12 Novembre 2009
Dans ses efforts de médiation pour trouver une sortie de crise aux protagonistes guinéens qui se trouvent désormais à couteaux tirés, le chef de l'Etat burkinabè, Blaise Compaoré, a décidément opté d'aller vite. Urgence et précarité de la situation exigent. Il a d'abord reçu les représentants des Forces vives et quelques jours plus tard il écoutait le son de cloche des envoyés du CNDD.
Et c'est ainsi que les positions des uns et des autres sont désormais connues. Elles sont diamétralement opposées. Les Forces vives se montrent intransigeantes et exigent le départ du capitaine Dadis Camara, ainsi que l'instauration d'une autorité de transition pour une période de 6 mois. Le CNDD, pour sa part, s'il accepte un « partage du pouvoir », exige le maintien de son chef à la tête de l'Etat.
Et on attend de voir ce que sera le troisième round au cours duquel devront réellement commencer les négociations. Car, c'est bien là que l'on devra s'attaquer à ce qui aujourd'hui s'apparente à un véritable noeud gordien. Autant dire que rien n'est déjà joué à l'avance. Car la grosse équation demeure sans doute celle du comment le facilitateur saura concilier des positions et des états d'esprits si radicalement opposés. C'est un euphémisme que de dire que la chose ne sera pas de toute facilité. Et pour cause. Sitôt connu, le contenu du rapport des envoyés de la junte a fait l'objet d'un rejet immédiat et sans ambages par les différentes composantes de l'opposition guinéenne. A leurs yeux, il serait hors de question que l'on parle d'un éventuel maintien de Dadis aux commandes de l'Etat guinéen. Et il est légitime de se demander si cette opposition n'aurait pas mieux agi, en réservant ses observations pour la rencontre de la semaine prochaine autour du facilitateur.
De toute évidence, lorsqu'on parle de dialogue, c'est qu'on n'est pas seul. Et au point où se trouvent les protagonistes de cette crise, au moment où les tensions se révèlent exacerbées, il importe de résister sans doute aux déclarations épidermiques et intempestives qui, même si elles traduisent une colère contenue à grand peine, n'apportent strictement rien en matière d'avancée dans un processus pourtant déclenché et dont tout le monde souhaite voir bientôt l'aboutissement. Des déclarations du genre ne sont, en outre, pas de nature à faciliter la tâche déjà immense du facilitateur. Car, on le perçoit, le président Compaoré a comme une voie déjà tracée qu'il s'applique à suivre pour conduire les protagonistes politiques ainsi que le pays tout entier hors de cette crise qui constitue pour tous une bien dangereuse impasse de laquelle ils ressentent tous l'impérieuse nécessité de s'extirper. Seulement, pour y parvenir, il convient d'utiliser les voies et moyens réellement appropriés.
« La paix ne peut se faire si l'une des parties est exclue », reconnaît le facilitateur. Pour être sibylline, l'affirmation est d'un cuisant réalisme. Lorsqu'on a opté pour la voie du dialogue, il faut accepter qu'exclusion et ostracisme ne soient plus de mise. Le facilitateur Compaoré administre là une excellente leçon de pragmatisme aux radicaux de l'opposition guinéenne qui tiennent mordicus et imposent comme préalable que l'on tire un trait sur Dadis Camara. A l'heure actuelle, il faut le reconnaître, il relève de l'illusoire de songer à des négociations ou à des pourparlers au sujet de la Guinée en mettant entre parenthèses celui qui en tient les commandes. C'est en cela aussi que l'on réalise que le radicalisme des Forces vives peut ne pas s'avérer forcément payant. Il faut le dire tout net : l'opposition guinéenne n'a pas les moyens de « chasser » Dadis du pouvoir. La communauté internationale, bien que elle aussi horrifiée et ébranlée par la tuerie du 28 septembre, ne donne pas à ce jour la preuve qu'elle peut arracher le pouvoir des mains du capitaine président. Les organisations sous-régionales ou inter-africaines (CEDEAO, UA) n'en présentent pas davantage.
Tout facilitateur qu'il est, le président burkinabè se trouve dans l'absolue incapacité d'exiger et d'obtenir que le chef de la junte guinéenne plie bagages et abandonne son palais à ceux qui le lui réclament. Il opte donc pour la voie du réalisme pur et simple qui commence par accepter que tous les protagonistes de la crise puissent s'asseoir autour d'une même table pour des concertations qui donnent quelques chances d'aboutir à un résultat heureux. Tout comme cela s'est vu ailleurs, déjà : au Togo, en Côte d'Ivoire, à Madagascar, il n'a pas été nécessaire de fermer la porte à qui que ce soit pour entreprendre les dialogues qui ont produit les résultats que l'on sait. Reste à savoir si la pertinence de la démarche suffira pour convaincre l'opposition guinéenne. A supposer que les Forces vives aient opté pour la démarche du « beaucoup exiger pour se contenter du peu », (et en pareils cas, la stratégie est de bonne guerre), l'équation ne sera pas insoluble.
Mais si réellement l'opposition guinéenne s'accroche au préalable du départ de Dadis Camara et décide d'en faire une véritable fixation, on ne voit pas comment on pourrait envisager une issue saine à tous ces pourparlers qui mobilisent pour le moment mais qui, avec le temps, peuvent s'enliser et pousser les uns et les autres aux radicalismes les plus destructeurs. Rien ne dit que le CNDD, en cas de blocage des négociations, n'opterait pas pour la radicalisation de ses méthodes, et de ses positions. Au point où on se trouve en Guinée, à l'heure actuelle, il vaut mieux ne pas explorer cette hypothèse, nouvelle sans doute, mais fort hasardeuse. Sans compter que les Forces vives ne seraient pas, dans pareil cas, épargnées : son unité du moment peut voler en éclats, si le débat sur la question se cristallise, puisque dès à présent, et tout le monde l'aura remarqué, les différents ténors de l'opposition guinéenne n'affichent pas tous la même fermeté à l'égard du fameux départ de Dadis.
Le facilitateur se trouve là, face à un travail de titan. Et si d'aventure les Forces vives guinéennes consentaient à lui venir en aide, elles pourraient, à sa suite, choisir de faire dans la sagesse et le réalisme. La balle est désormais dans leur camp. Il leur revient de savoir « jouer » pour lui donner la vraie opportunité d'aider à tirer la Guinée du bourbier. A défaut d'avoir ce qu'on souhaite, on se contente bien de ce qu'on vous donne. Pour le reste, « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage... »
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