Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Un avion « fantôme » ravitaille les miliciens Lendu de l'Ituri

Depuis un mois, les habitants de Potopoto, un village situé dans un territoire encore contrôlé par les miliciens LENDU du Front Populaire pour la Justice au Congo (FPJC) voient atterrir et décoller un avion non immatriculé.

Ces divers mouvements sont aussi observés par des agents de la MONUC et des FARDC qui n'ont toujours pas donné l'exacte identité de cet aéronef. Stanislas BOSHAB, administrateur du territoire d'Irumu a aussi confirmé ces informations sans toutefois préciser la nature du ravitaillement qu'amène cet avion.

Toujours selon des sources proches de la force onusienne et des FARDC, cet hélicoptère servirait à ravitailler les éléments de ce front en armes et munitions de guerre et probablement d'autres produits dont les médicaments et tenues militaires.

L'aveu d'impuissance ou complicité ?

Les mouvements de cet avion « fantôme » sont observés par toutes les autorités militaires et civiles affectées dans ce territoire qui est l'objet de sanglants accrochages entre les diverses forces miliciennes tribalo-ethniques depuis plus d'une décennie. Et dont certains responsables se trouvent incarcérés à la prison de la Cour Pénale Internationale pour répondre de leurs crimes de guerre et contre l'humanité. La question à ce stade des débats est celle de savoir ce qui empêche toutes ces autorités d'identifier cet aéronef et de dépêcher des forces armées régulières pour s'en saisir en vue d'ouvrir des enquêtes approfondies qui permettront de remonter la filière jusqu'au cerveau tapi quelque part avec ses ramifications internationales ou sous-régionales.

Complicités sous-régionales

On sait que des aérodromes en terre battue pullulent dans cette partie du territoire national et ont servi au ravitaillement en armes et munitions de guerre aux différents mouvements politico-militaires depuis le déclenchement des rébellions en 1996. Pendant la guerre, les mouvements des aéronefs souvent non immatriculés étaient très fréquents sur des aérodromes de cette partie de la République. Des avions surtout de marque « Antonov russe ou ukrainienne » qui avaient servi lors de la guerre de Tchétchénie effectuaient plusieurs rotations par jour pour ravitailler les mouvements rebelles et repartaient pleins de minerais, dont le Coltan, la cassitérite, l'Or, le diamant, etc. Selon des sources concordantes livrées par des Ong internationales dont Human Right Watch, ce sont les aéroports d'Entebbe en Ouganda et Kigali au Rwanda où transitaient ces aéronefs en provenance de certaines républiques de l'ancienne URSS et cela moyennant des « taxes » fixées selon la nature de la cargaison.

Ces mouvements ont ralenti au lendemain de la signature de l'Accord de Sun City, mais de temps en temps, on signale des atterrissage et décollage sur certains aérodromes créés pour les besoins de ce trafic illicite. Et ces « Antonov » peuvent atterrir et décoller sur des espaces réduits en terre battue, même pendant la nuit, en utilisant des torches comme signalisation de balisage. C'est le cas de la route traversant la Cité de Walikale où se succèdent jours et nuits de Antonov amenant de produits finis et transportant en retour des minerais pour des destinations inconnues.

Vivement la réforme de l'armée

Au regard de l'immensité du territoire national l'absence ou le délabrement très avancé des voies des communications, il y a urgence pour accélérer le processus de réforme des FARDC avec comme priorité la résurrection de la force aérienne. Bien entendu, des moyens conséquents devraient être affectés à la Régie des Voies Aériennes pour lui permettre de se doter des instruments d'observations des mouvements aériens, notamment de puissants radars, de sorte que si des mouvements bizarres d'aéronefs sont détectés, des avions rapides de la force aérienne décolleraient pour prendre en chasse les « pirates ». De même, des bases de la force aéroportée devraient être érigées dans les localités situées non loin des frontières avec les 9 pays voisins pour dissuader les « pirates aériens» et intervenir le plus rapidement possible en cas de mouvements suspects dans l'espace aérien national.


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