constant dans ses efforts, le chef de l'Etat a bien voulu accorder une subvention pour soutenir le prix au producteur. Cette subvention est de 45 francs Cfa sur le kilogramme au titre de la campagne de commercialisation de l'arachide d'huilerie et vient en complément du prix fixé à 120 francs par le Comité national interprofessionnel de l'arachide (Cnia). Ce qui porte cet appui à 13,5 milliards de francs Cfa si l'on se réfère aux 300 mille tonnes fixées comme objectif de collecte pour cette année.
La répartition provisoire est établie comme suit par catégorie d'opérateurs et d'acteurs. Pour les huiliers, il s'agit de la Suneor dont les prévisions sont estimées à 180 mille tonnes, de la Novasen avec 62 mille tonnes et du complexe agro-industriel de Touba (Cait) pour 20 mille tonnes. Pour les opérateurs privés, 20 mille tonnes sont prévues et les organisations de producteurs se retrouvent avec 13 mille tonnes. Ces prévisions de collecte, fruit de l'arbitrage entre les professionnels sous la facilitation du Comité national interprofessionnel de l'arachide (Cnia), sont des engagements qui seront évalués chaque semaine et réexaminés en cas de non-respect des plannings établis avant le démarrage des opérations sur le terrain. C'est une fois que ces objectifs ont été fixés à partir d'un arbitrage fait par le Cnia que l'Etat du Sénégal a prévu de subventionner ce volume de collecte de 300 mille tonnes. Mais, on a aussi sécurisé le dispositif du système 'carreaux usine'. Celui-ci prévoit l'agrément à des opérateurs privés qui devront se charger d'aller au niveau des points de collecte qui leur seront affectés pour collecter les graines et les convoyer vers les dépôts des huiliers.
Vous avez annoncé la date de démarrage, mais pas celle de clôture.
Si la date d'ouverture de la campagne de commercialisation de l'arachide est fixée au 15 novembre 2009, celle de clôture sera déterminée en fonction du rythme d'évolution des collectes au niveau des différents acteurs. Par contre - et c'est important - on l'arrêtera suffisamment à temps pour pouvoir marquer une pause et démarrer la campagne de distribution des semences. Dans ce cas, il n'y aura pas d'interférence entre les deux opérations. L'interférence de ces deux actions peut être une façon de dévier la subvention par rapport à sa destination finale.
Qu'est-ce que l'Etat a fait dans le sens d'aider les opérateurs ?
En sus du montant que l'Etat leur donne au titre de la subvention, des lettres de confort ont été préparées pour faciliter aux huiliers le bouclage de leur financement pour la partie nationale constituée d'un 'pool' bancaire national, dont le chef de file est la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas). A côté, il y a un 'pool' bancaire extérieur, celui 'off shore' qui est aussi une autre source de financement pour les opérateurs.
A propos des subventions, avez-vous pris des mesures pour les sécuriser ?
Pour assurer cet important effort financier qu'un cadre sécurisé d'exécution a été mis en place. Il s'agit d'une commission de surveillance comprenant toutes les franges des concernés pour sécuriser tout le système et faire en sorte que la subvention profite aux producteurs bénéficiaires. Ce dispositif sera renforcé par des mesures susceptibles de garantir une parfaite traçabilité des opérations d'achat, du point de collecte primaire au centre de réception agréé.
En vue de réprimer les pratiques spéculatives et d'éviter ainsi un éventuel détournement de la subvention au détriment des ayants droit, un accent particulier devra être accordé à la surveillance des activités dans les marchés hebdomadaires ou quotidiens, dans les dépôts et les seccos. D'ailleurs, tous les services de sécurité, à savoir la police, l'armée et la gendarmerie sont invités à s'impliquer dans cette bataille.
Pouvez-vous assurer que les bons impayés ne réapparaîtront pas cette année ?
On a vécu le phénomène des bons impayés à cause de certains producteurs indélicats. De la même façon qu'on a décidé de lutter contre le détournement des subventions, on va combattre ce phénomène. Dans ce sens, des efforts de sensibilisation devront être menés en direction des producteurs pour leur demander d'exiger des préposés des points de vente la délivrance d'un document modèle que le Cnia a mis en circulation. Tout document autre que le modèle mis en circulation par le Comité national interprofessionnel de l'arachide (Cnia), pour attester des apports de graines, est formellement interdit dans les points de vente. Sous ce rapport, les mesures d'assainissement des transactions déjà en vigueur avec la mise à l'écart des opérateurs indélicats seront poursuivies et renforcées.
Dans le sens de combattre ce phénomène aussi, les opérateurs devront payer cash aux producteurs avant tout enlèvement. C'est pour cette raison qu'on a pris des dispositions pour qu'en échange des graines livrées aux opérateurs, le paiement puisse être effectif. Ce qui va nous faire éviter aussi le détournement des subventions.
Vous avez fixé le prix d'arachide depuis le 14 octobre dernier, donc plus tôt que d'habitude. Pourquoi une telle démarche ?
En principe, le prix de l'arachide doit être fixé tôt pour permettre aux producteurs d'opérer leurs choix en termes d'emblavures. Dans l'exploitation agricole, le producteur pratique plusieurs spéculations. Et pour pouvoir faire ses choix, il faut lui donner les éléments qui lui permettent de les faire à temps et lui donner les éléments qui lui permettent de faire ses choix, pour qu'il sache le prix auquel les acteurs concernés vont acheter l'arachide. Il est même recommandé de le fixer avant le démarrage de la campagne agricole. Dans ce cas, la fixation du prix minimum en juin permet aux producteurs de faire leurs choix pour déterminer les spéculations qu'ils vont produire. En octobre, il doit donner le prix recommandé qui doit toujours être supérieur ou égal au prix minimum de départ arrêté en juin. En novembre ou décembre, le prix appliqué au producteur doit à son tour être connu.
Quels sont les critères retenus pour agréer un opérateur ?
Pour cette année, nous avons insisté sur la nature des personnes à agréer. Elles doivent avoir une certaine capacité financière, mais aussi une bonne réputation. Ensuite, pour retenir les leçons du passé, aucun opérateur indélicat ne sera reconduit cette année dans le cadre de ces agréments.
Le Conseil national de concertation des ruraux (Cncr) a émis des doutes sur l'effectivité du démarrage de la campagne à la date indiquée. Partagez-vous leurs craintes ?
Pas du tout ! Ils (les membres du Cncr) ont d'abord commencé par dire que la campagne de commercialisation de l'arachide de cette année a démarré tardivement. Et j'avoue qu'en ce moment, ils ne savaient même pas que la date du 15 novembre 2009 était déjà arrêtée par le ministère de l'Agriculture. Pour votre gouverne, je rappelle qu'avant de débuter une campagne de commercialisation, il faut que les graines soient disponibles, et en quantité. En prenant le profil de l'hivernage on peut dire que c'est au mois de juin que les premiers semis ont été effectués. Ce qui fait que l'arachide est arrivée à maturation en mi-octobre. Et il faut un minimum de trois semaines pour sécher, battre, vanner et transférer l'arachide du village vers les points de collecte. Donc, techniquement, matériellement, personne ne peut démontrer qu'il y a suffisamment d'arachides qui attendent au point que la date du 15 novembre 2009 puisse correspondre à un retard pour le démarrage de la campagne. Aussi le Comité national interprofessionnel de l'arachide (Cnia) est en train de travailler depuis quelques semaines sur la remise en état des matériels de collecte, son renouvellement, les personnes à agréer, entre autres.
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