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Congo-Kinshasa: La journaliste congolaise Chouchou Namegabe, championne des droits des femmes

Elle appelle à un meilleur dialogue en faveur des droits fondamentaux en RDC.

Au premier abord, Mme Chouchou Namegabe semble être du genre tranquille. Mais dès qu'elle commence à raconter les événements qui l'ont portée sur la scène internationale - l'histoire des femmes victimes de viols et de violences sexuelles dans son pays natal, la République démocratique du Congo (RDC) - on voit apparaître la nature émouvante et passionnée d'une militante de la justice et des droits de la personne en Afrique.

L'adoption par le Conseil de Sécurité de l'ONU de la résolution 1888, qui condamne l'usage du viol comme arme de guerre, a jeté les pleins feux sur les effets que les conflits armés ont sur les femmes de ces régions. Mais faire connaître à la communauté internationale le sort de ces victimes, dont la voix ne serait pas autrement entendue, est la mission que Mme Namegabe, 31 ans, s'est donnée dans la vie - une lutte longue et ardue.

Mme Namegabe exerce la profession de journaliste de radio depuis l'âge de 17 ans. Quand vers la fin des années 1990, les hostilités et la guerre civile avaient éclaté dans l'est de la RDC, Mme Namegabe avait brisé plusieurs tabous culturels imposés aux femmes et s'était dressée contre les préjugés et les menaces pour dénoncer, grâce à son microphone, les violations graves perpétrées contre les femmes de leurs droits fondamentaux.

Au début, tout semblait se liguer contre la cause que Mme Namegabe voulait défendre, y compris la langue. Avant de pouvoir changer la culture du silence et de la honte qui entourait les violences sexuelles, elle devait trouver un moyen d'en parler. Comme il n'y avait pas de mot dans les langues locales pour désigner le viol, Mme Namegabe et ses collègues ont emprunté ubakaji, du Kiswahili parlé en Tanzanie voisine, et ont dû expliquer ce qu'il signifiait. Les défis ne faisaient que commencer. Quand pour la première fois, Mme Namegabe a diffusé à la radio les propos d'une victime de viol, les auditeurs étaient scandalisés d'entendre parler si ouvertement d'un problème que la plupart des femmes dissimulaient.

« Nous ne pouvions pas beaucoup parler de sexualité à la radio mais nous ne pouvions pas rester les bras croisés », a dit Mme Namegabe. Et elle avait réussi à convaincre les femmes de raconter ce qu'elles avaient subi, en expliquant que le viol n'était pas une honte personnelle mais une épidémie à l'échelle des collectivités. Après plus d'une décennie d'efforts, Mme Namegabe dit que le changement le plus important a été d'avoir brisé la culture du silence. « Pour les victimes traumatisées il s'agissait là du premier pas vers la guérison de blessures internes », a-t-elle souligné. Une fois que ces femmes commençaient à parler de ce qu'elles avaient subi, il était possible alors à Mme Namegabe et à ses collègues de les guider vers les organisations qui fournissaient une assistance médicale et psychologique. Mais la lutte pour les femmes de la RDC est loin d'être achevée.

Bien que la guerre civile ait officiellement pris fin en 2003, les forces rebelles des pays limitrophes, en l'occurrence l'Ouganda et le Rwanda, sont encore implantées dans l'est du Congo, et le cycle des viols et de la violence a repris de nouveau. Le Fonds des Nations unies pour la population fait état de 6.693 nouveaux cas de violence sexuelle signalés en RDC dans la première moitié de 2008. Selon Mme Namegabe, il y a eu plus d'un million de femmes victimes de cette violence dans son pays depuis le début du conflit en 1998. Pour elle, les solutions ne découleront pas de nouvelles résolutions onusiennes ou de fonds internationaux mais simplement d'une discussion ouverte de ces questions et de pressions faites sur les dirigeants. « Je dis que la première chose à faire est d'appliquer des pressions politiques. Ce n'est pas miraculeux et ça n'exige pas d'argent. Les opérations militaires n'offrent pas de solutions. En fait, elles sont actuellement en train d'augmenter le nombre des viols perpétrés dans le Sud-Kivu où elles sont en cours », a ajouté Mme Namegabe. « Cela demande seulement à la communauté internationale d'avoir la volonté politique de s'impliquer dans ce dossier, de faire pression sur les gouvernements rwandais et ougandais pour qu'ils acceptent de s'asseoir à la table de négociations et de se pencher sur leurs problèmes. Le dialogue, rien que le dialogue. »

Mme Namegabe est fermement convaincue que les femmes peuvent effectuer le changement par le dialogue ; c'est pourquoi elle fait un effort spécial pour former la prochaine génération de femmes journalistes de RDC. Elle-même n'a jamais fait d'études de journalisme mais a appris à faire des reportages et à rédiger des nouvelles pour la radio grâce à Aziza, qui était devenue son mentor. « Elle m'a rencontrée sur la route et a pensé qu'elle pouvait m'enseigner le journalisme. Je pense que je peux faire de même pour d'autres jeunes qui veulent exercer cette profession. »

En 2003, Mme Namegabe a contribué à établir l'Association des femmes des médias du Sud-Kivu (AFEM) qui offre une formation journalistique aux femmes et vise à promouvoir le professionnalisme dans ce domaine. En outre, l'AFEM a entrepris d'organiser un programme qui fournira des bourses d'études de journalisme aux Congolaises et une assistance pour l'emploi dans les médias locaux. Mme Namegabe espère que l'AFEM sera en mesure éventuellement d'aider les femmes à atteindre des positions de respect et de pouvoir dans tous les médias du pays.

Malgré les menaces et les préjugés auxquelles elle fait face tous les jours, Mme Namegabe affirme qu'elle continuera à exercer la profession de journaliste au service de ses idéaux. « Ces idéaux sont la raison pour laquelle j'ai le courage de continuer mon travail, de continuer à exercer cette profession, de continuer à militer au lieu d'avoir peur. Pour moi, c'est une sorte de révolte. Quand je vois la situation dans laquelle vivent les femmes de mon pays actuellement, je ne peux pas l'accepter. »

La tâche de défendre les droits fondamentaux des femmes, à laquelle s'est attelée Mme Namegabe depuis plus de dix ans, l'a conduite à témoigner des violations perpétrées en RDC lors d'auditions de la Cour pénale internationale de La Haye et du Congrès des États-Unis à Washington. Le 12 novembre, l'excellence de son travail journalistique a été récompensée par le prix international Knight du journalisme décerné par l'International Center for Journalists.

(Les articles du site «America.Gov» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)


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