Le Pays (Ouagadougou)

Tchad: Fin d'exil pour un guerrier Toubou

Comme s'ils s'étaient concertés, les anciens chefs d'Etat centrafricain, Ange-Félix Patassé, et tchadien, Goukouni Weddeye, sont rentrés dans leur pays respectif à moins d'une semaine d'intervalle. En effet, la semaine dernière, Ange-Félix Patassé se rappelait aux bons souvenirs de ses concitoyens en mettant fin à son exil togolais en regagnant Bangui qu'il a quitté en 2003 après avoir été évincé du pouvoir par le général François Bozizé.

Le dimanche 15 novembre dernier, c'était le tour de Goukouni Weddeye de rentrer pour de bon au Tchad après, lui aussi, un exil en Algérie où il s'était réfugié après son renversement en 1982 par un certain Hissein Habré. Mais si l'ex-homme fort de Bangui se sent toujours bon pied, bon oeil pour briguer à nouveau la magistrature suprême de son pays, ce n'est pas le cas de son homologue tchadien. En effet, Goukouni Weddeye a indiqué à son arrivée dimanche dernier qu'il était « rentré définitivement au Tchad pour se consacrer au retour de la paix dans le pays ».

A en croire l'ancien chef d'Etat, cette fois, ce sera un vrai retour qui ne ressemblera pas à celui effectué en 1993 à l'occasion de la conférence nationale souveraine. On se rappelle qu'il avait regagné l'Algérie, suite à un désaccord avec le président Déby sur les conditions de son retour au Tchad. Quant à la paix à laquelle il veut se consacrer, c'est, serait-on tenté de dire, tout un programme pour cet ancien chef de guerre Toubou, une ethnie à cheval entre le Tchad, le Niger et la Libye.

En effet, on se demande comment il s'y prendrait pour convaincre les nombreux mouvements rebelles qui ne jurent que par la perte de l'actuel président, Idriss Déby Itno. Sans doute qu'il compte sur son passé, son « expérience » d'ancien chef de guerre. Effectivement, il est bien placé pour faire comprendre à tous ceux qui ont le régime en place dans leur viseur que ce n'est pas la meilleure solution pour conquérir le pouvoir et surtout le gérer. Goukouni Weddeye fait partie de ceux qui ont appris à leurs dépens que « celui qui tue par l'épée, périt par l'épée ».

S'il n'a pas péri physiquement sur les champs de bataille, son pouvoir qu'il a conquis en 1979, lui a par contre échappé. Le seigneur de guerre qui compte se muer en faiseur de paix veut donc déchirer le voile de la rébellion qui enveloppe son pays depuis son indépendance. Seulement, sera-t-il écouté par ceux qui, comme lui il y a de cela trente ans ou plus, ont pris aujourd'hui les armes pour se faire entendre ?

Rien n'est moin sûr d'autant plus que les mouvements rebelles le soupçonnent de faire le jeu d'Idriss Déby Itno avec lequel il a négocié son retour. Si jamais c'est le cas, il aura du mal à mener à bon port sa mission. Mais en attendant, souhaitons la bienvenue à Goukouni Weddeye.


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