L'Express de Madagascar (Antananarivo)

Madagascar: La vie de Dox couchée dans un ouvrage

Trente ans après la disparition du poète, un ouvrage apporte plus d'éclairage sur toutes les zones d'ombre autour de sa vie d'auteur et d'homme. Il est co-édité par Tsipika et Sépia.

Jean Verdi Razakandrainy, plus connu sous le pseudonyme Dox, est l'un des poètes les plus marquants de la littérature malgache. Également connu comme traducteur de certaines oeuvres de Racine et de Corneille, l'énigme autour de sa vie (1913-1978) demeure entière. L'ouvrage «Dox, poète et musicien à Madagascar», initié par Dominique Ranaivoson, enseignante de littérature comparée à l'Université de Metz, tient à y remédier.

«Il nous semble opportun et nécessaire de proposer aux publics français et malgache un ouvrage clair et organisé pour mettre en valeur les aspects d'un personnage à la fois connu et inconnu, d'une oeuvre à la fois réputée et entrevue par bribes», révèle Dominique Ranaivoson. Pourquoi cibler le lecteur français ? «Celui-ci aura ainsi accès à l'une des figures que la colonisation a contribuées à faire naître», justifie-t-elle.

A travers l'ouvrage, les témoignages des proches de Dox se succèdent. Son fils aîné, Elie Ramasindraibe, a écrit : «(...) Mon père voyait sa vie comme une errance le long d'un fleuve, et en parlait souvent en ces termes (manara-morona)». Au forum littéraire, lors du lancement officiel de l'ouvrage, samedi 14 novembre au CCAC, il a insisté sur ce point. «Sans cette errance, Dox n'existe pas. Cette errance n'a pris fin que le jour de sa mort», souligne Elie Ramasindraibe.

Cette attitude a, paraît-il, rendu populaire le poète. «A une heure du matin, Dox rentre chez lui à La Haute-Ville. Il a passé la soirée dans un bar quelconque sur l'Avenue de l'Indépendance (...) où il a rencontré toutes sortes de gens. Des personnes qui ont besoin de parler de leur vie, de leurs problèmes, de leur solitude, de leur souffrance», raconte son fils dans le livre.

Poète de l'instant

Mais cette même errance était la source d'une destruction. «De fait, l'errance a pris l'allure de débauche dans l'alcoolisme avec son ami Freddy Raoilifahanana. Celui-ci a été toujours présent dans l'existence de Dox», témoigne le fils.

Dans l'une de ses oeuvres, le poète reconnaît lui-même la source de ses déboires. «Ny fitiavako hamantatra/ Ny any am-pon'ny olona/ Nitondra ahy tany an-tatatra», écrit-il. (Trad : « Ma passion à vouloir découvrir ce que les hommes cachent au fond de leur coeur m'a entrainé dans le caniveau »).

Comme Dominique Ranaivoson tient à signaler, «La personne et l'oeuvre de Dox peuvent être considérées comme un phénomène à la fois artistique, culturel et social».

D'autres témoignages dans le livre sont tout aussi pertinents, dont celui de Paul Abraham, un co-fondateur avec Dox de l'Union des poètes et écrivains de Madagascar (UPEM), en 1952. Celui-ci a écrit : «Au contraire de Rabearivelo, Dox est un poète de l'instant qui ne construit pas d'oeuvres mais vit au jour le jour. Il ne théorise pas à travers d'articles ou d'essais, mais partage plutôt ses émotions et ses élans avec un entourage d'amis et d'anonymes».


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