Kinshasa — A l'instar du Congolais de la rive gauche Kabasele dit « grand Kallé », Franklin Bukaka, Fella Kuti et autres, André Claude Bimbakila fait également partie de la lignée des artistes musiciens, qui ont porté haut l'étendard de leur pays. Le journaliste et musicien de la rive droite a dénoncé l'oppression étrangère et incité dans l'une de ses chansons le peuple oppressé à se lever.
« Telema Angola» est écrit et chanté, concomitamment, en lingala et en portugais par le brillant journaliste et musicien du Congo de la rive droite, Claude Bivoua, de son vrai nom André Claude Bimbakila.
Cette composition galvanisa l'appui inconditionnel qu'accordait le gouvernement du vaillant commandant Marien Ngouabi au processus du tant attendu affranchissement de la «Colonie du Minotaure». C'est la grande chanson qui a également accompagné, durant des mois, l'indépendance et la libération des «Terres de la reine Nzinga», à Brazzaville, cite qui abrita la principale base du mouvement du Président poète.
Cet air stimula les guérilleros campés à Dolisie et à Kimongo, les militants, sympathisants, pionniers du EME et les membres de la communauté angolaise réfugiés dans le Congo progressiste, qui continuaient à regagner la Mère-Patrie. Il enthousiasma, également, les centaines de milliers d'Angolais installés sur l'autre marge du Stanley Pool, qui souhaitait, presque ouvertement, le triomphe du regroupement des plébéiens pour que la «Nouvelle Nation» ne soit pas contaminée par la gangrène corruptrice, auto suicidaire, du «Léopard ».
«Telema Angola! « (Debout Angola!) bénéficia d'une large diffusion de la tenace voix de la révolution congolaise, car son géniteur était en poste dans cette station, héritée de la puissante Radio de la France Libre, installée durant l'occupation de l' Hexagone pendant le deuxième grand conflit mondial et qui émettait en ondes courtes. Et, naturellement, la ferme clameur de Bivoua arrivait au pays d'Agostinho Neto.
Dans son texte, le journaliste - mélomane appelait l'Angola à naître et, et juste après, à se lever, sans attendre, et à marcher avec courage et abnégation. Il faisait, visiblement, référence à la grave situation militaire dans laquelle se trouvait une grande partie du territoire national, occupée par les troupes «afrikaners « et celles du félin.
Le chanteur reprend dans un refrain, avec une foi inébranlable et prophétique, l'inusable prédiction du Mouvement Populaire de Libération de l'Angola (MPLA), «A Vitoria e Certa». Le musicien - militant de Mfwa, à l'image de millions de progressistes à travers le monde, avait pleinement conscience que la libération de l'Angola, était inéluctable et annonçait, celle, de toute l'Afrique australe, dernier bastion d'oppression des « niger (noirs) ».
«Telema Angola» fut le principal élément animateur de l'historique meeting organise, le 10 novembre 1975, jour stressant, par excellence, par le gouvernement du Congo Populaire, à la grande place du Centre Sportif de Makelekele, à quelques mètres du siège du MPLA. Et un millier de personnes, congolaises et étrangères, attendait, là, durant des heures, la proclamation, à minuit, à Luanda, bien assiégée, la pénible indépendance de l'Angola, par le Dr. António Agostinho Neto. Cette énorme masse entonnait, à l'unisson, l'opportune composition de Bimbakila.
RECONQUETE
Des mois après le 11 novembre, cette chanson continuera à accompagner l'épopée de la reconquête du territoire national par les imparables FAPLA. L'on notera que par «Telema Angola», Claude Bivoua poursuivait l'immense oeuvre de son partenaire musical, le très regretté Franklin Boukaka, qui avait chanté dans sa célèbre pièce «Les Immortels», José Mendes de Carvalho, le téméraire commandant angolais Hoji Ha Henda, dans une galerie de héros du Tiers Monde, aux cotés du marocain Mehdi Ben Barka, du père colombien Camilo Cienfuegos et du vietnamien Nguyen Van Troy. Aussi, la légende soutient que le dernier enregistrement musical réalisé par l'auteur des « Bûcherons » l'a été avec le concours de Bivoua.
Ayant quitté la « Colline Inspirée », le journaliste continuera à satisfaire sa passion de la musique, avec humilité et dignité, soutenant plusieurs groupes tels que «Les Anges», qui avait répliqué le «Ngola Ritmos» dans le film «Sambizanga» de Sarah Maldoror.
Dans une presque coïncidence avec l'histoire de l'Angola, le musicien mourra à Brazzaville, le 10 novembre 2006. Juste destin, le gouvernement congolais reconnaîtra, avec raison, ses mérites professionnels, artistiques, militantes et internationalistes. Enterré dans son village, dans les environs de la capitale congolaise, Claude Bivoua mérite bien la reconnaissance de l'Etat angolais.
Une marque d'hommage à l'artiste pourra être l'édition du puissant «Telema Angola», qui fait partie de la mémoire contemporaine de ce pays et qui est une preuve supplémentaire de la forte solidarité, venue du monde entier, qu'a bénéficié l'ancienne possession portugaise afin d'arracher et sauvegarder son indépendance.

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