C'est un fait évident que ce sont les sinistrés des inondations du 1er septembre 2009 qui ont payé, ou qui vont payer à la place d'une administration laxiste, clientéliste, insouciante et prédatrice. Mais ce n'est pas tout. Il y a pire. Cette catastrophe survenue dans notre pays est une belle opportunité pour une catégorie de Burkinabè, des femmes et des hommes, pour s'enrichir sur le dos des sinistrés. Cette catégorie appartient à l'oligarchie politique et financière aux affaires dans ce pays.
Dans les villages, un adage ne dit-il pas qu'il faut que la chèvre de quelqu'un meure pour que la sauce de son voisin soit bonne ? Ici, ce n'est pas une question de sauce ; c'est une question de « feuilles » comme des femmes et des hommes du Burkina Faso en raffolent. Il est question de comptes en banque et d'une juteuse occasion d'affaires.
Il y a longtemps que cette oligarchie convoitait les parcelles d'habitations qui sont situées le long des canaux d'évacuation des eaux de pluie et des barrages. C'est cette oligarchie qui s'était chaque fois opposée à ce que ceux qui s'y trouvent soient déguerpis. Elle les a de tout temps couverts. Elle les a même défendus en mettant en avant des textes circonstanciés. Depuis les lotissements à grande échelle et la spéculation éhontée qui en a résulté, la terre a acquis la valeur que l'on sait.
La spéculation foncière dans les zones nouvellement loties en est une brillante explication. Dans les campagnes, la même oligarchie est sur le point de mettre en place des lois et une législation foncière qui lui permettront de s'accaparer des terres les plus fertiles et dans les zones les plus arrosées de notre pays. Ces lois et cette législation foncière, il faut le dire, risquent dans un futur proche ou lointain, d'engendrer des conséquences dommageables pour notre société, son équilibre et sa tranquillité, surtout en milieu rural.
Les propriétaires du foncier rural n'accepteront pas longtemps de se voir réduits à demander aux nouveaux propriétaires des lopins de terre pour exploiter ou pour habiter. Dans tous les pays du monde et tout au long de l'histoire des hommes, les injustices sur le foncier ou la confiscation des terres par une minorité ont été réparées dans la douleur. Les nouveaux propriétaires, munis de leurs documents les brandiront pour défendre leurs droits de propriété devant la justice. Malheureusement, des drames se produisent avant qu'on en arrive là.
Les coutumiers du foncier rural qui refuseront d'être employés comme ouvriers champêtres sur « la terre de leurs ancêtres » dans les plantations des agrobusinessmen viendront grossir les populations des quartiers spontanés de Bobo-Dioulasso ou de Ouagadougou ou encore d'autres centres urbains d'importance secondaire. D'autres préfèreront le chemin de l'immigration, en Côte d'Ivoire notamment, n'ayant pas les moyens pour tenter l'aventure européenne ou celle d'ailleurs.
Pour l'oligarchie dont il a été question ci-dessus, la solution pour s'approprier les campagnes où elle dispose de faziendas est trouvée. Reste les villes, notamment la capitale dont le si bon maire Simon Compaoré, avec la justesse des réflexions qu'on lui reconnaît a dit qu'elle (la ville) n'est pas faite pour tout le monde. Il disait en substance que les pauvres, ceux qui n'avaient pas les moyens pour faire face aux impératifs de la vie dans une grande ville, doivent plier bagages et retourner dans leurs patelins. Beaucoup n'ont pas pris au sérieux ces propos prémonitoires du maire Simon ; on a oublié ou minimisé ses mises en demeure. Les inondations du 1er septembre dernier ont révélé la justesse des propos du maire dans toute leur cruauté. Tous ceux qui ont refusé de suivre son conseil vont le faire maintenant et de force. Ils y sont contraints.
Les inondations de septembre dernier sont venues comme du pain béni pour tous ceux et toutes celles qui convoitaient les maisons de ces "gueux" qu'on s'empresse de déguerpir, de leur donner un lopin de terre pour qu'ils y construisent et recommencent une nouvelle vie, sans autre transition que leur séjour sous les tentes dressées pour sinistrés et sans délai. Le 30 novembre prochain, chacun doit avoir fini de construire, avoir emménagé dans sa nouvelle habitation et sur sa nouvelle parcelle ou avoir trouvé où aller.
Quelle hâte ! Les épidémies qui sont réelles en cette période de l'année et que l'on redoute tant sont-elles les seules justifications de cette précipitation, voire de cet empressement ? Combien de sinistrés à reloger ont reçu à ce jour l'enveloppe de deux cent quatre vingt mille (280 000) F CFA, les tôles et tout ce qui leur a été promis ? Ont-ils même la parcelle où bâtir ? Entre nous et le Seigneur, quel est le temps nécessaire pour faire une bonne fondation si l'on veut bâtir une maison qui résiste à la catastrophe que l'on a vécue le 1er septembre dernier ?
Pour une bouchée de pain, les membres de cette "race d'élus" du Burkina vont s'approprier toutes les places qui bordaient les canaux d'évacuation et les zones loties inondables ou non à condition de respecter un cahier des charges pour les nouvelles constructions. Tout le monde sait qu'ils en ont les moyens. La hâte et l'allure des opérations de démolition montrent que quelque part, il y a des gens pressés, voire même impatients d'en finir avec, histoire de se donner bonne conscience.
On peut aussi soupçonner une impatience de servir et de servir bien. On ne parle plus de honte quand il est question de se remplir les poches dans notre pays. La détresse des uns a toujours été à l'origine de la prospérité des autres. Dans les diverses déclarations, il n'a jamais été question de dédommagements. Ce sont les sinistrés qui doivent tout assumer. Pourtant, les parcelles sur lesquelles les eaux les ont trouvés leur avaient été bien attribuées par les services du cadastre.
Ces derniers ignoraient-ils que les zones où ils les installaient étaient des zones à risques ? L'empressement avec lequel les pouvoirs publics veulent en finir avec les sinistrés cache un malaise. Ce malaise s'explique par le fait que des personnes ont une part de responsabilité dans la situation des sinistrés.
Mais peu importe. Ce qui importe pour elles, c'est que cette situation est en soi une aubaine. Une opportunité d'affaires. Même si l'on laisse de côté les « je retiens » que font les uns et les autres dans l'achat du nécessaire pour entretenir les sinistrés ; si l'on omet les retenues opérées sur les denrées destinées aux sinistrés ; si l'on juge pour quantités négligeables les coups bas qui s'opèrent lors des distributions de vivres et de denrées, on ne peut pas s'empêcher de dire que la catastrophe provoquée par la pluie diluvienne du 1er septembre est une occasion d'enrichissement pour certaines personnes au détriment de gens plus démunis qu'elles-mêmes. Et après !

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