Dakar — L'artiste-chanteur malien Salif Keïta sort lundi en Europe un nouvel album intitulé "La différence" (Emarcy/Universl) dans lequel il chante, pour la première fois, son albinisme en appelant les hommes à faire de leurs différences, non pas des sources d'incompréhension ou de conflits, mais une richesse.
Keita a toujours voulu interpeller les consciences sur l'ostracisme dont sont victimes ces "Noirs à la peau blanche", du fait qu'il a lui-même vécu une douloureuse enfance, mais il a été poussé à le faire maintenant après le drame vécu par des albinos assassinés au Burundi et en Tanzanie.
Dans le texte, cela donne une belle chanson appelant au dialogue et à la tolérance. Dès le début, le musicien dit : "Je suis un Noir, ma peau est blanche/Et moi j'aime bien ça/C'est la différence qui est jolie/Je suis un Blanc, mon sang est noir/Et moi j'adore ça, c'est la différence qui est jolie."
Il ajoute, avec les choeurs assurés par Oliza, Nana Kouyaté et Diane Solo : "Je voudrais que nous nous entendions dans l'amour/Que nous comprenions dans l'amour et dans la paix/La vie sera belle, chacun à son tour aura son amour/La vie sera belle, chacun dans l'honneur aura son bonheur."
Opus de neuf titres, dont trois reprises, "La différence" a été enregistré entre Djoliba, le village natal de Salif Keïta où il a déjà composé bien des oeuvres, Los Angeles et Beyrouth. Patrice Renson a produit les six nouveaux titres, tandis que Joe Henry a enregistré, remixé et produit "Papa", "Folon" et "Seydou".
L'album "La différence" est le lieu de rencontres entre musiciens de divers horizons. On y retrouve, bien sûr, des instrumentistes comme le bassiste camerounais Guy Nsangue et le guitariste guinée Kanté Manfila, l'ami de toujours.
Au ngoni, à la calebasse, au balafon, instruments africains que le musicien a utilisés dans de précédentes oeuvres, sont venus s'ajouter le oud, le violon, l'accordéon pour donner à l'album une note particulière. A l'écoute, on perçoit le beau travail accompli à partir de ce mélange par Patrice Renson et Kanté Manfila, arrangeurs de l'album.
Salif Keïta fait parler sa fibre écologique dans "San Ka Na" - appel à la préservation de l'environnement, un thème qui traverse l'album -, les vertus de l'hospitalité en pays malinké (Gaffou), le destin auquel l'homme ne peut échapper dans le très doux "Seydou".
Dans l'album, Keïta reprend trois de ses succès antérieurs : "Seydou Bathily", composé en l'honneur d'un riche homme d'affaires qui a soutenu l'artiste alors qu'il évoluait au sein du groupe des Ambassadeurs du Motel de Bamako, "Folon" où il aborde le thème de la liberté et l'émouvant "Papa".
Ce morceau (Papa) est placé en dernière position sur le disque, certainement pour rappeler que ce père, qui est devenu avant sa mort le meilleur ami de Salif Keïta, n'avait pas compris au début que lui, un homme à la peau noire, ait pu donner naissance à un albinos.
De bout en bout l'album se tient, et, d'une certaine façon, on peut considérer que "La Différence" vient constituer après "Moffou" (2002) et "Mbemba" (2005), le troisième volet d'une trilogie réalisée après le retour définitif de Salif Keita au bercail chez Emarcy, le label jazz de la maison Universal.
Après avoir sillonné les scènes du monde et fait d'improbables rencontres, Keïta avait sorti "Moffou", dans lequel il aborde avec maîtrise et profondeur la musique de son terroir, "Mbemba", où il assume son statut d'artiste, lui le descendant de roi qui n'aurait jamais dû chanter selon la tradition.
Avec "La différence", il va plus loin dans cette quête d'un ancrage dans une certaine authenticité artistique, même s'il reste ouvert à d'autres univers. Salif Keïta ne chante son "albinisme" que maintenant, parce qu'il a toujours considéré que ce n'était pas le plus important.
Le talent, la persévérance lui ont permis d'acquérir une certaine notoriété qu'il met au service d'un plaidoyer sincère pour la tolérance. Tout le monde y gagnerait s'il pouvait être entendu. Pas seulement les albinos.
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